Monday, March 26, 2007

Deutschland 2: pas trop vite, chéri

J'ai un petit pouce et aussi un index, un majeur, un annulaire, un petit auriculaire, en tout j'ai cinq doigts. J'ai deux petits pouces, et aussi...

Comme un petit rêve en hivernation, que l'arrivée du printemps fait se réveiller. Une offre de dernière minute de traverser l'Allemagne en entier pour me rendre à Dresden avec Martin, un ami de Couchsurfing ayant déjà plus de 30 000km en auto-stop a son actif depuis les 2 dernières années!!! Mais pas du genre broche à foin sur le bord du chemin: Martin donnant des ateliers sur "Comment faire de l'auto-stop efficace et sécuritaire en Europe", nous avons décide de joindre nos forces pour répondre au critère no.1: un homme pour la sécurité, une femme pour la vitesse. Mon baptême, en bonne et due forme.

Parcourir 800km de cette façon, sans coût ou presque, se justifiait par le mariage d'une cousine le samedi après-midi. Toutes les raisons sont bonnes pour te tels projets!

Comment pouvais-je refuser de me rendre gratuitement à Dresden (voyage et hébergement mesdames et messieurs!), cette ville dont on m'avait tellement parlé cette dernière année et ou je croyais qu'il était le plus probable que je passe l'été qui vient? Après des heures de réflexions rationnelles sur les si oui si non qui auraient pu faire taire mon envie et la certitude de mes trippes qu'au final, j'irais, j'ai donc saute sur cette occasion en or pour voir s'il y avait des collets à tendre pour mes projets futurs, et surtout, pour rencontrer un de mes anciens Couchsurfers: Martin (un autre! le premier celui-là) que j'avais hébergé a Montréal en février 2006.



Avant de résumer mon aventure aller-retour par "Tout s'est passé a merveille!", il faut que je vous dessine le portrait de notre départ.

Après des semaines de jours d'été consécutifs, ou les jambes et bras blancs criaient déjà au soleil belge "brûlez-nous, brûlez-nous!!", nous avons eu droit à une matinée top maussade. Un de ces débuts de journée ou tout le monde dans les voitures semble se dire: "j'aurais du rester couché", "je ne veux plus de cette vie de merde" ou encore "je ne peux pas ouvrir ma portière pour laisser embarquer deux jeunes hippies, il fait trop froid". Après plusieurs longues minutes, on commençait déjà à grelotter et un peu à désespérer, se demandant si on ne devrait pas mieux retourner dormir et laisser faire ce grand plan rocambolesque. Le moral était quand même assez bon pour qu'on s'amuse avec les conducteurs le long de l'avenue Arts, à l'entrée de la Commission Européenne (ouf, il faut compter le nombre de complets cravate impec dans les Mercedes/Audis teintées! Étrange comme souvent ils coïncidaient avec les airs de morts vivants au volant...), transformant à la rigolade notre petite affiche Köln/Liège (Liège étant la dernière ville belge d'importance avant la frontière et Köln étant la première allemande tout juste après) Il en a pris plus d'une heure pour qu'enfin, un jeune Flamand sympathique daigne s'arrêter et nous pousser... quelques 20km plus loin! Au moins, on était sortis de Bruxelles et surtout, du quartier des affaires! Et nous pouvions enfin aborder les automobilistes sur le terrain dans les stations d'essence, les sortir de leur torpeur individualiste occidentale à coup de Bonjour! sympathique et sincère.

Après quelques 6 différents généreux conducteurs nous sortant de notre stagnation belge et du tourbillon de Cologne (une force nous gardait en périphérie, comme magnétisés par une quelconque confusion des conducteurs, qui croyait pouvoir nous guider à bon port. Peut-être le fait de savoir Dominik si près… pas cette fois). La ville se dessinait clairement à l’horizon lorsque enfin nous avons trouvé notre sauveur. Un Polonais (notre vœux le plus cher, sachant très bien que l’Allemagne n’est qu’une étape de passage lorsqu’ils filent à la maison). Et nous avions raison : notre chauffeur était parti de Paris le matin-même et se dirigeait directement voir sa femme et ses enfants au sud de Cracovie. Quelques 1300 kilomètres parcourus chaque 3 mois, après de difficiles semaines de travail sur des chantiers français. De quoi ramener un bon petit magot pour la famille, qui convertis en Zlotys, permettent un mois de repos bien mérité. C’est ce qu’on a compris de son histoire bien silencieuse, émotionnellement vive, timide, entre quelques mots de français appris par le travail et quelques paraguinage en russe de la part de Martin. Nous pouvions sentir le grand cœur de l’homme et l’amour du père mais nous pouvions difficilement laisser s’échapper les tourments, le poids de sa vraisemblable tristesse. Je crois par contre que nous lui avons permis de se libérer de ses tourments en le distrayant, redirigeant probablement sa méditation sur quelques sourires.

Les quelques heures de route traversant l’Allemagne centrale nous ramena en plein hiver, ou la neige recouvrait tout à coup les montagnes et villages, au pied des grands arbres encore debout après l’incroyable tempête de vent de janvier et sur les troncs de ceux qui jonchaient le sol. Après quelques centaines de kilomètre, nous pouvions sentir la fatigue de notre Polonais (dont nous ne saurons jamais le nom, en fait.). Il accepta l’offre de Martin de lui laisser quelques heures de repos, de sommeil si possible. C’est ainsi que l’autostoppeur est devenu conducteur, un peu comme si on avait trouvé la voiture qu’il nous manquait pour traverser le pays par nous-même. Les yeux sur l’horizon, Monsieur ne laissa finalement aller ses tristesses que quelques dizaines minutes, au coucher du soleil. Je crois qu’il les a accrochées aux pales d’éoliennes le long de la route, quelque part entre Francfort et Erfurt...

Dresden nous attendait avec la nuit, après 13 heures sur la route. L’accueil de l’Est fut merveilleux : les parents de Martin, n’ayant pas vu leur fils depuis Noël, avaient préparé une réconfortante table pour nous, et leur générosité toute naturelle m’ont vite fait sentir comme à la maison. Les conversations à table sautaient de l’allemand à l’anglais au français, et je m’en réjouissais à chaque instant. La soirée fut réservée à la rencontre de vieux amis aux centre de la ville, et surtout, à mon premier baptême de masses de jeunes punks. C’est incroyable comme cette culture est présente dans chez les jeunes de l’est! Il ne faut surtout pas être effrayé par leur accoutrement ou leurs attitude; nul danger, aucun, pas plus qu’autour des jeunes preps du HEC. Seulement que la bière à la main et l’œil noir sont moins fréquents à Montréal. Ici, tout ça est légal, et se produit dans le calme au quotidien.

Sinon, la ville est magnifique, calme et paisible. Les trams et vélos sont rois dans les grandes rues et la rivière, occupe encore une fois le centre de la ville allemande. Les rives de l’Elbe ont cette particularité de ne pas avoir été pavées au cours des siècles, et l’eau rencontre ainsi, paisiblement, les prés. Cyclistes et joggers eux, rencontrent châteaux et cerfs-volants.

C’est avec grande joie que j’ai revu Martin (le 1er des deux), que j’ai déconné avec lui en tandem (littérallement, nous avons fait du tandem! Jamais je n’avais eu à autant penser à un autre en vélo, pas même des automobilistes dans les rues de Montréal!), compté les branches des arbres du jardin botanique, mangé avec ses copains... Tranquillement, sans pression aucune, nous avons découvert un Dresden qui m’offrait que du bonheur en extra; j’aurais bien pu ne pas y être, et je sais que j’y reviendrai pour visiter la balance, alors il était permis de prolonger les légèretés, les blagues allemandes (j’ai commencé!) et de beaucoup voir sans les yeux. À Dresden, je me suis laissée porter, et surtout, j'ai laisser l'allemand entrer dans mes oreilles: comprendre sans dictionnaire. Peut-être que j'étais Saxonne dans une autre vie?

Notre retour s’est fait quelques 200km plus à l’ouest, et nous avons eu droit à une escorte de la part de M. Jaenhert. C’est justement ce même chiffre qui me faisait écarquiller les yeux, lorsque je voyais l’aiguille le caresser dans le tableau de bord. Car ce n’est pas un secret, c’est même une rumeur qui coure, qui roule, une rumeur véridique : l’Allemagne est un paradis de vitesse automobile pour les fous. Jamais dans ma vie, je n’avais été assise dans un habitacle filant si vite dans le paysage! L’avertissement tendre de Mme. Jaenhert à son mari pris tout à coup un tout autre sens : « Ne conduis pas trop vite, chéri! ». Mais pour nous, ça voulait dire plus vite rendus à Bruxelles!

C’est finalement encore un Polonais qui nous a fait faire plus de la moitié de la route. Et à notre dernière station, c’est enfin moi qui ai trouvé notre chauffeur (ah, les Allemands que j’accostais n’avaient jamais de place pour nous… mais ils me comprenaient, je le jure!). Même qu’on nous interpellait pour nous offrir un lift jusqu’en ville, fallait entendre ça!

Je leur ai plutôt laissé prendre mon déficit de sommeil de changement d’heure d’été.

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