Tuesday, June 26, 2007

Changement de mode

Mes silences se font long, mes mots bien es pa cés, je sais. Mais comme vous pouvez très bien le deviner, l'été me sert de période de découverte et je n'ai eu à vrai dire aucun répis depuis les dernières semaines... Très vite; la période des examens emporta les étudiants dans un tourbillon tout à fait inhumain de matère à ingérer (et pas nécessairement digérée...) ou à organiser sur des pages et des pages de travaux. à partir de la mi-mai, la bibliothèque de l'unif était complètement "saturée" et chaque jour, c'était la course au siège, au coin de table, à la prise électrique, aux dictionnaires, au silence relatif des grands espaces communs scellés sous vide rempli de stress.

Après un premier examen foutrement hardu suivi de panique extrème de peur d'échouer tous mes autres cours, je me suis raisonnée. J'avais 6 examens en 4 jours; normalement, les étudiants belges protestent lorqu'ils ont moins de 2 jours entre leurs évaluations... alors bien sûr que la Québécoise a seulement accepté son horaire oui-oui-merci. Par miracle, la redécouverte du célèbre lâcher-prise qui guidait mon raisonnement il y a de ça quelques années est revenu me bercer et la panique s'est évaporée (ou simplement jetée sur les autres fous). C'est en faisant simplement du mieux que je pouvais, trop tard pour réviser ma "méthode d'apprentissage" ou essayer de changer mon type de mémoire, que j'ai passé à travers la dernière semaine. Des cours absolument passionnants pour la plupart (rapellez-moi de ne plus prendre d'espagnol à l'avenir: je déteste officiellement ça!) et le sentiment d'avoir appris plus que jamais auparavant et avec grand plaisir à part de ça(sauf erreur ci-haut); alors au yiable les résultats! Les profs de l'ULB sont trop savants - comparativement à McGill, ou les évaluations sont plus complètes, ici on peut très bien te sortir juste un mini-sujet couvert 3 heures dans un cours de 36 heures: questions orales à réponse spontanée, en interview intime avec les professeurs. Je vous laisse imaginer... Très exotique pour l'étudiante de croisère que j'ai toujours étée: il y a quand même une limite à apprendre naturellement!

En bref, j'ai réussi 5 de mes 8 cours (dont un cours d'Anthropologie de l'Europe, ou j'ai réussi à avoir un exceptionnel 17/20! Et mon amusant cours de Socio-anthropologie du quotidien, donné par un prof en fait à la retraite qui n’en a absolument rien à foutre d’évaluer fidèlement ses étudiants. Après 15 minutes de discussion à propos du Québec et de Montréal, il me pose 2 questions basiques auxquelles je réponds maladroitement puis me dis « C’était bien agréable discuter avec vous. Je vous donne 15/20 et n’en parlons plus ». Chacun sa folie!). Des crédits ont pris la route du néant avec mes échecs (je peux vous dire qu'après 6 mois d'école, je ne veux plus entendre parler de matière "à examen". J'apprends pour moi, pas pour les reprises d'examens! Surtout pas l'été) Pour ce qui est de mes équivalences, ce sera un combat joué à Montréal: faisant partie d'un système de crédits européens totalement différent de celui de McGill, je dois prouver le poids de mes cours non seulement avec leur descriptif (que je devrai obtenir personnellement des profs en août, parce qu'ils ne sont en fait pas tenus de distribuer des syllabus en début de cours! le bordel...) mais aussi avec tout le matériel que nos avons couvert : ça fait des bagages bien pesant à ramener au QC! Un autre combat qui aura lieu en septembre alors qu'on essayera de trouver à peu près à quel puzzle montréalais correspond mon semestre bruxellois... Espérons que j'aurai des surprises positives; pas du genre à me faire reprendre tous mes cours; brrrrlllll...


Un mois plus tard maintenant, je suis en mode vacances. Je vous parle de ma/mes visite/s très très bientôt (vive les périodes de mise à jour!) : un thème à la fois, si possible.

Groooos bisous de Bruxelles qui a retrouvé son air d’été après un mois de rechute en hiver.


* marianne *

Monday, June 18, 2007

La jeunesse Belge

S’embrasse,

Faisant de chaque jour des retrouvailles heureuses, ou l’autre est bienvenu dans nos bras, sur notre joue gauche. Il faut voir les garçons en général, peu importe leur âge, se recevoir en tout amitié et permettre à leur lèvre de briser l’intimité faciale normalement réservée à la famille, aux amis proches et aux amoureux!!! C’est beau à voir, tellement beau! N’allez pas croire un malaise, une ambiguïté, au contraire. Culturellement, le Belge, qu’il soit Wallon ou Flamand, signale sa reconnaissance de l’autre dans son espace et son temps par le partage de cette légère affection. Bien sûr, il est facile de prendre le mouvement à la légère, et après une vie à avoir embrassé tous les hommes, l’initiative peut perdre de sa profondeur; mais je persiste à croire dans mon analyse que ce rapprochement physique permet de modifier l’énergie d’installer une certaine fluidité, une attention qui impose d’elle-même sa nécessité. Le geste entamé par le haut du corps de l’homme ou de la femme manifeste, à ce moment précis l’attirance fondamentale que chacun enfouit, de toute époque de toute façon, dans son instinct d’être sensible. Voir la jeunesse belge, surtout masculine, se témoigner ces quelques attentions sur le campus à chaque tournant, dans un flot régulier, me donne espoir, me fait sourire du moins. Si bref, ce baiser, mais il pousse mon admiration dans un tourbillon de minutes de paisibles pensées et d’écriture; pourtant une simple minuscule fraction de seconde.

Est svelte.

Le Club Minceur© serait bien pauvre ici, car tous les jeunes semblent minces à vie. Comme de grands ados, les garçons laissent traîner leurs grands bras et pieds avec les franges devant leurs yeux. Serait-ce les sandwichs qui dansent dans toute les mains du campus sur l’heure du midi qui les garde si fringants, ou plutôt le pas rythmé sur lequel ils l’ingèrent, à la hâte entre deux retards académiques.


A les joues roses;

de santé, de bonheur, de je ne sais quoi. C’est l’hiver ici, mais pas glacial, pas frigorifiant pour l’épiderme comme il l’est à la maison par grand vent d’engelures du nord, véritable danger de congélation. Je suis surprise de voir tant de pommettes à la teinte bien distinctes des mains. Il semblerait que toute la friture que l’on retrouve sur les doigts et mini fourchettes de 1,50€ n’affectent que très peu la perfection des fronts et mentons. Les jeunes filles ici m’épatent par leurs teints translucides, brillants, pures et propres. Vous devriez voir la sobriété de leurs maquillage, s’il existe seulement! Ou peut-être est-il trop bien réussi… à faire rougir (bouffir plutôt) les Nord-américaines make-upées à outrance qui baladent sur toutes les avenues. Elles ont l’air taquines, ces demoiselles, quand leurs yeux bien reposés brillent vers les mecs qui se font la bise.

Est-ce que je me belgicise? J'espère que si...

;)

Saturday, June 16, 2007

Le Belge dit

On s’étiiiiiiiire

Étire les -ements. Démonstration écrite : on ne dit pas « enseign’ment » mais bien « enseignEment »; on ne dit pas avertiss’ment, mais plutôt « avertissEment » Oui oui, c’est forçant pour nous Québécois. On dirait qu’on le dit mal. Mais non, les Belges réussissent très bien depuis des millénaires!!! Bon je sais, j’exagère.

Se faire avoir au mot

- Le Belge braille quand il chiale et chiale quand il braille. (Mais paraît-il que les Français font pareils. Maudit brailleur. Eh, chialeux, pardon!) Il faut donc faire attention de ne pas exagérer. Reste à trouver lequel est le moins pire des deux!

- Un jour, j’avais une envie folle de manger une bonne grosse salade. Alors je m’en vais gaiement au Delhaize me cueillir une bonne grosse salade (bon, je sais, chez nous on dit salade avant et salade après. Et après-après, ça s’appelle de la merde, ça c’est universel!). J’étais là devant un sublime étalage de verdure frigorifiée romaine, rouge et frisées, et tout ce que je réussissais à bien voir, c’était les prix : « quoi, 2,50 pour un motton de feuilles?!?! »

Je me mets alors à chercher pour la laitue offrant le meilleur rapport qualité prix. « Pas le paquet de trois pommes romaines, pas la rouge, pas la petite frisée… ah, wow celle-là est gigantesque! » Mais comme de fait, je ne peux pas vérifier le coût, car les étiquettes sont mal syncronisées. Au lieu de l’étiquette « salade économique génétiquement modifiée» auquelle je m’attendais, je trouvai plutôt l’écrit « endive » . « Monsieur, savez-vous m’indiquer le prix exact de ce massif amas d’eau en feuilles verte, s’il vous plaît? » « Ben c’est écrit : 1,49 » « Je sais, j’ai lu, mais regardez bien, il y a une erreur : c’est écrit « endive ».

Et c’est à ce moment-là que ma vie a basculé. Ma perception de l’univers comme je me l’avais forgé depuis les derniers 22 ans, fut secouée, frappeé en plein visage.

« Mais non, c’est pas ça, une endive. Comment vous appelez ça (pointant les endives joliment emballées en groupes de 3 copines), d’abord? »

« Ben ça, c’est des chicons. »

« Mais… »

Je n’ai plus su quoi dire pour un moment. Puis des données se sont réorientées dans ma tête et mon cerveau a continué sa route en compagnie de sa nouvelle réalité : « Ça c’est un chicon. Oh, c’est beau un chicon. Je n’ai jamais mangé de chicon… je me demande ce que ça goûte, un chicon… la semaine prochaine, je vais acheter des chicons »

Et depuis ce jour, endives et chicons font partie de ma vie. J’aime cuisiner les chicons maintenant, surtout avec de la crème fraîche et des lardons, servis sur des pâtes aux oeufs. Pour ce qui est des endives, il paraît qu’il faut les faire cuire… Moi j’ai beaucoup aimé, servi en salade. Et c’est le meilleur rapport qualité prix!


Essuyer

Pour une raison que je m’explique difficilement encore, les Belges sont dotés d’un très grand vocabulaire, mais pour une certaine gamme d’outils quotidiennement utilisés, universels, ils ont tout simplifié pour un même mot passe-partout: l’essuie.

C’est ainsi que la serviette de plage devient une « grand essuie »; le linge à vaisselle, un « essuie »; la guenille, un « essuie ». Simple, non?

Wednesday, June 13, 2007

Petit matin

Incroyable!!!

Je viens de terminer mon travail de géo, les yeux collés mais exhorbités, cernés; la vue floue, complètement hallucinée.

Il est 4h16 du matin.

Et le soleil commence à se lever! Déjà? Ahhh, c'est ça qui expliquait les oiseaux chantant derrière les rideaux...

C'est une drôle d'image par ma fenêtre: comme un coucher de soleil qui se serait perdu quelque par à l'est: ayant trop tourné et soudainement stoppé au mauvais endroit (ou encore une erreur d'éclaragiste-stagiaire). Il me semble que la dernière fois que j'ai regardé dehors (captivant, mon siège devant l'ordinateur, vraiment) c'était pour le voir partir. JE ne suis pas encore tout à fait homesick; LUI, oui!

Et maintenant, on dirait que ce sera une belle journée.

Sunday, June 10, 2007

Mon voisin joue du piano

Juste en face de chez moi, du dos d'un superbe immeuble de l'Avenue Louis-Bertrand, provient souvent des exercices de musique.

Dans les faits, je n'ai aucune idée si mon voisin musicien est un homme ou une femme; je suspecte qu'il soit un homme hyperactif aux mains légères, courant sur les touches du piano, du saxophone et de la claritette les yeux à demi-fermés et le visage griçant joyeusement de spasmes rhythmés. Il porte probablement des lunettes, un peu rondes, à la monture étroite.

S'il me distraît de choses importantes - ah, aujourd'hui je dois étudier, étudier, étudier - souvent il me souffle un sourire dans l'air.

Parfois j'ai envie d'aller chanter un peu avec lui; parfois, j'ai envie de l'appeler sur mon balcon pour voir de quelle fenêtre exactement ces mélodies proviennent - j'ai un doute, mais je ne suis pas certaine; parfois je voudrais aller sonner à toutes les portes de l'immeuble pour pouvoir aller m'asseoir sur le plancher en avant du divan comme une gamine, dans la salle de séjour de cet appartement que je devinne magnifique; parfois j'aimerais aller photographier ce musicien bien mystérieux...

Ici dans cette chambre, le temps est bien seul. Il me faut de la visite! Des amis, ou des sons.

C'est un beau dimanche, quand même.


* m *


ps: bonnes élections législatives, les Belges!

Saturday, June 09, 2007

Aller-retour

Aujourd'hui, j'ai acheté mon billet de retour.

Je me demande pourquoi j'ai fait ça...

Et si je le perdais?



Tuesday, June 05, 2007

Les Erasmus repartent

C’est déjà la fin du semestre (quoi?!? Après 5 mois ça aurait pu encore continuer, on aime ça) et les Erasmus vivent dans leurs valise pour encore quelques semaines seulement. Cela après quoi ils prendront leurs vols Ryanair pour l’aéroport régional sous un nom national respectif. Les plus chanceux vont vider leur petite chambre à la fin de leur bail d’une demie année; les moins chanceux eux vont devoir trouver quelqu’un pour sous-louer, typiquement jusqu’à la fin du mois d’août.

Tout à coup, on est pris de panique : nous qui croyons avoir tout notre temps, voilà que c’est presque fini et si on désire ajouter un chapitre à cette histoire d’étrangers qui se rencontre au bout du monde sur un des plus petits bouts de terre d’Europe, il faut le faire maintenant. Cette semaine. Ce soir.

« Mais il faut que j’étudie pour les examens! Je ne peux pas me permettre; je suis pas encore prête! » Mais franchement, est-ce qu’on veux vraiment s’entendre râler pour pareille donnée accessoire? : Dans 10 ans, 20 ans, ce qu’on va retenir de cet échange n’est pas la note d’un examen de littérature ou de géographie donné par un prof complètement zélé. À la rigueur peut-être, on se rappellera un peu amèrement d’un échec qu’on aurait désiré être une réussite pour ne pas avoir à rattraper le temps « perdu » de retour à Montréal. Mais merde… on ne pourra pas dire qu’on n’aura pas essayé. C’est difficile de mettre un frein à cette découverte du monde quand elle est entamée. C’est à la fois une rencontre avec la rationalité du monde - les réalité de ses excès et ses – et une déconnection totale d’avec celle-ci dans l’expérimentation de ses excès.

Mais magiquement, les dernières semaines (ce fameux « blocus » qui coure sur toutes les lèvres) remettent les pendules à l’heure : les Erasmus apparaissent soudainement avec de nouveaux vêtements d’été et un air plus reposé – bizarre. Au menu, plus trop de soirées mais plutôt du rattrapage. Chacun à sa technique; c’est multi-culturel.

Pour ma part, ne vous imaginez pas que j’ai mené une vie d’Erasmus si typique : oui les premières semaines furent quelque peu violentes et j’ai beaucoup découvert sur mes capacités physique (et pas à travers les sports!). Mais après un mois, je tirais déjà ma révérence (voir Vomir), un peu tannée que j’étais de devoir justifier ma calmitude auprès d’une foule conditionnée à arriver 100 m plus loin (merde, ces méditerranéens…)

Plutôt, mon échange aura voulu dire, changer d’univers à chaque deux semaines, valsant entre chaos bruxellois et netteté allemande. Au final, je ne peux pas dire que je regrette mes décisions, mais si c’était à recommencer, je choisirais certainement une chambre dans un véritable appartement : avec la porte qui claque et des bouteilles de bières qui traînent pendant des semaines avant que quelqu’un se motive enfin à aller les porter à la bulle. Le calme froid de ma chambre (ce n’était pas seulement dû à ma fenêtre plein nord et malheureusement, la peinture jaune ne réussissait pas à simuler la joie du soleil). Je compte les dodos avant de retourner dans ma « maison belge » avec ma belle Élisa et sa belle Laurine. En fait, j’aurai une nouvelle maison parce qu’on déménage fin juin! Oui oui!!! Pas trop loin, c’est encore dans le quartier : juste plus loin sur Chazal! Alors c’est dans ce nouvel appartement que je bouclerai la boucle dans quelques semaines.


Mais quand même, il me reste presque trois mois dans cette aventure. Il me reste encore des Audrey à accueillir, des musées à visiter, des villes à découvrir, des trains à manquer, des accents à imiter, une langue à approfondir, et beaucoup de livres ouverts à fermer. Ce sera l’été du social, de l’humain. Avec à chaque matin quelqu’un avec qui commencer la journée. Du nouveau dans du vieux, sur un très vieux continent que j’aurai décidément encore plus de difficulté à quitter.