Thursday, April 19, 2007

Merde, merde de merde

Ah, merde de merde de saloperie de merde! J'aurais du écouter mes trippes un peu plus aujourd'hui; la crainte, toute la journée, de me faire coincer sans payer, surtout liée au fait que je ne VOULAIS PAS payer...

Tout a commence ce matin, alors que je devais me rendre à Leuven, à quelques 20km de Bruxelles, pour aller y collecter mes semelles orthopédiques, qui avaient subi une modification le mois dernier. J'étais si furieuse de devoir me déplacer car théoriquement, j'attendais l'appel de l'orthopédiste avec qui je fais affaire à Bruxelles afin qu'il me confirme qu'elles étaient prêtes et que je pouvais repasser les chercher a l'hôpital français, tout juste au nord-ouest de la ville.

Et bien, surprise! La semaine dernière, le mec s'est poussé dans la brume et n'a jamais redonné de ses nouvelles. Résultat: je devais payer 9€ (15$CAN) pour le train à cause de lui. Ajouté au fait que je devais déjà débourser 25€ pour la réparation des dites semelles. Mon lever à 6h30 après quelques trop courtes quatre heures de sommeil ne me permettait pas beaucoup de tolérance. J'avais, pour une des rares fois dans ma vie, un peu de rage au coeur de tout ça : j’étais prête à balancer une belle merde à la secrétaire, aussi impuissante soit-elle dans tout ça. Et bien sûr, je refusais catégoriquement de débourser quoi que ce soit pour me déplacer de la gare aux bureau, qui s'est finalement avéré être une marche de 45 minutes, à marcher avec mes bagages pour le weekend, et j'avais mal, mal, mal au pied. Et mal a l'orgueil.

Je me suis calmée lorsque enfin j'ai fini par trouver l'endroit, au fin fond du parc d'industrie et de recherche d'Heverlee, en "banlieue" de Leuven, qui en soit est déjà en périphérie de Bruxelles... Je me suis calmée aussi lorsqu'on m'a dit que, selon la facture de l'orthopédiste, je n'avais rien à débourser pour ce genre de service de modification. Mais voyons, c'est tellement illogique, parce que ces semelles ne venaient pas d'eux! Ils chargent à qui, eux, après ça? Ils chargent à quoi? C'est peut-être une des raisons qui pourraient expliquer pourquoi le mec n'a plus son emploi chez Ortec...

Bref, donc 25€ que je n'avais pas à débourser; alors les 9€ pour le transport ne me paraissaient tout à coup plus trop mal. Surtout du fait que j'allais peut-être me sauver de la charge de retour (car ici en Belgique, il existe une option vraiment économique pour l'utilisation du train par les moins de 26 ans: la GoPass, qui est une carte pour 10 trajets entre n'importe quelles deux gares au pays, que ce soit pour 50km ou 250 km. Sur le bout de papier, à chaque fois on inscrit, avant le départ, la date et les gares du jour. Le contrôleur nous poinçonne dans le train. Alors pour les malins, pour les trajets très cours, il est possible d'attendre à la dernière minute avant que le contrôleur arrive dans le wagon, et espérer qu'il ne s'y rende jamais avant notre arrivée à destination, et donc conserver un voyage de plus sur sa carte!).

J'ai quand même remarché jusqu'à la gare, prenant au passage quelques cliches illégaux des installations militaires de Heverlee (ah, c'est ça qui met la ville sur la map: un centre d'entraînement!). Mais finalement, j'ai décidé d'être honnête et d'entrer les détails de mon retour sur ma GoPass. Honnête moi :) J'ai quand même fraudé la STIB (transports en commun de Bruxelles) pour retourner en ville (en fait, je me suis déplacée sans payer pour tout le mois...) Mais puisque je n'avais jamais vu un contrôle depuis que je suis revenue en Europe: car ici, souvent, au lieu d'être équipées de tourniquets, les stations de métro ou les tram sont plutôt équipés de machines oblitératrices. Il faut acheter préalablement un ticket, et le "puncher" dans la machine à l'embarquement. Et sporadiquement, des agents circulent sur les circuits et vérifient que tout le monde est muni de titres de transport valides. Sinon, il faut payer une amende. C'est ainsi que, supposément, ils entrent dans leur argent.

Alors, je me rends à la gare pour prendre le train pour Cologne, en avance, pour une des premières fois de ma vie... 40 minutes, mon record! Je lis, je jase avec les passagers qui attendent aussi sur le quai. Et je suis fatiguée. Et j'ai mal à la tête. Mais c'est un détail, car mon coeur palpite à l'idée que je m'en vais faire une surprise à mon amoureux pour son anniversaire...

La balade fut splendide (soleil radieux, et de plus en plus de verdure dans les prés) et parut bien brève: j'ai dormi un peu, croulante de la fatigue résultant des émotions passées, et celles à venir. À Cologne, je débarque à la gare principale. Puis je recommence avec mes aventures illicites: n'ayant qu'une station à franchir (que le Rhin à traverser, vraiment) mais mes pieds n'en pouvant plus, je saute sans billet dans le premier train à se rendre dans l'est. Avant l'embarquement, comme une vraie parano, je localise les contrôleurs et essaie de m'en éloigner le plus possible. Mais qu'est-ce que cette paranoïa extrême? Jamais, en 3 minutes, pourraient-ils se rendre à moi. Mais je me sentais coupable. Les "Monter sans payer, c'est frauder. Frauder, c'est voler" et " Bitte nur mit beitsfähig Fahrkarte" avaient frayé leur chemin jusqu'à mon honnêteté et s'amusaient à la gruger de leurs petites dent pointues. Mais encore rien, ouf!

Ah, enfin du bon côté du Rhin, le côté de Dominik, que j'allais dans les minutes suivantes, surprendre par ma localisation inattendue dans son espace. Recevant ses meilleurs amis à souper, j'étais certaine qu'il avait une petite place pour moi. Le bus 153 me mène au coin de la rue de Dominik: c'est le même qu'on a pris la première fois, c'est le même qu'on prend à CHAQUE fois; une anonyme ligne de banlieue. Dominik n'a jamais payé de transport en commun depuis qu'il est arrivé à Cologne. C'était il y a 3 ans.

Je redécouvre les rues de la ville, les maisons plus colorées les unes que les autres, les Bäkerei, Night Shop et autres Metzgerei sur le chemin que je commence à bien connaître maintenant. On laisse monter de jeune ados beaucoup trop sexy et de vieilles dames beaucoup trop vieilles pour les bus. Les hommes ne sont guère mieux: de jeunes ouest-Allemands à coupes Longueuil modernes et à chaussures trop pales, de vieux gros ouest-Allemands à full-suit de jeans et à l'air bête, bottant les détritus qui jonchent le sol du bus avec un air de brute. Puis un d'eux jette un coup d'oeil à son ami au-devant du bus, ami qui étrangement, ressemble à la version blanche du Lionel Richie des 80's. Et puis VLAN: il sortent momentanément de leur veste de gigantesque calculatrices, ces infâmes machines à charger les méchants passagers clandestins.

Merde. Je suis baisée. Totalement.

"Karten, bitte". Bon là, j'ai le choix: soit je fais la conne qui ne parle pas allemand et qui ne comprend rien de ce qui se passe (ça c'est se rabaisser vraiment beaucoup quand on pense à ma forte volonté d'intégrer la société européenne), soit j'avoue d'emblée mon tord et paie mon due à cette compagnie de transport allemande bien trop moderne. En fait, ma première réaction a été d'être inspirée par la première idée, pour un instant avoir l'impression que je pouvais m'en sortir. Ce qui finalement sortit de ma bouche, de ma conscience à ce moment fut un hybride des deux: justifiant mon mauvais allemand par le fait que je ne viens pas d'ici, et prouvant ma compréhension et mon certain sens des responsabilités en acceptant les coups au ventre.

Le contrôleur me demande alors mon passeport et là, je panique. Je ne veux pas qu'il fouille trop loin, qu'il découvre qu'en plus, je suis illégale ici (mais je capote ben trop, parce que quand même, ce n'est pas un policier!). Finalement non: qu'un "Where do you live" presque sympathique auquel je réponds que je suis à Bruxelles en ce moment. Ce qui évite qu'il prenne mes coordonnées pour me retracer et me charger deux fois plus lors de ma prochaine infraction. Le plus beau des fious jamais poussés, suivi du plus honteux des 40€ que j'aie jamais eu à sortir de mon pas-encore-de-porte-feuilles. Je garde le silence, sans toutefois tourner le regard: j'assume quand même ma faute. Je ne peux pas dire que je n'étais pas avertie...

Mais je pensais que... vous savez ce que c'est. La pensée magique, sans pouvoir magique. Les agents (cinq au total!) étaient bien fiers de leur pêche: quatre jeunes filles innocentes. J'étais la plus mature, j'imagine, celle qui n'a pas résisté. Les autres ont fini par aller se défendre sur le trottoir. Moi je suis restée assise, encore cinq arrêts to go, les yeux pleins d'eau. C'est ma paie de la semaine qui venait de s'envoler: 60$ canadiens!!!

Merde, merde... Est-ce que mes efforts doivent toujours tomber vains à la fin? J'étais découragée, et la surprise que Dominik aurait eue à ce moment en aurait été une d'émotions bien mitigées de ma part. Par chance, j'ai dû attendre un peu. Assise a la taverne du coin de la rue à siroter une bonne Kölsch, le temps de le voir arriver et repartir, même. Probablement à la chasse aux légumes. La surprise se faisait désirer, mais plus pour très longtemps. Puis alors plus une once de stress; et de la joie qui ne coûte rien.



P-s: Bonne Fête Marie-Andrée!!!!! Car avant tout ça, au commencement, c'était ta fête à TOI;) Gros bisous!

Sunday, April 08, 2007

Illégale!

Ça y est, depuis aujourd'hui, je suis une clandestine en sol européen! Mon visa temporaire de 4 mois, celui qui doit être estampé par les autorités afin de le transformer en visa étudiant d'une validité d'un an. Et bien croyez-le ou non, la bureaucratie ici est tout à fait disfonctionnelle.

Quelques jours après mon arrivée, je me suis rendue à ma maison communale, un genre d'hôtel de ville de quartier ou il est possible de se faire délivrer une carte d'identité belge et autres paperasses officielles. Et bien je croyais avoir à patienter quelques minutes, quelques heures avant mon tour, bien sûr, mais quelle ne fut pas mon étonnement lorsque le portier pris mes coordonnés et me tendit un papier sur lequel je pouvais lire: "Présentez-vous à nos bureaux le 28 février 2007 entre 8h et 11h". Quoi? Non mais c'est ridicule... un mois et demi avant de me faire enregistrer alors que je comptais faire approuver mes papiers dès mes 2 premières semaines au pays pour éviter les ennuis...

Alors le 28 février, je me représente à la communale à 8h, fais la file quelques minutes, avant de me faire expliquer au comptoir que je devais revenir ultérieurement, avec toute une nouvelle série de documents et copies (et bien sûr €s) supplémentaires pour alors pouvoir m'enregistrer dans leurs patente. Incroyable!

Avec les cours et tout, ce n'est pas facile de trouver temps et courage pour se lever si tôt pour aller faire la file et espérer ne pas y passer toute la journée. Alors c'est finalement à la mi- mars que j'ai pu me rendre à la communale une 3e fois avec ce qu'il manquait. On prend toutes mes feuilles, les examine, et en 3 minutes maximum, tout était fait et on m'annonçait qu'un "officier de police allait se présenter à mon domicile dans les 2 ou 3 semaines suivantes afin de confirmer l'adresse de ma résidence". Mais merde, c'est en plein la période des vacances!!! Et en fait, quand est-ce que je suis à la maison, moi? Quel système pathétique... "Et si je dois me rendre à l'extérieur du pays pour les vacances, qu'est-ce qu'il m'arrive après le 8 avril?" demandais-je aux sympathiques commis. "Soyez prudente ", comme seule réponse.


Ainsi soit-il. Maintenant, j'espère seulement que tout soit réglé pour les vacances. Je suis certaine que les Belges sont capables de miracles lorsqu'ils le veulent. Vraiment. J'espère.

Friday, April 06, 2007

Retrouver la voix

C’est la grippe qui s’est bien jouée de moi cet hiver! Et encore, vlan! En ce début de printemps. Il est très facile d’attraper les microbes de nos compatriotes humains en classe, dans les transports en commun, etc. Alors allez essayer d’éviter l’inévitable quand votre amoureux tousse et mouche… Une grosse grippe d’homme pour les vacances! Hmmmm… J’ai l’impression de développer une voix alternative pour le futur. Je m’impatiente de retrouver les sonorités que sait faire virevolter avec mes sentiments…

Wednesday, April 04, 2007

D

Un parfait valentin en plein décalage horaire, un mois plus tard dans les maritimes allemandes. Par un parfait coup du destin, lors de mon séjour dans la ville de Cologne, je suis tombée sur un ange.



Dominik... c'est un grand homme au grand coeur; une sensibilité à fleur de peau, à fleur d'âme, une authenticité qui abasourdie; c'est des pensées pures et légères dans un firmament de douceurs; c'est une paix et une harmonie contagieuses, émouvantes.

Dominik est un être précieux, d'une lucidité, d'une tranquilité et d'une confiance inspirantes, avec des valeurs qui scintillent d'or; une personne en qui j'ai reconnu tout le meilleur de moi, et qui voit également ce meilleur de moi. Et ces mots, je les ai pris de lui... quel fabuleux miracle de s'être trouvés!

Oh bonheur, un peu plus à chaque jour; une joie qui rayonne dans nos regards et justifie chacun de nos frissons, sous la Soleil ou sous le Lune.

Friday, March 30, 2007

Mystère, mystère : J’ai jamais vu ça!

C’était la première fois qu’un amoureux me préparait une surprise : « J’ai toujours voulu aller à cet endroit, mais je n’avais pas trouvé la bonne personne. Maintenant, je t’ai trouvée », m’as dit Dominik comme seul indice. « Assure-toi d’arriver avant 7pm, ça commence à 7h30! ».


Mystère mystère… quand on recherche des possibilités, quand on essaie de tracer nos habitudes communes pour noter le petit trésor endormi qu’enfin on va nous apporter. Mais non. Je ne connais pas Dominik depuis assez longtemps pour deviner ce qu’il veut bien me faire, faire de nous.

À la gare, le simple fait d’avoir retrouvé Dominik semblait suffire comme surprise à mon cœur, qui était encore en mode bruxellois. On retrouva vite les rues colonaises jusqu’à la maison, ou on eu tout juste le temps de déposer mes bagages et prendre les vélos : il ne fallaut pas être en retard! (Je tiens à préciser l’énorme aide de Dominik en cette matière. Maintenant, je suis presque à l’heure... Avec lui, du moins;)

Même s’il n’en paraissait rien, mon sourire ne réussissait pas à redescendre de son nuage.


On entreprend la balade habituelle sur nos bicyclettes (oui oui, j’ai MA bicyclette à Cologne :) La route est belle, il fait juste assez froid pour rougir les joues et donner envie de se réfugier en-dedans. Mais en dedans de quoi, je tarde à le savoir…(et vous aussi!).

On arrive au plus cute des squares de Köln, en plein quartier résidentiel, en forme irrégulière de triangle machin, avec des toupies (vous savez les trucs sur lesquels vous vous accrochez et là quelqu’un vous donne un élan pour vous faire tourner? Le problème c’est qu’après quelques tours déjà, on est bien étourdi et il faut essayer de contrôler l’attraction en s’approchant ou s’éloignant du sens. Facile, oui quand tu ne sais plus de quel sens est ta tête et que tes mains se préparent à te lâcher pour te projeter dans les bégunias du voisin) et des bascules pour les enfants (et moins enfants). Un restaurant, on dirait : Unsicht-Bar.

Hmm, j’utilise mon fabuleux instinct humain de survie et décide d’utiliser mon cerveau pour décoder ce message et enfin savoir où je me trouve. J’analyse le nom : sicht voulant dire « vu », unsicht doit logiquement vouloir dire « pas vu » ou bien « non vu ». Bref, du français pas beau accompagné en finale du mot universellement universel Bar. Ça me dit quoi si je suis en train de mourir de faim, moi? Je me lance donc dans l’analyse d’indices visuels : il y a une caisse à l’entrée (ou est-ce la sortie?) garnie d’une caissière. La penderie est juste en face, à aire ouverte, et il y a trois tables hautes avec ce que je devine comme étant des menus entre les deux. Dominik germanise avec la Germanaise alors que moi, Francouine un peu égarée dans sa surprise, tente de comprendre dans quel patente j’ai accepté de m’embarquer : sur les murs, des posters de jeunes enfant africains tous sourires. Je me surprends dans ma confusion à associer les mots « non-vu » avec le noir, l’obscurité, et donc avec, peut-être, des Africains? Je sais : c’est un restaurant éthiopien! Non. Franchement Marianne, quel raisonnement politiquement incorrect…

Dominik me guide vers les tables hautes ou nous devons choisir ce qu’on désire manger. Dans les menus, tout est écrit en allemand : ce qui d’office ne m’effraie pas trop car, que pensez-vous qu’on apprend lors des premiers cours de langues? Comment parler d’où on vient, ce qu’on fait dans la vie, si on a des frères et sœurs, quel sont nos passe-temps, comment se débrouiller chez le médecin et bien-sûr, comment déchiffrer un menu! Mais à mon grand étonnement, pas de description typique : plutôt, de cours textes qui ma foi, ressemblent plus à de la poésie qu’à une recette de sauce béchamel. Rien n’indique vraiment ce qu’il y a dans les assiettes; on ne peut en fait que choisir entre les menus fromage, poulet, viande ou végétarien. Et fait surprenant, on ne peut choisir que le service cher : l’assiette végétarienne en 3 services (le minimum) est à 35 euros… J’en avais les yeux grands ouverts, pourtant dans un endroit où les choses sont « non vues ».

Et là, un éclair. Je vois notre hôtesse s’avancer vers nous pour nous apporter à la salle à manger et le détail le plus important de ces longues minutes bien mystérieuses me saute aux yeux (sans jeux de mots): elle est aveugle. Dominik traduit alors la question qu’elle me pose, comme ultime vérification : « you’re not afraid in the dark, are you? ». Et là je comprends…

C’est un restaurant où l’on mange dans l’obscurité totale!!! On accède en fait à la salle à manger par une double porte bien étanche pour stopper la lumière dans sa course. À l’intérieur, pas de petites veilleuses au plancher pour ne pas tomber : il ne faut simplement PAS tomber! En fait, c’est la serveuse qui nous apporte à notre table en nous tenant par la main comme des enfants de 3 ans et demi (et si on veut se relever pour aller aux toilettes, il faut lui demander qu’elle vienne nous chercher!). Ce qui frappe en entrant, c’est bien sûr le noir - noir noir noir – mais surtout le bruit : les voix de dizaines de personnes s’activent dans l’air dans un flot de conversations enjouées tout à fait normales, mais qui dans cet environnement paraît soudainement trop étrange. Est-ce un enregistrement? Non, on entend bien en 3-dimensions.

Nos 3-dimensions prennent de plus en plus forme lorsqu’on commence à découvrir notre nouvel environnement : la table est comme un continent étranger dont personne n’a encore la carte. On nous sert à boire, puis la serveuse s’éclipse dans l’infini. Je sens mes yeux grands ouverts qui ont envie de voir, essaient de voir quelque chose, ne serait-ce que ma main, mais rien de rien de rien. Ce n’est pas un faux noir auquel on est habitué dans nos sous-sols ou même, chambres noires. Il fait nouère!

L’entrée arrive : mais qu’est-ce qu’il y a dans l’assiette? Mystère, mystère… Bien on a au moins l’indice notable que c’est une salade parce que c’est ce qu’on a choisi, reste à savoir ce qu’il y a dedans. Premièrement : où est la fourchette? et hop! Merde, j’ai l’impression de vouloir pelleter un nuage; les feuilles napées de (délicieuse) vinaigrette sont un peu ramollies et l’attaque par-dessus ne fonctionne pas très efficacement, sauf pour ces morceaux de tomates et avocats que je découvre dans mon acharnement. (Pour les feuilles, il faudra utiliser l’attaque par-dessous). La surprise : les morceaux de champignons, ce petit légume étrange au goût peu fort, mais à la texture très spéciale, qui nous permet de le reconnaître après quelques secondes de recherche dans notre registre des touchers dentaires. Je vous laisse imaginer la tournure fascinante que ce repas était en train de prendre. Déjà… Et je vous épargne les grands détails de la soupe de Dominik, qui voulait à tout prix me faire goûter à l’autre bout de la table. (Ce n’est que plus tard que nous avons réalisé que les manches du chandail de Dominik avaient de belle bandes de jus orangé séché : c’était une soupe au curry!)

Le plat principal était tout simplement sublime; je ne sais pas s’il y avait des cheveux ou des mouches dedans car je ne voyais rien, mais c’était certainement un des meilleurs repas de restaurant que j’avais eu le privilège d’apprécier de toute mon existence.

Nous avons joué à « aide-moi à deviner c’est quoi ce légume-là! » et « goûte à ça, c’est trop bon! » pendant près d’une heure je crois, incapable de nous empêcher d’utiliser nos doigts; nos seuls yeux pour mettre la première étiquette sur les aliments qui entraient dans notre bouche – ou celle de l’autre. (Avec les ustensiles, de toute façon, on réalise vite qu’on n’a pas de manières, et qu’on réussit bien mal à trouver la nourriture dans l’assiette.) Car honnêtement, il n’y a rien comme ne pas voir son assiette pour réaliser que notre regard sur ce qu’on s’apprête à mettre en bouche apporte directement une forte conception du goût de ce qu’on mange, déjà. Dans l’obscurité, on se retrouve avec une bouchée, à zéro sur l’échelle des devinettes : et c’est très bizarre… Et on imagine alors le quotidien des aveugles, qui n’ont souvent aucun idée de ce qu’ils piquent-ou-prennent avec leur fourchette-cuillère. Tout réside dans le goût, la texture, les épices. Et les bonnes manières qu’ont réussi à développer les non-voyants pour concurrencer les voyants à table. Je leur lève mon chapeau (avec un bruit sonore).

La blague du dessert : je n’était pas capable de dire si ma mousse était au fraises, aux framboises ou aux cerises… Pourtant, je n’étais pas bernée par le rouge : seulement un signe de mon entraînement plutôt récent pour la saveur de ces fruits, que j’ai appris à aimer aux cours des cinq dernières années seulement.

Avant de partir, il fallait trouver la serveuse. Normalement, lorsqu’on avait besoin d’elle, on essayait de localiser sa voix à une autre table, en train de parler à d’autres clients et on l’appelait très fort par son nom. (Incroyablement, dans cette masse de voix, celle de Sheva sortait du lot, car nous pouvions l’associer à plusieurs concepts de notre réalité, déjà. En comparaison, nos voisins n’étaient que des machines à bruits allemands.) Nous étions persuadés qu’elle était sortie, car depuis quelques minutes déjà, on ne l’avait plus entendu. Dominik y va d’un « Sheva! » sonore, qui nous répond par un doux « ja, ich bin hier » venant de la table à côté. « Je me repose un peu ». « Tu nous accompagnes à la lumière, maintenant? ».

Une minute plus tard, nous étions sortis. Comme d’un rêve, ou d’une voiture après avoir dormi sur toutes la route jusqu’à la maison.

En vrac, quelques détails pratiques à propos du Un-sicht Bar :

  • tous les serveurs sont non-voyants ou atteints de faiblesse visuelle
  • tous les cuisiniers sont voyants
  • les serveurs utilisent un système de bouton leur indiquant le contenu des cabarets
  • les épices utilisées sont intentionnellement simples pour ne pas trop mélanger les sens : sel, poivre, oignons, ail et herbes seulement.
  • pois et spaghetti volontairement omis du menu, qui lui change régulièrement
  • le menu détaillé est affiché à la sortie, à notre grand plaisir et parfois, étonnement!
  • impossible de vérifier l’état de salubrité des lieux : il fait tellement noir que les murs pourraient être couverts de vomi et nous ne le verrions pas. Nous le sentirions, cependant.
  • les toilettes ne sont PAS dans l’obscurité
  • en Allemagne, le principe est exploité à Köln, Berlin et Hambourg.
  • on retrouve maintenant des Dark Restaurants un peu partout dans le monde, dont à Montréal (O.Noir)

Véritablement, une redécouverte inespérée de nos précieux sens : une appréciation du toucher et de l’ouï tout à fait unique, ou parfois la concrétisation de l’autre ne tient qu’à une partir infime de sa peau contre la notre et à sa voix à nos oreilles; une renaissance de l’odorat, qui magiquement nous fait voir des images d’aliments, personnes et d’autres souvenirs alors qu’on essaie de déchiffrer le présent.

Ps : parfait pour les blind-dates!

Tuesday, March 27, 2007

Les petits miracles

Comment justifie-t-on les décisions qu'on ne peut que prendre, tellement elles se traduisent en évidence dans notre horaire, dans notre horaire des heures, des jours?

En fait, la magie, c'est croire que les meilleures choses arrivent juste à point, et que lorsqu'elles arrivent, on est presque pas surpris tellement elles nous semblent entrer naturellement dans nos vies, comme si elles avaient toujours fait partie de nous, comme si elles nous connaissaient déjà. Il faut rester sensible à leur présence.

Dernièrement, mes pressentiments se sont portes garants de sentiments les plus intenses les uns que les autres. J’ai les yeux plus grands, sent mieux chaque nuance du vent, la direction qu’il m’indique, parfois par bourrasque même! Ces événements que je souhaite et qui tout à coup, au tournant s'une rue, au détour d'un regard, me sautent dans les bras ou dans le coeur, se répètent et se rapprochent… Vous savez, ces cadeaux insoupçonnés, mais qui vraisemblablement surgissent pour nous surprendre alors qu'on attendait autre chose d'ailleurs, ou de quelque chose d'autre, ou qu'on avait oubliés? Ils savent trop bien nous trouver! Maintenant, mes oui et mes non me guident avec une perfection telle vers le bonheur, que j'en ai mal aux joues juste d'y penser, le sourire fendu jusqu'aux yeux, bien brillants.

Monday, March 26, 2007

Deutschland 2: pas trop vite, chéri

J'ai un petit pouce et aussi un index, un majeur, un annulaire, un petit auriculaire, en tout j'ai cinq doigts. J'ai deux petits pouces, et aussi...

Comme un petit rêve en hivernation, que l'arrivée du printemps fait se réveiller. Une offre de dernière minute de traverser l'Allemagne en entier pour me rendre à Dresden avec Martin, un ami de Couchsurfing ayant déjà plus de 30 000km en auto-stop a son actif depuis les 2 dernières années!!! Mais pas du genre broche à foin sur le bord du chemin: Martin donnant des ateliers sur "Comment faire de l'auto-stop efficace et sécuritaire en Europe", nous avons décide de joindre nos forces pour répondre au critère no.1: un homme pour la sécurité, une femme pour la vitesse. Mon baptême, en bonne et due forme.

Parcourir 800km de cette façon, sans coût ou presque, se justifiait par le mariage d'une cousine le samedi après-midi. Toutes les raisons sont bonnes pour te tels projets!

Comment pouvais-je refuser de me rendre gratuitement à Dresden (voyage et hébergement mesdames et messieurs!), cette ville dont on m'avait tellement parlé cette dernière année et ou je croyais qu'il était le plus probable que je passe l'été qui vient? Après des heures de réflexions rationnelles sur les si oui si non qui auraient pu faire taire mon envie et la certitude de mes trippes qu'au final, j'irais, j'ai donc saute sur cette occasion en or pour voir s'il y avait des collets à tendre pour mes projets futurs, et surtout, pour rencontrer un de mes anciens Couchsurfers: Martin (un autre! le premier celui-là) que j'avais hébergé a Montréal en février 2006.



Avant de résumer mon aventure aller-retour par "Tout s'est passé a merveille!", il faut que je vous dessine le portrait de notre départ.

Après des semaines de jours d'été consécutifs, ou les jambes et bras blancs criaient déjà au soleil belge "brûlez-nous, brûlez-nous!!", nous avons eu droit à une matinée top maussade. Un de ces débuts de journée ou tout le monde dans les voitures semble se dire: "j'aurais du rester couché", "je ne veux plus de cette vie de merde" ou encore "je ne peux pas ouvrir ma portière pour laisser embarquer deux jeunes hippies, il fait trop froid". Après plusieurs longues minutes, on commençait déjà à grelotter et un peu à désespérer, se demandant si on ne devrait pas mieux retourner dormir et laisser faire ce grand plan rocambolesque. Le moral était quand même assez bon pour qu'on s'amuse avec les conducteurs le long de l'avenue Arts, à l'entrée de la Commission Européenne (ouf, il faut compter le nombre de complets cravate impec dans les Mercedes/Audis teintées! Étrange comme souvent ils coïncidaient avec les airs de morts vivants au volant...), transformant à la rigolade notre petite affiche Köln/Liège (Liège étant la dernière ville belge d'importance avant la frontière et Köln étant la première allemande tout juste après) Il en a pris plus d'une heure pour qu'enfin, un jeune Flamand sympathique daigne s'arrêter et nous pousser... quelques 20km plus loin! Au moins, on était sortis de Bruxelles et surtout, du quartier des affaires! Et nous pouvions enfin aborder les automobilistes sur le terrain dans les stations d'essence, les sortir de leur torpeur individualiste occidentale à coup de Bonjour! sympathique et sincère.

Après quelques 6 différents généreux conducteurs nous sortant de notre stagnation belge et du tourbillon de Cologne (une force nous gardait en périphérie, comme magnétisés par une quelconque confusion des conducteurs, qui croyait pouvoir nous guider à bon port. Peut-être le fait de savoir Dominik si près… pas cette fois). La ville se dessinait clairement à l’horizon lorsque enfin nous avons trouvé notre sauveur. Un Polonais (notre vœux le plus cher, sachant très bien que l’Allemagne n’est qu’une étape de passage lorsqu’ils filent à la maison). Et nous avions raison : notre chauffeur était parti de Paris le matin-même et se dirigeait directement voir sa femme et ses enfants au sud de Cracovie. Quelques 1300 kilomètres parcourus chaque 3 mois, après de difficiles semaines de travail sur des chantiers français. De quoi ramener un bon petit magot pour la famille, qui convertis en Zlotys, permettent un mois de repos bien mérité. C’est ce qu’on a compris de son histoire bien silencieuse, émotionnellement vive, timide, entre quelques mots de français appris par le travail et quelques paraguinage en russe de la part de Martin. Nous pouvions sentir le grand cœur de l’homme et l’amour du père mais nous pouvions difficilement laisser s’échapper les tourments, le poids de sa vraisemblable tristesse. Je crois par contre que nous lui avons permis de se libérer de ses tourments en le distrayant, redirigeant probablement sa méditation sur quelques sourires.

Les quelques heures de route traversant l’Allemagne centrale nous ramena en plein hiver, ou la neige recouvrait tout à coup les montagnes et villages, au pied des grands arbres encore debout après l’incroyable tempête de vent de janvier et sur les troncs de ceux qui jonchaient le sol. Après quelques centaines de kilomètre, nous pouvions sentir la fatigue de notre Polonais (dont nous ne saurons jamais le nom, en fait.). Il accepta l’offre de Martin de lui laisser quelques heures de repos, de sommeil si possible. C’est ainsi que l’autostoppeur est devenu conducteur, un peu comme si on avait trouvé la voiture qu’il nous manquait pour traverser le pays par nous-même. Les yeux sur l’horizon, Monsieur ne laissa finalement aller ses tristesses que quelques dizaines minutes, au coucher du soleil. Je crois qu’il les a accrochées aux pales d’éoliennes le long de la route, quelque part entre Francfort et Erfurt...

Dresden nous attendait avec la nuit, après 13 heures sur la route. L’accueil de l’Est fut merveilleux : les parents de Martin, n’ayant pas vu leur fils depuis Noël, avaient préparé une réconfortante table pour nous, et leur générosité toute naturelle m’ont vite fait sentir comme à la maison. Les conversations à table sautaient de l’allemand à l’anglais au français, et je m’en réjouissais à chaque instant. La soirée fut réservée à la rencontre de vieux amis aux centre de la ville, et surtout, à mon premier baptême de masses de jeunes punks. C’est incroyable comme cette culture est présente dans chez les jeunes de l’est! Il ne faut surtout pas être effrayé par leur accoutrement ou leurs attitude; nul danger, aucun, pas plus qu’autour des jeunes preps du HEC. Seulement que la bière à la main et l’œil noir sont moins fréquents à Montréal. Ici, tout ça est légal, et se produit dans le calme au quotidien.

Sinon, la ville est magnifique, calme et paisible. Les trams et vélos sont rois dans les grandes rues et la rivière, occupe encore une fois le centre de la ville allemande. Les rives de l’Elbe ont cette particularité de ne pas avoir été pavées au cours des siècles, et l’eau rencontre ainsi, paisiblement, les prés. Cyclistes et joggers eux, rencontrent châteaux et cerfs-volants.

C’est avec grande joie que j’ai revu Martin (le 1er des deux), que j’ai déconné avec lui en tandem (littérallement, nous avons fait du tandem! Jamais je n’avais eu à autant penser à un autre en vélo, pas même des automobilistes dans les rues de Montréal!), compté les branches des arbres du jardin botanique, mangé avec ses copains... Tranquillement, sans pression aucune, nous avons découvert un Dresden qui m’offrait que du bonheur en extra; j’aurais bien pu ne pas y être, et je sais que j’y reviendrai pour visiter la balance, alors il était permis de prolonger les légèretés, les blagues allemandes (j’ai commencé!) et de beaucoup voir sans les yeux. À Dresden, je me suis laissée porter, et surtout, j'ai laisser l'allemand entrer dans mes oreilles: comprendre sans dictionnaire. Peut-être que j'étais Saxonne dans une autre vie?

Notre retour s’est fait quelques 200km plus à l’ouest, et nous avons eu droit à une escorte de la part de M. Jaenhert. C’est justement ce même chiffre qui me faisait écarquiller les yeux, lorsque je voyais l’aiguille le caresser dans le tableau de bord. Car ce n’est pas un secret, c’est même une rumeur qui coure, qui roule, une rumeur véridique : l’Allemagne est un paradis de vitesse automobile pour les fous. Jamais dans ma vie, je n’avais été assise dans un habitacle filant si vite dans le paysage! L’avertissement tendre de Mme. Jaenhert à son mari pris tout à coup un tout autre sens : « Ne conduis pas trop vite, chéri! ». Mais pour nous, ça voulait dire plus vite rendus à Bruxelles!

C’est finalement encore un Polonais qui nous a fait faire plus de la moitié de la route. Et à notre dernière station, c’est enfin moi qui ai trouvé notre chauffeur (ah, les Allemands que j’accostais n’avaient jamais de place pour nous… mais ils me comprenaient, je le jure!). Même qu’on nous interpellait pour nous offrir un lift jusqu’en ville, fallait entendre ça!

Je leur ai plutôt laissé prendre mon déficit de sommeil de changement d’heure d’été.

Tuesday, March 20, 2007

In the Red, mais riche

Et bien c'est la semaine passé que j'ai atteint mon seuil de pauvreté ultime. Après une longue conversation téléphonique avec mon père, je me suis assise pour faire la compilation de mes dépenses et pour effectuer la synchronisation des avoirs de mes comptes canadiens et belges. Et bien horreur: j'étais à -300$!!! Ahhhhh...

Comment est-ce possible que mes économies, le fruit d'incomptables heures de travail en malade mentale, à en oublier de manger, de boire, de dormir, de m'écouter, soient si facilement disparues? Plus une trace de mon dévouement ultime des dernières années... Comme si jamais je ne m'étais donnée comme je l'ai fait, comme si je n'avais rien sacrifié, jamais existé dans ces auberges. J'ai tout donné pour cet emploi, même ma santé, merde. Pour ce voyage en fait, et voilà ce qu'il reste de preuve matérielle: rien du tout.


Clairement, le son de cloche pour me trouver du boulot pour ne pas avoir à me prostituer sur la Red Light (nous avons notre Red Light ici à Bruxelles, qui est en fait à 20 minutes à pied d'ici, juste à côté de la Gare du Nord... De jeunes filles dans les vitrines d’édifices délabrés, plus souvent qu’autrement vêtues de cuir, du moins dont elles sont vêtues, passant le plus clair de leur temps à fixer leur regard vide sur le miroir, au travers duquel elles se sculptent une nouvelle coiffure ou se dessinent un nouveau visage. Pas légal, mais ouvertement toléré.). On m'avait déjà mentionné que je n'avais pas à m’en faire, que j'allais trouver assez facilement, sans avoir à rechercher pendant des heures et des heures, sans même ratisser la ville à la recherche de pancartes aux boutiques, sans avoir à me noircir les doigts dans les petites annonces des journaux.


Donc j'étais maintenant dispose à recevoir mon offre, ne restait plus qu'à la trouver. Il n'en pris que 3 jours... et je trouvais, par "hasard" une affiche sur un babillard surchargé, surcoloré de l'université, presque entièrement cachée par un poster pour une beuverie estudiantine quelconque: Nous somme une famille allemande et nous cherchons une personne francophone qui est intéressée à surveiller nos deux enfants en parland français et allemand avec eux. Ce que nous proposons est un petit job payé d'un ou deux après-midis fixés par semaine et la possibilité d'améliorer votre connaissance de la langue allemande dans les situations quotidiennes et familiales chez nous. Si vous êtes intéressé, etc...

Pouvez-vous croire à ça? J'en étais à peine surprise, en fait. Dans mon état d'esprit, il ne pouvais y avoir de doute: ces gens étaient ceux dont j'avais besoin et eux, pour une raison que j'ignore toujours avec précision, ont besoin de moi en ce moment. Bien sûr, mon horaire cette journée-là coïncidait à merveille avec une visite chez eux. Et déjà en me rendant à leur maison je sentais que j'allais refaire ce trajet très, très souvent. À voir les enfants, charmants, calmes et équilibrés (La famille est arrivée à Bruxelles il y a un an et demie car la mère travaille pour la Comission Européenne. Le père s'est occupé à temps plein de Alva (petite puce de 4ans) et Mika (grand bonhomme de 7 ans) depuis, mais désire maintenant retourner sur le marché du travail. Graduellement, ils ont besoin de quelqu'un pour s'occuper des enfants dans leur magnifique grande maison colorée.), j’ai immédiatement senti comme un baume sur mes inquiétudes.


Plus rien ne m'étonne de cette histoire, j'en suis qu'émerveillée tellement elle est belle. Je ne sais pas encore quel va être mon salaire. Ce sera le bon pour moi, j'en suis certaine. J'ai hâte de voir les découverte que m'apportera cette aventure, quelles qu'elles soient! Je peux déjà dire que pour la langue, elles seront extrêmement positives: les enfants ont un vocabulaire relativement basique, qui repose sur l'essentiel. Et répéter les mots d'une même famille avec eux, les chiffres, les lettres, les accords de verbes, tout est pertinent, alors ce sera pour moi un trésor. Je peux déjà prédire que Mika va beaucoup m'aider, car il a déjà une connaissance du français et qu'il est vraisemblablement très intelligent. Il sera d'une aide précieuse pour entrer en communication linguistique avec la petite Alva, avec qui il m'est heureusement possible de communiquer énormément par des gestes et actions, accompagnés de mes supers expressions faciales!!! Je commence mardi, de la fin des classes à la fin du repas. Ce qui veut dire plusieurs bonnes heures avec les enfants et avec les parents aussi. Et si cet emploi était pour me reconnecter avec la vie familiale? Merveilles, merveilles!!!

Wednesday, March 14, 2007

Monday, March 12, 2007

Deutschland!

Ayant perdu tout espoir de cours d’allemand à cause de coriaces conflits d’horaire, je me suis finalement résignée, pensant que mon fameux ressenti des derniers mois devait être faux ou alors, lié à autre chose, et qu'il était meilleur pour moi, en ce moment que mes énergies et projets aillent ailleurs. J'avais tellement l'impression d'être déconnecté de ce qui était vraiment bien pour moi ces dernières années, alors... peut-être que l’allemand n’est pas ma voie autant je le sens, finalement.

C'est ainsi que par un drôle de plan, une volonté incertaine, je me suis retrouvée en Allemagne pour la première fois de ma vie: Tamas, un Hongrois avec qui je correspondais depuis 2 ans et qui comme moi, est passionné des Balkans (il m'a beaucoup conseillé lors de mon voyage, mais je ne l'avais jamais vu!), y étudie. Nous avions en tête d'essayer de nous rencontrer pendant mon séjour, quelque part à mi-chemin entre Göttingen (une ville universitaire du centre) et Bruxelles, idéalement à Cologne. Voilà donc, Damien Rice (cet artiste Irlandais que David et moi aimons tant mais qui faisait salle comble lors de ces derniers passages à Québec et Montréal) était justement en tournée sur le continent ces derniers jours. La représentation de Bruxelles étant sold-out, je vérifie les autres dates de concert et merveille: Cologne s'y trouve, et il reste des billets! Il fallait ni une ni deux pour organiser un petit périple à la dernière minute (bien, 1 semaine et demie à l'avance). Pour garder les dépenses au minimum, bien sûr nous allions couchsurfer! La ville n'étant pas incroyablement développée sur ce site, les réponses furent très sélectives: sur 6 demandes, seulement une réponse positive, et enthousiaste. La bonne, me dis-je, qu'il en soit ainsi. Et la vie n’avait jamais eu autant raison.

J'ai donc pris le train pour l'est, l’esprit prêt pour un peu d’aventure. La frontière étant à quelques 175 kilomètres, le train ne prend pas trop de temps pour franchir le mur de la langue et hop, Deutschland! La première ville à nous recevoir de l'autre côté des lignes s'appelle Aachen (ou Aix-la-Chapelle dans les atlas francophones). Et à Achen habite Stefan, un jeune étudiant/voyageur qui était passé par Montréal en juin dernier et avec qui j'avais gardé bon contact. Donc tant qu'à sortir de la maison, vaut mieux le faire en grand et transformer ces 3 jours en grand événement, en merveille!


C'était fabuleux d'avoir quelqu'un qui m'attende à la gare, la deuxième fois dans ma vie seulement (Élisa et Laurine étant venues me chercher à la Gare du Midi à mon retour d'Angleterre :). Malgré la pluie qui mouillait nos bas de pantalons et souliers, nous avons gardé le sourire qui accompagne les retrouvailles et ayant peu de temps cette journée-là, nous avons tâché de garder une bonne liste d'activités sèches pour la prochaine fois.

Quelques heures plus tard, à Cologne m'attendait Dominik, mais ça, c’est une autre histoire. Une histoire que je garderai pour moi, mais dont vous verrez certainement rayonner le bonheur.

C’est comme ça que l’Allemagne est entrée dans ma vie, et l’allemand lui, revenu dans ma tête, et à chaque jour qui passe depuis, de plus en plus. Ma curiosité linguistique fut réanimée en devant m’exprimer pour « survivre » dans un environnement allemand pendant quelques heures. J’ai senti une véritable confirmation que cette langue, j’allais un jour en venir à bout… Ce qui donne du pouvoir, c’est de réaliser qu’on est capable de communiquer nos idées et qu’en retour, très souvent mais pas nécessairement très efficacement, on comprend ce qui nous est adressé. La partie n’est pas gagnée, mais elle accumulera certainement plusieurs manches, toutes plus enrichissantes les unes que les autres. Je suis curieuse de connaître quels seront mes prochains nouveaux mots (et sentiments) allemands.

Sunday, March 04, 2007

Maastricht la brumeuse

Dans une petite gouttelette du Pays trop Bas se trouve, suspendue, prête à tomber, Maastricht la brumeuse. Magnifique maison de campagne à flan de rivière à torrents printaniers, elle se dépose au beau milieu d’un ciel à perte de vue. Comme il est surprenant de trouver une butte au pourtour quand on croyait du relief avoir été oublié…

Masstricht a été tantôt espagnole et tantôt française, mais les nouvelles frontières l’ont établi comme extension survivante du nord vers le sud, comme un évanouissement de la langue néerlandaise. Il est vrai qu’on se laisserait facilement saisir de la poussée de l’espace infini en fermant les yeux. Car qui dit légalité ici efface quelque peu la droiture de la réalité, trouble les sens. La tranquillité des samedis shopping-coffee-shop est si déroutante; dans les rues, il faut voir ou imaginer ces grands sacs aux mains et petits sacs dans les poches… Les gens, tout l’après-midi font en parallèle la file à au bar à herbe comme ils la feraient au bar à pâtisseries, à la caisse du Lacoste comme à la caisse du Heaven’s Gate. Ces comportements sont tout aussi étranges les uns que les autres et très dur il serait d’essayer d’en mesurer la rationalité.

C’est vrai qu’elle peut-être bien belle cette petite Maastricht lorsque les rafales ne retournent pas tous les parapluies jusqu’aux poubelles. Mais ici, les touristes se promènent très peu avec les objectifs du cou aux yeux et le guide à la main, ne savourent que trop peu le calme d’un parcours bien nanti orné de peinture fraîche et les rebondissements joyeux d’un accent joueur rond en bouche; c'est un marché où on rencontre beaucoup de ces regards étrangers perdus, égarés plutôt quelque part entre les frontières. Des centaines d'entre eux, chaque jour sont à Maastricht pour ne pas y être, sitôt rentrés.

N’ayez pas croire que je n’ai pas profité de la ville, de son souffle de santé qui, paradoxalement roule dans les rues bien joyeusement. J’ai brillé de son long coucher de soleil rosé pour émerger des bas plafonds fumants toute émerveillée, bien éveillée. Mon seul regret, ne pas avoir pris le temps d’apprendre comment dire bonjour et au revoir en Néerlandais.

Thursday, March 01, 2007

Vooomir

À l’adolescence, plusieurs jeunes essaient toutes sortes de plans de nègres pour s’étourdir. Très souvent, les limites de leurs nouveaux corps encore occupés à muter sont atteintes avant de joindre le groupe de la majorité. Mais pour ceux qui me connaissent, mon adolescence fut brève, et très rapidement, je fis vœux de sobriété. Je n’aurais peut-être pas dû rendre les armes si tôt…

Me voilà donc, une jeune adulte qui a appris à dire oui quand je veux dire non et non quand je veux dire oui; au réveil, les responsabilités de la vie, du boulot, des petites existences qui s’éloignent et des grands gens qui disparaissent à jamais.

Tranquillement, sans m’avertir, les couchers de soleil se sont mis à m’inspirer des coupes de rouges, puis les heures sont devenues plus festives, les pièces plus sombres et plus bruyantes, et les conversations elles, plus prenantes. Il serait facile de blâmer mon amour de la culture méditerranéenne pour justifier mon amour grandissant pour le vin (savourer des olives faisant rondes en bouche). Plutôt : le besoin ambiant de détente lorsque l’horaire se clos. Je me suis progressivement laissée attendrir par l’art dans de nouvelles diversités; gorgée après gorgée, sur la pointe des papilles, j’ai commencé aussi à trouver plaisir dans les fermentations de blé (au Québec, vous verrez que je porte beaucoup plus de noir qu’à l’habitude…). Et la Belgique, et bien, c’est le centre du monde de la bière! Imaginez donc un peu le centre du monde des belges, quand la journée est terminée et les réflexes mis sur la patère. Ajoutez à ç le fait que la bonne bière ici ne coûte presque rien : pour un euro, vous aurez droit oui à la pire des bières belges, mais quand même le champagne des bières de dépanneur québécoises. Ici, ils n’utiliseraient même pas la Molson Dry comme récurant à toilette!

Vous déduirez assez facilement que les fêtes estudiantines sont bien arrosées. Tellement arrosées, que littéralement, il faut se couvrir lorsqu’on sort. Les soirées les plus disjonctées sont communément appelées dans la culture régionale des T.D. Leur origine remonte au Thé Dansant du 19e siècle! Mais en 2007, les thés c’est pour les granos tranquilles; ici, même les néo-granos préfèrent s’envoyer des verres de bière à moitié plein (définitivement pas à moitié vide) sur la tronche en dansant de manière survoltée sur tes rythmes tantôt antiques, très souvent douteux.

La légende prétend même que le liquide tiède qu’on y reçoit en pleine tronche toute la nuit durant renferme bien plus que de la bière : il est si facile pour ces rigolos immatures masculins de se libérer la vessie en douce, la verge dans un verre. Il faut donc fermer la bouche, et surtout ne pas mettre en contact notre langue avec quelque centimètre de notre peau que ce soit. Ce doit être pour ça que tant de TDeurs préfère unir leur langue à celle d’un/e autre… Vous aurez deviné qu’au T.D., il ne s’y passe pas que de la matière à Doctorat.

Dans ces vapeurs d’urine, de sueur et de vomissure, j’ai trouvé matière à faire réagir mon corps. Après une préparation au T.D. assez violente (voir référence au vin un peu plus haut. Disons, un peu trop vite avec une un peu trop une bouteille à moi toute seule…), j’ai fait la connaissance avec mes limites gastriques. De cette soirée, je n’aurai jamais entendu clairement la musique, n’aurai jamais vu la foule, n’aurai jamais vu ses frasques. Plutôt, accoudée à des toilettes qui ne se sont pas fait nettoyer depuis des lustres, sans papier pour se créer une impression de propreté… Même une fois trop pressante, tout juste sortie de la salle de bain et aussitôt après avoir humé l’air de la masse puante, je sortait par l’évier de secours. Une soupe dont personne ne s’offusquait.

Le même scénario, encore et toujours, probablement 4 ou 5 fois, jusqu’à atteindre le fond dans les buissons. Je ne sais pas quelle échelle de volume il est adéquat d’utiliser en de pareil circonstances, mais je me contenterai de préciser : Beaucoup.

Donc une première intoxication extrême dont moi seul connaîtrai tous les détails, entre les pertes de conscience passagères et le long chemin vers la maison - comment se fait-il que le tram décide de ne pas passer dans les pires moments? Une première mémorable : moi comme victime de mon corps, mon corps comme victime de mon ignorance. Une leçon que j’aurai dû avoir appris il y a 10 ans, mais maintenant épicée de honte, plus que jamais inoubliable.

Sunday, February 25, 2007

Petite liberté en Wallonie

Ah, une balade en auto à la campagne wallonne; ma première escapade sur les autoroutes belges! Ce n'est pas trop difficile de réaliser les proportions des grandes voies de béton ici: le pays a une des concentrations de route de béton les plus élevées du continent, ne suffit que d'observer une carte routière de l'Europe pour voir le nom des villes disparaître au profit de lignes rouges...

En fait, c'est une coïncidence incroyable qui a envoyé mon cousin Pascal (le fils de la soeur de mon père, Claire) vivre à Anvers quelques mois alors que je n'était que 30 minutes plus bas. Pascal ratisse au quotidien les pays avoisinants derrière le volant, à l'aide de son fameux GPS. Et comme il est plus facile que jamais de se trouver et passer du bon temps ensemble, on est parti à la découverte de la région juste au sud de Bruxelles. Ce fut une très brève balade en voiture si on transpose en standard nord-américain; à la différence qu'ici, on retrouve des ruines et des champs de batailles historiques qui côtoient des éoliennes.


Nous avons découvert un des plus beaux vestiges du patrimoine religieux en Belgique: l'Abbaye (savez-vous vraiment comment prononcer ce mot-là? Moi après 2 mois, je ne suis toujours pas capable de me faire comprendre directement: "Quoi, des abeilles?" "Non, j'ai dit abbaye!!!" ) de Villers-la-Ville, datant du 13e siècle et à travers duquel passent maintenant route et voie ferrée. L'effet est presque un scandale, mais on comprends vite que c'est le temps qui veut les bonnes choses au bon moment. Sous la pluie fine de février, le lieu faisait rêver du temps ou les moines calmement reprenaient les saines écritures ou encore brassaient leur forte bière pour le Carême (qui dit moine ne dit pas ange, surtout pas en Belgique!).

La soirée nous a permis de goûter à de délicieux mets régionaux dans la ville de Namur et de conquérir sa forteresse, à lumière de lune. Mais la Belgique étant un petit pays bien calme, lorsque nous nous sommes informés des choses particulières à faire un samedi soir à Namur, les locaux nous ont répondu unanimement: "Si j'étais vous, je sortirais à Bruxelles!"
Malgré tout, je reviendrai bien quand même pour des histoires et images plus en substance.

Wednesday, February 21, 2007

Le Carnaval de Binche!

Le Mardi Gras ici veut dire bien plus que quelques mots insignifiants sur une case de calendrier nord-américain. Une journée de Mardi Gras ici signifie congé (les enfants belges n'ont pas école durant toute la semaine de carnaval!) et fête, du matin jusqu’à l’aurore, et d’aucun n’aurait pu nous empêcher de progresser vers l’ouest, déjà quelques gouttes de genièvre local aux lèvres, pour déguster une journée traditionnelle unique, totalement exotique. Et pour briser les clichés, il y avait un de ces soleils!!!

Binche, c’est la dureté de l’ère industrielle qui s’est fait oublier de la douceur des cultures. Binche, c’est la vie qui se retrouve une fois l’an, quand le chômage se fait oublier et que les rues se bondent d’une foule dense, dense, dense!!! Et danse dès la matinée dans les tavernes et bars de la place et grande allée. Il faut vraiment entendre de ses propres oreilles les hurlements de la ville quand encore à la gare, le bruit des rails ne fait que s’estomper! Et ces gamins qui du lit tôt sont tirés et amenés, bien costumés, le long des barricades pour observer les différents petits contingents aller et venir au son des tambours. On retrouve partout dans la rue dans les bars des petits qui suivent papa maman dans la fête. Avec tout ce que ça implique : beaux costumes de princesses, cow-boys et autres pierrots pour les uns, bonjour alcoolisme post-fœtal pour les autres!

En fait, imaginez-vous la St-Jean-Baptiste (pour les « lecteurs étrangers », il s’agit de la fête nationale du Québec, célébrée le 24 juin de chaque année) commençant à 4am, multipliez sa fébrilité par quatre, et vous n’obtenez encore que la moitié de l’énergie de Binche. Bien sur, si tout ça commence, vous devinerez qu’on multiplie toute la classe des grands rassemblements par 4 aussi… et des rigoles d’urine et amoncellements de détritus vous obtenez, surtout dans ces petites ruelles qu’on croit cachées.

Tout l’après-midi à festoyer sous une pluie de confettis arc-en-ciel, attendant la célèbre grande parade finale des Gilles du Carnaval de Binche (classé patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO). C’est sacré: ces Gilles, ils doivent être nés et encore habiter à Binche et réserver une exclusivité totale à ce festival durant toute la période du carnaval. Leur fameux costume de jute est recouvertde figurines et d'étoiles aux couleurs de la Belgique; sur certains d'entre eux (il existe différents formats de Gilles, vous l'aurez sans doute deviné...) on en compte jusqu'à 150, dont en général environ une vingtaine de lions héraldiques et plus d'une centaine d'étoiles!

Les Gilles, ces rois du jour, défilent dans les rues dès le matin après leur déjeuner d’huîtres et champagne, les sabots de bois aux pieds qui claquent le rythme grave des percussions, le costume bien bourré, les bonnet et rubans blancs serrés sur la tête, le ramon (bouquet de branches, aux allures de grosse baquette magique que les Gilles lancent de temps en temps aux amis pour les saluer. Sinon, ils sont) en main. Puis arrive l’après-midi et le fameux cortège des Gilles, l’apogée du spectacle. Sur leur tête, d’immenses chapeaux de longues plumes d’autruches blanches, tantôt immaculées, teintés tantôt de rose, tantôt de bleu. La majesté de ces couvre-chefs nous les fait voir même derrière 4 rangés de curieux aux barricades. Ce qui surprend le plus n’est pas ce qu’il y a devant, mais bien ce qui tombe du ciel, car la tradition veut que les Gilles du grand cortège fait pleuvoir des oranges sanguines en offrande aux visiteurs. Le pavé déjà gommant de houblon s’en retrouve très vite recouvert de fruits éclatés, et plus tard quand les Gilles rentrent se rafraîchir, la ville a des allures de fin du monde : après une guerre d’agrumes.

La fête donnait l’impression de ne jamais se terminer à Binche et alors que nous devions reprendre le chemin vers Bruxelles, les Gilles ressortaient sans plumes mais encore le regard sérieux, espiègle, absorbés dans leurs traditions bien ancrées dans les trippes et le cœur. Les lumières des feux de Bengale annonçaient le cortège aux lumières, le cortège du soir, encore et toujours… Paraît qu’il y avait un feu d’artifice.

Ah, quand je pense le folklore comme on le connaît chez nous n’est pas aussi solide, il a faibli, il est coulé comme la sève jamais recueillie d’une érable devenue chêne. Mais ça, c’est une autre histoire qui vit à des kilomètres, et des kilomètres... Reste qu’il faudra me le dire lorsque vous goûterez la première tire.


Ici, reste encore plein de confettis.


N-b : Cette année, la fin de soirée à Binche a mal tournée : un jeune a terminé la soirée avec un couteau à plein le corps et n’est jamais rentré chez lui. Quand on pense que la menace réside dans les grandes villes!

Monday, February 19, 2007

La Belle au bois dormant

Pour vous situer dans le temps et l’espace, je vous présente formellement Bruges, ville d’une 100 000aine d’habitants qui se situe en Flandres (qui est la partie néerlandophone de la Belgique. En fait, la moitié nord du pays, du sud de Bruxelles jusqu’à la mer du Nord, est Flamande alors que le sud lui, s’appelle la Wallonie et respire plutôt d’airs latins.), à quelques 10km de la Hollande. Dès les années 900, on y trouvait déjà un port en bordure du canal de Zwin. Au 13e siècle, la vielle était un des plus importants centres dans la fabrication et le commerce de tissu et sa position à proximité de la mer (toute relative, quelques 15 kilomètres en dessous) lui permettait un commerce facile avec l’Angleterre, alors importante producteur de laine. Grâce à cet important trafic, Bruges devint à la fin du Moyen-Âge la ville la plus riche d’Europe!

Dans les années 1500, le départ de la cours et de ses empereurs renvoie le titre de la ville à second violon de province. C’est à cette époque que le commerce autrefois fleurissant, se fatigue irrémédiablement, en même temps que le grand canal qui donnait vie à la ville lui, s’assèche. Les marchands quittent alors la cité, laissant à l’abandon canaux, rues, églises et maisons. Bruges en fut bonne pour une véritable sieste de 400 ans, jusqu’à ce que des touristes y trouvent intérêt au début du 19e siècle (la proximité de la ville avec le fameux champ de bataille de Waterloo, quelques 50km plus au sud près de Bruxelles, attirait déjà – et encore de nous jours- des curieux). C’est presque miraculeusement que la ville échappe sans écorchure aux deux grandes guerres, pour notre grand plaisir et la fierté de l’U.N.E.S.C.O..

* * *

Hier, à mon initiative, un petit groupe sélect d’étudiant Erasmus n’ayant pas eu envie de visiter Paris main dans la main avec d’autres Erasmus avons pris le train vers le nord, sous un ciel complètement blanc. Depuis quelques temps, j’avais l’idée de quitter la capitale et prévoyant un day-trip en solitaire comme à mon habitude, j’ai décidé d’unir mon temps à celui d’autres. Une invitation sélecte d’abord s’est finalement répandue à une quinzaine de personnes. L’Italie comme nation dominante, et un bout de Suède, de Bulgarie, d’Allemagne et du Québec.

L’absence d’azur me faisait craindre la persistance d’une bruine glaciale, mais il n’en fut rien. Sinon, l’air bien frais du nord et la déception de ne pas retrouver de texture visuelle à tous ces murs vieux de 700 ans (illusion, quand tu nous bernes, nous savons bien qu’il y a une couche de 19e et 20e siècle sur ces vieilleries!) mais qui pourtant, sous la main se montraient bien rugueux. Bruges est le lieu touristique belge le plus visité, un incontournable bien avant Bruxelles, et la petitesse de la ville nous le faisait sentir, bien que l’hiver garde en ces bas pays la saison bien basse… Les foules, je ne les adore pas, et les caillots de photographes dans les rues, je ne les apprécie pas trop trop, vous savez bien.


J’ai déjà pensé m’orienter en tourisme, mais les décisions que j’ai finalement prises, rationnelle ou pas, ont mené mon éducation en éducation. J’aime, c’est vrai, guider les gens, leur expliquer et leur décrire leur environnement et ses pourquois, mais quand je suis en mode visite, j’abhorre les responsabilités. Et à bien y penser, je déteste profondément la majorité des touristes et leur manie de visiter aveuglement, bras tendus, à la confiance de quelqu’un d’autre. Il est trop facile de se détacher (plutôt ne jamais s’attacher, en fait!) des lieus foulés quand quelqu’un conduit nos pieds, regard et attention entre 2 mots dans notre langue maternelle, avec ou sans accent d’interprète. À 100 m de la gare déjà, j’ai été prise de panique quand j’ai réalisé que je sentais devoir avertir le groupe du choix de mes arrêts et tournants. Ce que je ne veux pas ponctuer le voyage des autres!!!! J’ai fait une mise au clair très claire, et puis je suis partie dans ma direction à moi, tantôt parallèle aux autres, tantôt perpendiculaires, mais au moins ayant en tête que je pouvais décider de fixer une brique médiévale pendant 45 minutes si je le sentais. (ouf!). J’ai encore beaucoup de travail à faire avant de pouvoir partager mon chemin avec quelqu’un d’autre « Marianne, tu es trop indépendante! ». Je n’en doute pas.

Cette journée calme (il faut savoir trouver les rues tranquilles, ce qui est très facile car l’homo touristus se contente habituellement de ratisser un rayon de 100m autour de la place centrale) me permit de méditer, de fermer les yeux tantôt et les écarquiller ensuite, à essayer de comprendre ce qui s’est passé entre avant et maintenant. Ce fut une journée parfaite pour l’imaginaire car dans toute cette immobilité tranquille et ce silence, il était possible de peindre le mode de vie d’autrefois, ses couleurs, ses odeurs (oui, les bonnes et les moins bonnes) et ses accents, presque.

Et un ciel tout bleu.

Tuesday, February 13, 2007

Le déménagement (et ses parenthèses)

Changer d’environnement, c’est comme recommencer à voyager. Refaire son sac, encore, comme dans le passé (sauf que là, merde, j’ai l’impression d’avoir fait une interprétation absurde de « voyager léger »…). Ce périple me portait seulement en aval, quelques deux kilomètre plus loin que chez ma belle Élisa.

(Plus loin : tout est relatif quand on pense en termes Bruxellois. La ville se marche de long en large (faut pas avoir peur des kilomètres de montées et descentes à s’y perdre, mais le commun des mortels pas trop sédentaire y trouve matière à s’y plaire) en deux jours. Il est raisonnable de vouloir en traverser la moitié dans un même tour de soleil, bien que ce soit un peu trop de matière à intégrer pour un même oeil.)

Après deux voyages qui me paraissaient peser des tonnes (imaginez-moi chaque fois avec ma grande valise à roulettes et mon backpack attaché à un buggy de courses (d'emplettes, pas de courses de vitesse, 'voyez?!), essayant tant bien que mal de faire mon chemin sur les dalles les plus régulières d’un pavé qui lui, typiquement, ne l’est pas trop), mes muscles endoloris ont finalement déposé tout mon attirail dans mon 25 m2. Je crois sincèrement avoir allongé mes bras (vous ai-je parlé de mes bras de poule?) de quelques centimètres pendant cette demi-heure d’intense yoga élastique.

Le problème avec ce changement d’environnement, c’est que tout à coup, je me suis sentie trèèèès seule; après avoir partagé le dernier mois avec un ange comme Élisa, sa pétillante (quand elle n’est pas à moitié morte de grippe…) petite Laurine et plus souvent qu’autrement son chum Thomas, le silence total m’a paru presque irréel. Le changement d’altitude qui me bousille les oreilles?!? La punition par les dieux d’avoir quitté presque en catimini, en vitesse, pour ne pas sentir que je partais un peu déjà… J’arrive.

L’immobilité des meubles qui avaient été laissés par l’ancien locataire (au moins, j’avais rencontré Ludovic plusieurs fois avant, alors je pouvais reconnaître que la chambre avait une certaine âme équilibrée, sinon je ne l’aurais pas choisie!) m’a vivement donné envie de petit tremblement de terre, de montagnes d’épices qui sentait ma maison : je me suis empressée d’épousseter les étagères, d’aspirer les acariens du tapis, d’enrober de fumée indienne les quatre hauts murs et de nettoyer les grandes vitres de la porte française, sous les yeux d’ouvriers curieux en pause à la fenêtre d’en face (aussi bien dire qu’ils étaient avec moi, fixés à la même élévation. Il faut vous imaginer que, avec les 15 degrés que cette superbe journée portait, la québécoise en moi jugeait bon de ne porter rien de plus qu’un T-shirt au décolleté discutable pour habit de travail. C’était quelque peu inhabituel dans le quartier à cette date, il va sans dire). En quelques heures, j’ai réussi à transformer un espace nouveau en espace qui me ressemble. Le seul aspect qui me ressemble très peu est qu’ici le soleil ne taquine jamais le balcon et ne passe jamais le verre et les rideaux. Avec vue plein nord, je vois le soleil des autres, leurs yeux fermés de plaisir, de jouissance de cette chaleur cosmique qui stimule la vitamine D sur leur épiderme, les endort après midi, les fait fermer les volets, même! Ici chez moi, la lumière vient plus de l’intérieur : ce n’est pas pour rien que les murs sont couvert de peinture de soleil. À leur vue, on a de suite l’envie d’être rieur, de vider la boîte de jouets et de s’inventer des univers qui tournent. J’ai couvert le mur au-dessus de ma cheminée de sourires et de grimaces de ceux qui me réchauffent le coeur, ici et ailleurs, de bouts de ciel flottant en d’autres continents et de chaudes petites lumières scintillantes.

Bien sûr, de ma nouvelle fenêtre, on peut entendre en sourdine les voitures qui tournent le rond-point et les oiseaux du parc qui se chantent des histoires d’hiver, mais la vie familiale, les brols de tout le monde dans le salon, la vaisselle collective, le mouvement des idées matinales ou nocturnes et les croisements des heures de bains paraissent bien lointains. J’étais habituée au lever du jour à vue panoramique; chez Élisa, on était comme au sommet du monde, avec vue sur l’ouest au-delà de Schaerbeek et de St-Josse jusqu’à la Basilique du Sacré-Coeur. En tournant un peu la tête vers le nord, on pouvait même apercevoir l’immense dôme de Ste-Marie et les boules de l’Atonium, parfaits contrastes bruxellois. Il faudra que je revienne pour les couchers de soleil du plein été, à siroter sur le balcon le thé à la menthe de l’amour du monde. Souvent. J’ai encore les clés.

J’espère que vous n’êtes pas pris dans la neige.

Gros becs,


* Marianne *

Monday, February 12, 2007

Les Erasmus

Qui était Érasme? J’adore la fabulation de Xavier, personnage principal du film l’Auberge espagnole, lorsqu’il rêve au grand explorateur espagnol, faisant apparition dans sur le quai de Barcelone, collerette collée au menton roux et des yeux d’un autre siècle.

Socialisent à temps plein, ou sinon le social à temps plein les embarque. La seule paye étant de pouvoir, en moins d’une semaine de connaissance, saluer des dizaines de personnes par jour.

Je ne vous dis même pas le nombre de caisses de bises que j’écoule…


La fête.

Être en échange quelque part implique son lot de moments passés à l’extérieur de la maison et à l’extérieur des classes. L’organisation des activités d’Erasmus devient un véritable club social ou tout un chacun a sans cesse quelque chose à raconter, a partager, à investiguer.

Les rencontres de cultures créent des bouillonnements, un foisonnement des curiosités qu’on veut assouvir. Et ce continent, bien qu’il soit « petit », est tapissé de nuances non négligeables. Tout a été joué ici et le temps n’a pas fini de l’utiliser comme terrain de jeu, cette Europe. Nous somme de petits poissons fascinés par la profondeur de l’océan, par l’arôme des hameçons lancés de l’au-delà et par la tire vers le ciel qui se transforme souvent en pirouette virevoltante monumentale. La vie est longue et courte tout à la fois. Déjà on sent les certaines habitudes, certains schémas se dessiner dans nos relations avec les autres, avec notre nouveau campus.

En tant qu’Erasmus, nous nous devons d’être des plus lucides par rapport aux merveilles que notre nouveau monde recèle : bien que souvent, la lucidité s’évapore avec nos sueurs sur la piste de danse ambiante. La Belgique est une nation qui a développé un art impressionnant de brassage de bière, et c’est le premier aspect que tout Erasmus découvre. Pour ne pas nous faire de cachette de la véritable nature de l’organisation, l’Express (les gardiens/guides belges des étudiants étrangers, souvent eux-mêmes ex-étudiants d’échange. Nostalgique il va sans dire…) nous a fait visiter une brasserie pour briser la glace (ça gèle à combien, la bière au juste?).

On se sent déjà comme de vieux amis, on se demande comment vont les autres, comment vont leurs chiens, leurs libellules. Le bon moral des troupes doit être supervisé, veillé; c’est ça, appartenir à un groupe. En plus, nous avons une étiquette : Erasmus.


Les langues

Les Erasmus sont typiquement polyglottes. Il est facile de comprendre que, sans grand miracle, les plus éloignés Européens d'entre eux parlent au moins 3 langues:

1- leur langue maternelle (je pense surtout au danois, à l'italien, au finnois, au suédois, au grec, au portugais, au bulgare, etc.)

2-La langue du voisin (spécialement dans les pays scandinaves. Sinon, passez directement à l'énoncé 3)

3- L'anglais

4- Et maintenant, à des degrés plus ou moins compréhensibles: le français.


Les accents (ni aigus ni circonflexes)

Ces beaux pouvoirs ne sont pas magiques, et les génies sont rares. Règle normale, on peut facilement dénoter les airs de mer, de neige, d'île ou d'argile à travers des mots et expressions souvent empruntés, traduits: le résultat est une nouvelle ville ou des dizaines de ponts nous amènes au centre. On prend celui qu'on trouve le plus facilement: sinon, on demande les directions!

Il faut entendre nos 2 franco-Ontariennes se faire passer pour des Québécoises... Même les Finlandais, Norvégiennes, Français, etc. pourraient l’instant d’une nouvelle rencontre devenir Nouveau-François aux oreilles d’Italiens facilement bernés!

J’ai réalisé à cet égard que nous vivions maintenant dans une bulle absolument coupée du reste de la réalité : j’ai été frappée par les ricanements d’étrangers qui trouvaient vraisemblablement rigolo l’accent de ma copine alors que nous discutions à l’arrêt de tram en fin de soirée. Après des heures de débats et partages dans la même pièce, on ne la sent plus. Le mépris que j’ai senti de l’extérieur à ce miment-là m’a fait sentir triste pour ce bête étranger; un unilingue belge, peut-être?

La richesse n’est pas dans la perfection.

Saturday, February 10, 2007

Scientia vincere tenebras (La science vaincra les ténèbres)

L’unif (unifffff, faut bien prononcer!) est un petit univers bien bullaire. La masse estudiantine ressemble à la mer Caucasienne. Le monde est autre chose, mais ça c’est une autre histoire. Ma nouvelle planète est l’ULB (l’Université Libre de Bruxelles)


Le quart d’heure académique

Dès mes premiers jours, j’ai fait une impressionnante découverte, qui m’a fait instantanément sentir confortable, comprise, appuyée, épaulée : le quart d’heure académique. Si seulement les cours pouvaient durer que 15 minutes… mais non, ce n’est pas ça. Le quart d’heure académique s’agit de la première tranche du cours, durant lequel il ne se passe absolument rien. Une vulgaire attente dans le meilleur des scénarios, une inquiétude d’abandon dans le pire. En fait, ici on ne se fait plus d’accroire à penser que les gens arrivent aux rendez-vous à temps... On n’est quand même pas en Amérique latine, ou au Monténégro, où la moyenne de décalage interne accepté peut souvent dépasser l’heure! Ce 15 minutes flottant en début de cours permet en fait d’éviter les instructions données à un groupe constamment distrait par les retardataires.. Donc théoriquement, le partage de matière commence strictement, sans retenue aussitôt la grande aiguille passée 3h. Mais vous aurez certainement vu le phénomène venir : tous savent que le cours commence à cette heure-là, les retardataire n’ont pas à s’en faire pour la survie de leur espèce!Même les profs, que j’ai déjà vu à l’ordre, utilisant le quart d’heure académique comme justificatif à leur propre retard… Je crois que je vais bien sûr utiliser ce droit assez fermement (je suis obsédée par l’extension de mes nuits) mais également, je vais beaucoup en rire tout le semestre.

Pour une fois depuis 3 ans, je trouve que McGill tient une logique admirable pour contrer cette étrangeté: des cases-horaires de 50 minutes qui permettent à la fois et les déplacements d’une faculté à l’autre, et l’ingestion de nicotine et goudron dans le sang des revendicateurs de pauses. Ah, la plus meilleure université au Canada!


Petits et grands

On m’a souvent dit que j’avais l’air plus vieille que je l’étais en réalité, que j’étais « plus mature que mon » âge, etc. Du beau blablabla mais ici, j’ai droit à un petit choc des âges, flottant entre deux extrêmes il me semble. En Belgique, l’accès à l’unif se fait en général à 18 ans. Je vous laisse donc imaginer défiler les hordes de jeunes bien intelligents mais avec aucun poil au menton pour démontrer quelque sagesse que ce soit. Et à l’extrême, des auditeurs libres qui veulent ajouter un peu de substance à leur confortable retraite : un saupoudrage de sel dans une mer de café, pour le plaisir de ne pas laisser leurs cerveaux s’exaspérer de la rareté du savoir dans leurs vies. (Par chance, il est physiquement impossible qu’ils sèchent grâce à la pluie belge!) Donc les cours de première année sont les plus difficiles (à endurer) parce que l’espace y est partagé avec des groupes de gamins (souvent déjà complices) qui par leur légèreté de vie, me donnent l’impression d’être retournée au secondaire ou au mieux, au cégep. On se moque même des enseignants! J’avais cru cet instinct dénaturé avec le temps (pas vieille je sais, mais je ne m’adonne plus à ce genre de sottises, vous savez). Ils ont quatre ans pour mûrir au contact des plus sages.

Les cours les plus rigolos sont ceux ou les « vieux » ont la côte et sont même la source de plaisanteries de la part des profs (vieux aussi). Pour comprendre, il faut voir une mamie confuse faire son arrivée bien après la fin du quart d’heure académique (geste qui serait considéré comme un manque total de respect pour le locuteur principal), descendre l’allée de gauche jusqu’au bas et essayer de se frayer un chemin par-dessus les étudiants déjà en place pour atteindre le centre de la troisième rangée... Un peu comme au cinéma sauf qu’au lieu de déranger amèrement ceux qui ont payé, et bien tous sont amusés, même le prof en fait. Sans vouloir vous vexer, universitaires de par le monde, je suis très heureuse de constater que le respect des aînés passe bien avant le respect des intellectuels;)


Nerds

Intellectuels, les étudiants belges semblent vraiment l’être, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes : déjà avant la fin de la première semaine de cours, ils répondaient à l’appel des livres à la bibliothèque, armés de marqueurs colorés et de casque écouteurs. Pour moi, ne manque plus que l’oreiller car plus qu’un endroit où focuser admirablement sur le savoir et l’apprentissage, je trouve plutôt le calme des rayons de papiers et mots parfait pour une sieste après le dîner. Oui, je suis du genre à arriver aux lectures d’après-midi avec des marques au visage qui ne sont pas du maquillage.


Le campus

Du reste, le campus Solbosch ici est un concentré d’une dizaine de facultés tassées en sardines dans un périmètre tout à fait ridicule : entre les bâtiments principaux (seulement deux d’entre eux seraient considérés d’architecture intéressante, un tantinet historique, presque. Du reste, le campus est assez jeune et on a vivement privilégié l’usage du béton comme matière première lors de sa construction. L’horreur, ils ont même poussé l’audace jusqu’à inclure quatre immenses maisons préfabriquées!), tout juste ce qu’il faut d’espace pour une rue à sens unique ou pire, un sentier de boue pour piétons. Par chance, on y trouve une sympathique avenue centrale ou se précipiter pour respirer une grande bouffé d’air (pas que devant les portes, où on retrouve un véritable smog en permanence!) entre deux discours. Le résultat : il y a toujours quelqu’un à qui sourire, avec qui rire, à cause de qui arriver en retard en classe. On réussi facilement à se retrouver, soit sur Paul Héger (cette avenue, ne me demandez pas qui était le mec en question), soit devant un babillard couvert de posters colorés pendant en lambeaux, soit à la cafétéria, ce qui me fait sentir, à chaque moment de ma journée estudiantine belge, tout droit sorti d’une mise en scène de Chambre en ville.


En plus, se balader sur le campus est toujours comme une chasse au trésor, car il n’y a aucune logique à l’emplacement des pavillons : tous portent des lettres, mais bien que certaines se suivent parce côte à côte, on trouve le pavillon A (logique, c’est le premier à être construit, pour l’inauguration de 1834) devant le pavillon U (vous aurez la chance de contempler son étonnante forme de U lors d’un tour d’hélicoptère à vos frais!) qui lui est devant les pavillons P1, P2, P3 et P4 pour… « préfabriqués ». C’est une logique tout à fait… belge.

Vous pourrez sans difficulté deviner que je me sens bien loin des prétentions de McGill! Et j’en avais besoin…

Saturday, February 03, 2007

Pensées de bar

L’Europe, c’est sentir le chien du voisin qui observe contemplativement le repas de son maître sur la banquette : « C’est bon, hein mon toutou? ».

Comme c’est beau de voir dans une petite taverne de coin de place un vieux couple, les cheveux comme l'écume qui flotte sur leur gueuze. Et vite dans le goulot de madame, qui donne l’air à monsieur de ne pas savoir manier le verre... Elles sont adorables ces traditions de relaxation de fin de journée! À la maison, il s’agit pourtant d’un défaut dégoûtant que de terminer le quart de travail au bar du coin. Quelle mauvaise habitude, motivée trop souvent par de mauvaises fréquentations...

(Et s’en vont en boitant.)

Les traditions et habitudes ici m’enchantent jour après jour. Je ne me tanne pas du pain frais du jour et des transports en commun permissifs. Surtout pas de ces rails à fils qui m’électrisent soir et matin. J’adore aussi ne plus compter les taxes, et plus que tout je me réjouis au quotidien de ne plus convertir l’heure en pensée. Je suis dans mon fuseau horaire; je le sens bien fixe. Pas une -5, je suis plutôt une +1.

Thursday, February 01, 2007

Brèves errances d'un mercredi à Schaerbeek

Aujourd’hui, il n’y a pas eu un seul vrai nuage dans le ciel, que le voile parfait pour répandre la lumière et faire oublier aux façades les ombres drues des soirs et matins.

J'ai fait des miles pour enfin me retrouver dans mon voisinage la face dans le chocolat, la langue couverte de délicieuse ganache. Ici, on fabrique les meilleures des friandises, à partir de pastille pour faire plonger les yeux dans une mare qui deviendra fine gâterie après un parfait coup de maître. Des arômes de cacao en forme d'euros, j'en aurais pris une pleine poche! Mais pas dans les poches... Entre 15 et 18 degrés, faudrait-il plutôt. Mais où trouver ça par ici? Sous la langue, c'est l'enfer pour la chose, mais le paradis pour la femme. Incrédule, le niveau de sérotonine à la hausse, les yeux fermés de plaisir, j'ai officiellement décidé qu'au moment ou je devrai rendre l'âme, je souhaite avoir une praline en bouche.

Le cœur au chaud, bien sucré, témoin de la vie bruxelloise, j'en ai profité pour trouver milles petites merveilles durant la journée. Je ne me surprenais presque pas que la vie m’enveloppe ainsi de véracité: à regarder paisiblement ce vieux couple musulman, la canne prête, assis silencieux dans un carré tranquille ou alors cet adorable gamin sourire à sa mère, comme le reflet de sa jeunesse, ailleurs. Ma cadence était parfaitement lente, et pas qu'à cause de mon pied fatigué...

Il faut voir les barbes de St-Josse, portées longues et sages. Les souliers dans les environs n’ont pas la cotte; plutôt des pieds d’été emballés de laine, ou pas. Ici, ce n’est pas tant l’hiver, que le temps où on frisonne à la perfection qui compte.

J’ai frissonné toute la journée.