Ah, merde de merde de saloperie de merde! J'aurais du écouter mes trippes un peu plus aujourd'hui; la crainte, toute la journée, de me faire coincer sans payer, surtout liée au fait que je ne VOULAIS PAS payer...
Tout a commence ce matin, alors que je devais me rendre à Leuven, à quelques 20km de Bruxelles, pour aller y collecter mes semelles orthopédiques, qui avaient subi une modification le mois dernier. J'étais si furieuse de devoir me déplacer car théoriquement, j'attendais l'appel de l'orthopédiste avec qui je fais affaire à Bruxelles afin qu'il me confirme qu'elles étaient prêtes et que je pouvais repasser les chercher a l'hôpital français, tout juste au nord-ouest de la ville.
Et bien, surprise! La semaine dernière, le mec s'est poussé dans la brume et n'a jamais redonné de ses nouvelles. Résultat: je devais payer 9€ (15$CAN) pour le train à cause de lui. Ajouté au fait que je devais déjà débourser 25€ pour la réparation des dites semelles. Mon lever à 6h30 après quelques trop courtes quatre heures de sommeil ne me permettait pas beaucoup de tolérance. J'avais, pour une des rares fois dans ma vie, un peu de rage au coeur de tout ça : j’étais prête à balancer une belle merde à la secrétaire, aussi impuissante soit-elle dans tout ça. Et bien sûr, je refusais catégoriquement de débourser quoi que ce soit pour me déplacer de la gare aux bureau, qui s'est finalement avéré être une marche de 45 minutes, à marcher avec mes bagages pour le weekend, et j'avais mal, mal, mal au pied. Et mal a l'orgueil.
Je me suis calmée lorsque enfin j'ai fini par trouver l'endroit, au fin fond du parc d'industrie et de recherche d'Heverlee, en "banlieue" de Leuven, qui en soit est déjà en périphérie de Bruxelles... Je me suis calmée aussi lorsqu'on m'a dit que, selon la facture de l'orthopédiste, je n'avais rien à débourser pour ce genre de service de modification. Mais voyons, c'est tellement illogique, parce que ces semelles ne venaient pas d'eux! Ils chargent à qui, eux, après ça? Ils chargent à quoi? C'est peut-être une des raisons qui pourraient expliquer pourquoi le mec n'a plus son emploi chez Ortec...
Bref, donc 25€ que je n'avais pas à débourser; alors les 9€ pour le transport ne me paraissaient tout à coup plus trop mal. Surtout du fait que j'allais peut-être me sauver de la charge de retour (car ici en Belgique, il existe une option vraiment économique pour l'utilisation du train par les moins de 26 ans: la GoPass, qui est une carte pour 10 trajets entre n'importe quelles deux gares au pays, que ce soit pour 50km ou 250 km. Sur le bout de papier, à chaque fois on inscrit, avant le départ, la date et les gares du jour. Le contrôleur nous poinçonne dans le train. Alors pour les malins, pour les trajets très cours, il est possible d'attendre à la dernière minute avant que le contrôleur arrive dans le wagon, et espérer qu'il ne s'y rende jamais avant notre arrivée à destination, et donc conserver un voyage de plus sur sa carte!).
J'ai quand même remarché jusqu'à la gare, prenant au passage quelques cliches illégaux des installations militaires de Heverlee (ah, c'est ça qui met la ville sur la map: un centre d'entraînement!). Mais finalement, j'ai décidé d'être honnête et d'entrer les détails de mon retour sur ma GoPass. Honnête moi :) J'ai quand même fraudé la STIB (transports en commun de Bruxelles) pour retourner en ville (en fait, je me suis déplacée sans payer pour tout le mois...) Mais puisque je n'avais jamais vu un contrôle depuis que je suis revenue en Europe: car ici, souvent, au lieu d'être équipées de tourniquets, les stations de métro ou les tram sont plutôt équipés de machines oblitératrices. Il faut acheter préalablement un ticket, et le "puncher" dans la machine à l'embarquement. Et sporadiquement, des agents circulent sur les circuits et vérifient que tout le monde est muni de titres de transport valides. Sinon, il faut payer une amende. C'est ainsi que, supposément, ils entrent dans leur argent.
Alors, je me rends à la gare pour prendre le train pour Cologne, en avance, pour une des premières fois de ma vie... 40 minutes, mon record! Je lis, je jase avec les passagers qui attendent aussi sur le quai. Et je suis fatiguée. Et j'ai mal à la tête. Mais c'est un détail, car mon coeur palpite à l'idée que je m'en vais faire une surprise à mon amoureux pour son anniversaire...
La balade fut splendide (soleil radieux, et de plus en plus de verdure dans les prés) et parut bien brève: j'ai dormi un peu, croulante de la fatigue résultant des émotions passées, et celles à venir. À Cologne, je débarque à la gare principale. Puis je recommence avec mes aventures illicites: n'ayant qu'une station à franchir (que le Rhin à traverser, vraiment) mais mes pieds n'en pouvant plus, je saute sans billet dans le premier train à se rendre dans l'est. Avant l'embarquement, comme une vraie parano, je localise les contrôleurs et essaie de m'en éloigner le plus possible. Mais qu'est-ce que cette paranoïa extrême? Jamais, en 3 minutes, pourraient-ils se rendre à moi. Mais je me sentais coupable. Les "Monter sans payer, c'est frauder. Frauder, c'est voler" et " Bitte nur mit beitsfähig Fahrkarte" avaient frayé leur chemin jusqu'à mon honnêteté et s'amusaient à la gruger de leurs petites dent pointues. Mais encore rien, ouf!
Ah, enfin du bon côté du Rhin, le côté de Dominik, que j'allais dans les minutes suivantes, surprendre par ma localisation inattendue dans son espace. Recevant ses meilleurs amis à souper, j'étais certaine qu'il avait une petite place pour moi. Le bus 153 me mène au coin de la rue de Dominik: c'est le même qu'on a pris la première fois, c'est le même qu'on prend à CHAQUE fois; une anonyme ligne de banlieue. Dominik n'a jamais payé de transport en commun depuis qu'il est arrivé à Cologne. C'était il y a 3 ans.
Je redécouvre les rues de la ville, les maisons plus colorées les unes que les autres, les Bäkerei, Night Shop et autres Metzgerei sur le chemin que je commence à bien connaître maintenant. On laisse monter de jeune ados beaucoup trop sexy et de vieilles dames beaucoup trop vieilles pour les bus. Les hommes ne sont guère mieux: de jeunes ouest-Allemands à coupes Longueuil modernes et à chaussures trop pales, de vieux gros ouest-Allemands à full-suit de jeans et à l'air bête, bottant les détritus qui jonchent le sol du bus avec un air de brute. Puis un d'eux jette un coup d'oeil à son ami au-devant du bus, ami qui étrangement, ressemble à la version blanche du Lionel Richie des 80's. Et puis VLAN: il sortent momentanément de leur veste de gigantesque calculatrices, ces infâmes machines à charger les méchants passagers clandestins.
Merde. Je suis baisée. Totalement.
"Karten, bitte". Bon là, j'ai le choix: soit je fais la conne qui ne parle pas allemand et qui ne comprend rien de ce qui se passe (ça c'est se rabaisser vraiment beaucoup quand on pense à ma forte volonté d'intégrer la société européenne), soit j'avoue d'emblée mon tord et paie mon due à cette compagnie de transport allemande bien trop moderne. En fait, ma première réaction a été d'être inspirée par la première idée, pour un instant avoir l'impression que je pouvais m'en sortir. Ce qui finalement sortit de ma bouche, de ma conscience à ce moment fut un hybride des deux: justifiant mon mauvais allemand par le fait que je ne viens pas d'ici, et prouvant ma compréhension et mon certain sens des responsabilités en acceptant les coups au ventre.
Le contrôleur me demande alors mon passeport et là, je panique. Je ne veux pas qu'il fouille trop loin, qu'il découvre qu'en plus, je suis illégale ici (mais je capote ben trop, parce que quand même, ce n'est pas un policier!). Finalement non: qu'un "Where do you live" presque sympathique auquel je réponds que je suis à Bruxelles en ce moment. Ce qui évite qu'il prenne mes coordonnées pour me retracer et me charger deux fois plus lors de ma prochaine infraction. Le plus beau des fious jamais poussés, suivi du plus honteux des 40€ que j'aie jamais eu à sortir de mon pas-encore-de-porte-feuilles. Je garde le silence, sans toutefois tourner le regard: j'assume quand même ma faute. Je ne peux pas dire que je n'étais pas avertie...
Mais je pensais que... vous savez ce que c'est. La pensée magique, sans pouvoir magique. Les agents (cinq au total!) étaient bien fiers de leur pêche: quatre jeunes filles innocentes. J'étais la plus mature, j'imagine, celle qui n'a pas résisté. Les autres ont fini par aller se défendre sur le trottoir. Moi je suis restée assise, encore cinq arrêts to go, les yeux pleins d'eau. C'est ma paie de la semaine qui venait de s'envoler: 60$ canadiens!!!
Merde, merde... Est-ce que mes efforts doivent toujours tomber vains à la fin? J'étais découragée, et la surprise que Dominik aurait eue à ce moment en aurait été une d'émotions bien mitigées de ma part. Par chance, j'ai dû attendre un peu. Assise a la taverne du coin de la rue à siroter une bonne Kölsch, le temps de le voir arriver et repartir, même. Probablement à la chasse aux légumes. La surprise se faisait désirer, mais plus pour très longtemps. Puis alors plus une once de stress; et de la joie qui ne coûte rien.

P-s: Bonne Fête Marie-Andrée!!!!! Car avant tout ça, au commencement, c'était ta fête à TOI;) Gros bisous!