Friday, March 30, 2007

Mystère, mystère : J’ai jamais vu ça!

C’était la première fois qu’un amoureux me préparait une surprise : « J’ai toujours voulu aller à cet endroit, mais je n’avais pas trouvé la bonne personne. Maintenant, je t’ai trouvée », m’as dit Dominik comme seul indice. « Assure-toi d’arriver avant 7pm, ça commence à 7h30! ».


Mystère mystère… quand on recherche des possibilités, quand on essaie de tracer nos habitudes communes pour noter le petit trésor endormi qu’enfin on va nous apporter. Mais non. Je ne connais pas Dominik depuis assez longtemps pour deviner ce qu’il veut bien me faire, faire de nous.

À la gare, le simple fait d’avoir retrouvé Dominik semblait suffire comme surprise à mon cœur, qui était encore en mode bruxellois. On retrouva vite les rues colonaises jusqu’à la maison, ou on eu tout juste le temps de déposer mes bagages et prendre les vélos : il ne fallaut pas être en retard! (Je tiens à préciser l’énorme aide de Dominik en cette matière. Maintenant, je suis presque à l’heure... Avec lui, du moins;)

Même s’il n’en paraissait rien, mon sourire ne réussissait pas à redescendre de son nuage.


On entreprend la balade habituelle sur nos bicyclettes (oui oui, j’ai MA bicyclette à Cologne :) La route est belle, il fait juste assez froid pour rougir les joues et donner envie de se réfugier en-dedans. Mais en dedans de quoi, je tarde à le savoir…(et vous aussi!).

On arrive au plus cute des squares de Köln, en plein quartier résidentiel, en forme irrégulière de triangle machin, avec des toupies (vous savez les trucs sur lesquels vous vous accrochez et là quelqu’un vous donne un élan pour vous faire tourner? Le problème c’est qu’après quelques tours déjà, on est bien étourdi et il faut essayer de contrôler l’attraction en s’approchant ou s’éloignant du sens. Facile, oui quand tu ne sais plus de quel sens est ta tête et que tes mains se préparent à te lâcher pour te projeter dans les bégunias du voisin) et des bascules pour les enfants (et moins enfants). Un restaurant, on dirait : Unsicht-Bar.

Hmm, j’utilise mon fabuleux instinct humain de survie et décide d’utiliser mon cerveau pour décoder ce message et enfin savoir où je me trouve. J’analyse le nom : sicht voulant dire « vu », unsicht doit logiquement vouloir dire « pas vu » ou bien « non vu ». Bref, du français pas beau accompagné en finale du mot universellement universel Bar. Ça me dit quoi si je suis en train de mourir de faim, moi? Je me lance donc dans l’analyse d’indices visuels : il y a une caisse à l’entrée (ou est-ce la sortie?) garnie d’une caissière. La penderie est juste en face, à aire ouverte, et il y a trois tables hautes avec ce que je devine comme étant des menus entre les deux. Dominik germanise avec la Germanaise alors que moi, Francouine un peu égarée dans sa surprise, tente de comprendre dans quel patente j’ai accepté de m’embarquer : sur les murs, des posters de jeunes enfant africains tous sourires. Je me surprends dans ma confusion à associer les mots « non-vu » avec le noir, l’obscurité, et donc avec, peut-être, des Africains? Je sais : c’est un restaurant éthiopien! Non. Franchement Marianne, quel raisonnement politiquement incorrect…

Dominik me guide vers les tables hautes ou nous devons choisir ce qu’on désire manger. Dans les menus, tout est écrit en allemand : ce qui d’office ne m’effraie pas trop car, que pensez-vous qu’on apprend lors des premiers cours de langues? Comment parler d’où on vient, ce qu’on fait dans la vie, si on a des frères et sœurs, quel sont nos passe-temps, comment se débrouiller chez le médecin et bien-sûr, comment déchiffrer un menu! Mais à mon grand étonnement, pas de description typique : plutôt, de cours textes qui ma foi, ressemblent plus à de la poésie qu’à une recette de sauce béchamel. Rien n’indique vraiment ce qu’il y a dans les assiettes; on ne peut en fait que choisir entre les menus fromage, poulet, viande ou végétarien. Et fait surprenant, on ne peut choisir que le service cher : l’assiette végétarienne en 3 services (le minimum) est à 35 euros… J’en avais les yeux grands ouverts, pourtant dans un endroit où les choses sont « non vues ».

Et là, un éclair. Je vois notre hôtesse s’avancer vers nous pour nous apporter à la salle à manger et le détail le plus important de ces longues minutes bien mystérieuses me saute aux yeux (sans jeux de mots): elle est aveugle. Dominik traduit alors la question qu’elle me pose, comme ultime vérification : « you’re not afraid in the dark, are you? ». Et là je comprends…

C’est un restaurant où l’on mange dans l’obscurité totale!!! On accède en fait à la salle à manger par une double porte bien étanche pour stopper la lumière dans sa course. À l’intérieur, pas de petites veilleuses au plancher pour ne pas tomber : il ne faut simplement PAS tomber! En fait, c’est la serveuse qui nous apporte à notre table en nous tenant par la main comme des enfants de 3 ans et demi (et si on veut se relever pour aller aux toilettes, il faut lui demander qu’elle vienne nous chercher!). Ce qui frappe en entrant, c’est bien sûr le noir - noir noir noir – mais surtout le bruit : les voix de dizaines de personnes s’activent dans l’air dans un flot de conversations enjouées tout à fait normales, mais qui dans cet environnement paraît soudainement trop étrange. Est-ce un enregistrement? Non, on entend bien en 3-dimensions.

Nos 3-dimensions prennent de plus en plus forme lorsqu’on commence à découvrir notre nouvel environnement : la table est comme un continent étranger dont personne n’a encore la carte. On nous sert à boire, puis la serveuse s’éclipse dans l’infini. Je sens mes yeux grands ouverts qui ont envie de voir, essaient de voir quelque chose, ne serait-ce que ma main, mais rien de rien de rien. Ce n’est pas un faux noir auquel on est habitué dans nos sous-sols ou même, chambres noires. Il fait nouère!

L’entrée arrive : mais qu’est-ce qu’il y a dans l’assiette? Mystère, mystère… Bien on a au moins l’indice notable que c’est une salade parce que c’est ce qu’on a choisi, reste à savoir ce qu’il y a dedans. Premièrement : où est la fourchette? et hop! Merde, j’ai l’impression de vouloir pelleter un nuage; les feuilles napées de (délicieuse) vinaigrette sont un peu ramollies et l’attaque par-dessus ne fonctionne pas très efficacement, sauf pour ces morceaux de tomates et avocats que je découvre dans mon acharnement. (Pour les feuilles, il faudra utiliser l’attaque par-dessous). La surprise : les morceaux de champignons, ce petit légume étrange au goût peu fort, mais à la texture très spéciale, qui nous permet de le reconnaître après quelques secondes de recherche dans notre registre des touchers dentaires. Je vous laisse imaginer la tournure fascinante que ce repas était en train de prendre. Déjà… Et je vous épargne les grands détails de la soupe de Dominik, qui voulait à tout prix me faire goûter à l’autre bout de la table. (Ce n’est que plus tard que nous avons réalisé que les manches du chandail de Dominik avaient de belle bandes de jus orangé séché : c’était une soupe au curry!)

Le plat principal était tout simplement sublime; je ne sais pas s’il y avait des cheveux ou des mouches dedans car je ne voyais rien, mais c’était certainement un des meilleurs repas de restaurant que j’avais eu le privilège d’apprécier de toute mon existence.

Nous avons joué à « aide-moi à deviner c’est quoi ce légume-là! » et « goûte à ça, c’est trop bon! » pendant près d’une heure je crois, incapable de nous empêcher d’utiliser nos doigts; nos seuls yeux pour mettre la première étiquette sur les aliments qui entraient dans notre bouche – ou celle de l’autre. (Avec les ustensiles, de toute façon, on réalise vite qu’on n’a pas de manières, et qu’on réussit bien mal à trouver la nourriture dans l’assiette.) Car honnêtement, il n’y a rien comme ne pas voir son assiette pour réaliser que notre regard sur ce qu’on s’apprête à mettre en bouche apporte directement une forte conception du goût de ce qu’on mange, déjà. Dans l’obscurité, on se retrouve avec une bouchée, à zéro sur l’échelle des devinettes : et c’est très bizarre… Et on imagine alors le quotidien des aveugles, qui n’ont souvent aucun idée de ce qu’ils piquent-ou-prennent avec leur fourchette-cuillère. Tout réside dans le goût, la texture, les épices. Et les bonnes manières qu’ont réussi à développer les non-voyants pour concurrencer les voyants à table. Je leur lève mon chapeau (avec un bruit sonore).

La blague du dessert : je n’était pas capable de dire si ma mousse était au fraises, aux framboises ou aux cerises… Pourtant, je n’étais pas bernée par le rouge : seulement un signe de mon entraînement plutôt récent pour la saveur de ces fruits, que j’ai appris à aimer aux cours des cinq dernières années seulement.

Avant de partir, il fallait trouver la serveuse. Normalement, lorsqu’on avait besoin d’elle, on essayait de localiser sa voix à une autre table, en train de parler à d’autres clients et on l’appelait très fort par son nom. (Incroyablement, dans cette masse de voix, celle de Sheva sortait du lot, car nous pouvions l’associer à plusieurs concepts de notre réalité, déjà. En comparaison, nos voisins n’étaient que des machines à bruits allemands.) Nous étions persuadés qu’elle était sortie, car depuis quelques minutes déjà, on ne l’avait plus entendu. Dominik y va d’un « Sheva! » sonore, qui nous répond par un doux « ja, ich bin hier » venant de la table à côté. « Je me repose un peu ». « Tu nous accompagnes à la lumière, maintenant? ».

Une minute plus tard, nous étions sortis. Comme d’un rêve, ou d’une voiture après avoir dormi sur toutes la route jusqu’à la maison.

En vrac, quelques détails pratiques à propos du Un-sicht Bar :

  • tous les serveurs sont non-voyants ou atteints de faiblesse visuelle
  • tous les cuisiniers sont voyants
  • les serveurs utilisent un système de bouton leur indiquant le contenu des cabarets
  • les épices utilisées sont intentionnellement simples pour ne pas trop mélanger les sens : sel, poivre, oignons, ail et herbes seulement.
  • pois et spaghetti volontairement omis du menu, qui lui change régulièrement
  • le menu détaillé est affiché à la sortie, à notre grand plaisir et parfois, étonnement!
  • impossible de vérifier l’état de salubrité des lieux : il fait tellement noir que les murs pourraient être couverts de vomi et nous ne le verrions pas. Nous le sentirions, cependant.
  • les toilettes ne sont PAS dans l’obscurité
  • en Allemagne, le principe est exploité à Köln, Berlin et Hambourg.
  • on retrouve maintenant des Dark Restaurants un peu partout dans le monde, dont à Montréal (O.Noir)

Véritablement, une redécouverte inespérée de nos précieux sens : une appréciation du toucher et de l’ouï tout à fait unique, ou parfois la concrétisation de l’autre ne tient qu’à une partir infime de sa peau contre la notre et à sa voix à nos oreilles; une renaissance de l’odorat, qui magiquement nous fait voir des images d’aliments, personnes et d’autres souvenirs alors qu’on essaie de déchiffrer le présent.

Ps : parfait pour les blind-dates!

Tuesday, March 27, 2007

Les petits miracles

Comment justifie-t-on les décisions qu'on ne peut que prendre, tellement elles se traduisent en évidence dans notre horaire, dans notre horaire des heures, des jours?

En fait, la magie, c'est croire que les meilleures choses arrivent juste à point, et que lorsqu'elles arrivent, on est presque pas surpris tellement elles nous semblent entrer naturellement dans nos vies, comme si elles avaient toujours fait partie de nous, comme si elles nous connaissaient déjà. Il faut rester sensible à leur présence.

Dernièrement, mes pressentiments se sont portes garants de sentiments les plus intenses les uns que les autres. J’ai les yeux plus grands, sent mieux chaque nuance du vent, la direction qu’il m’indique, parfois par bourrasque même! Ces événements que je souhaite et qui tout à coup, au tournant s'une rue, au détour d'un regard, me sautent dans les bras ou dans le coeur, se répètent et se rapprochent… Vous savez, ces cadeaux insoupçonnés, mais qui vraisemblablement surgissent pour nous surprendre alors qu'on attendait autre chose d'ailleurs, ou de quelque chose d'autre, ou qu'on avait oubliés? Ils savent trop bien nous trouver! Maintenant, mes oui et mes non me guident avec une perfection telle vers le bonheur, que j'en ai mal aux joues juste d'y penser, le sourire fendu jusqu'aux yeux, bien brillants.

Monday, March 26, 2007

Deutschland 2: pas trop vite, chéri

J'ai un petit pouce et aussi un index, un majeur, un annulaire, un petit auriculaire, en tout j'ai cinq doigts. J'ai deux petits pouces, et aussi...

Comme un petit rêve en hivernation, que l'arrivée du printemps fait se réveiller. Une offre de dernière minute de traverser l'Allemagne en entier pour me rendre à Dresden avec Martin, un ami de Couchsurfing ayant déjà plus de 30 000km en auto-stop a son actif depuis les 2 dernières années!!! Mais pas du genre broche à foin sur le bord du chemin: Martin donnant des ateliers sur "Comment faire de l'auto-stop efficace et sécuritaire en Europe", nous avons décide de joindre nos forces pour répondre au critère no.1: un homme pour la sécurité, une femme pour la vitesse. Mon baptême, en bonne et due forme.

Parcourir 800km de cette façon, sans coût ou presque, se justifiait par le mariage d'une cousine le samedi après-midi. Toutes les raisons sont bonnes pour te tels projets!

Comment pouvais-je refuser de me rendre gratuitement à Dresden (voyage et hébergement mesdames et messieurs!), cette ville dont on m'avait tellement parlé cette dernière année et ou je croyais qu'il était le plus probable que je passe l'été qui vient? Après des heures de réflexions rationnelles sur les si oui si non qui auraient pu faire taire mon envie et la certitude de mes trippes qu'au final, j'irais, j'ai donc saute sur cette occasion en or pour voir s'il y avait des collets à tendre pour mes projets futurs, et surtout, pour rencontrer un de mes anciens Couchsurfers: Martin (un autre! le premier celui-là) que j'avais hébergé a Montréal en février 2006.



Avant de résumer mon aventure aller-retour par "Tout s'est passé a merveille!", il faut que je vous dessine le portrait de notre départ.

Après des semaines de jours d'été consécutifs, ou les jambes et bras blancs criaient déjà au soleil belge "brûlez-nous, brûlez-nous!!", nous avons eu droit à une matinée top maussade. Un de ces débuts de journée ou tout le monde dans les voitures semble se dire: "j'aurais du rester couché", "je ne veux plus de cette vie de merde" ou encore "je ne peux pas ouvrir ma portière pour laisser embarquer deux jeunes hippies, il fait trop froid". Après plusieurs longues minutes, on commençait déjà à grelotter et un peu à désespérer, se demandant si on ne devrait pas mieux retourner dormir et laisser faire ce grand plan rocambolesque. Le moral était quand même assez bon pour qu'on s'amuse avec les conducteurs le long de l'avenue Arts, à l'entrée de la Commission Européenne (ouf, il faut compter le nombre de complets cravate impec dans les Mercedes/Audis teintées! Étrange comme souvent ils coïncidaient avec les airs de morts vivants au volant...), transformant à la rigolade notre petite affiche Köln/Liège (Liège étant la dernière ville belge d'importance avant la frontière et Köln étant la première allemande tout juste après) Il en a pris plus d'une heure pour qu'enfin, un jeune Flamand sympathique daigne s'arrêter et nous pousser... quelques 20km plus loin! Au moins, on était sortis de Bruxelles et surtout, du quartier des affaires! Et nous pouvions enfin aborder les automobilistes sur le terrain dans les stations d'essence, les sortir de leur torpeur individualiste occidentale à coup de Bonjour! sympathique et sincère.

Après quelques 6 différents généreux conducteurs nous sortant de notre stagnation belge et du tourbillon de Cologne (une force nous gardait en périphérie, comme magnétisés par une quelconque confusion des conducteurs, qui croyait pouvoir nous guider à bon port. Peut-être le fait de savoir Dominik si près… pas cette fois). La ville se dessinait clairement à l’horizon lorsque enfin nous avons trouvé notre sauveur. Un Polonais (notre vœux le plus cher, sachant très bien que l’Allemagne n’est qu’une étape de passage lorsqu’ils filent à la maison). Et nous avions raison : notre chauffeur était parti de Paris le matin-même et se dirigeait directement voir sa femme et ses enfants au sud de Cracovie. Quelques 1300 kilomètres parcourus chaque 3 mois, après de difficiles semaines de travail sur des chantiers français. De quoi ramener un bon petit magot pour la famille, qui convertis en Zlotys, permettent un mois de repos bien mérité. C’est ce qu’on a compris de son histoire bien silencieuse, émotionnellement vive, timide, entre quelques mots de français appris par le travail et quelques paraguinage en russe de la part de Martin. Nous pouvions sentir le grand cœur de l’homme et l’amour du père mais nous pouvions difficilement laisser s’échapper les tourments, le poids de sa vraisemblable tristesse. Je crois par contre que nous lui avons permis de se libérer de ses tourments en le distrayant, redirigeant probablement sa méditation sur quelques sourires.

Les quelques heures de route traversant l’Allemagne centrale nous ramena en plein hiver, ou la neige recouvrait tout à coup les montagnes et villages, au pied des grands arbres encore debout après l’incroyable tempête de vent de janvier et sur les troncs de ceux qui jonchaient le sol. Après quelques centaines de kilomètre, nous pouvions sentir la fatigue de notre Polonais (dont nous ne saurons jamais le nom, en fait.). Il accepta l’offre de Martin de lui laisser quelques heures de repos, de sommeil si possible. C’est ainsi que l’autostoppeur est devenu conducteur, un peu comme si on avait trouvé la voiture qu’il nous manquait pour traverser le pays par nous-même. Les yeux sur l’horizon, Monsieur ne laissa finalement aller ses tristesses que quelques dizaines minutes, au coucher du soleil. Je crois qu’il les a accrochées aux pales d’éoliennes le long de la route, quelque part entre Francfort et Erfurt...

Dresden nous attendait avec la nuit, après 13 heures sur la route. L’accueil de l’Est fut merveilleux : les parents de Martin, n’ayant pas vu leur fils depuis Noël, avaient préparé une réconfortante table pour nous, et leur générosité toute naturelle m’ont vite fait sentir comme à la maison. Les conversations à table sautaient de l’allemand à l’anglais au français, et je m’en réjouissais à chaque instant. La soirée fut réservée à la rencontre de vieux amis aux centre de la ville, et surtout, à mon premier baptême de masses de jeunes punks. C’est incroyable comme cette culture est présente dans chez les jeunes de l’est! Il ne faut surtout pas être effrayé par leur accoutrement ou leurs attitude; nul danger, aucun, pas plus qu’autour des jeunes preps du HEC. Seulement que la bière à la main et l’œil noir sont moins fréquents à Montréal. Ici, tout ça est légal, et se produit dans le calme au quotidien.

Sinon, la ville est magnifique, calme et paisible. Les trams et vélos sont rois dans les grandes rues et la rivière, occupe encore une fois le centre de la ville allemande. Les rives de l’Elbe ont cette particularité de ne pas avoir été pavées au cours des siècles, et l’eau rencontre ainsi, paisiblement, les prés. Cyclistes et joggers eux, rencontrent châteaux et cerfs-volants.

C’est avec grande joie que j’ai revu Martin (le 1er des deux), que j’ai déconné avec lui en tandem (littérallement, nous avons fait du tandem! Jamais je n’avais eu à autant penser à un autre en vélo, pas même des automobilistes dans les rues de Montréal!), compté les branches des arbres du jardin botanique, mangé avec ses copains... Tranquillement, sans pression aucune, nous avons découvert un Dresden qui m’offrait que du bonheur en extra; j’aurais bien pu ne pas y être, et je sais que j’y reviendrai pour visiter la balance, alors il était permis de prolonger les légèretés, les blagues allemandes (j’ai commencé!) et de beaucoup voir sans les yeux. À Dresden, je me suis laissée porter, et surtout, j'ai laisser l'allemand entrer dans mes oreilles: comprendre sans dictionnaire. Peut-être que j'étais Saxonne dans une autre vie?

Notre retour s’est fait quelques 200km plus à l’ouest, et nous avons eu droit à une escorte de la part de M. Jaenhert. C’est justement ce même chiffre qui me faisait écarquiller les yeux, lorsque je voyais l’aiguille le caresser dans le tableau de bord. Car ce n’est pas un secret, c’est même une rumeur qui coure, qui roule, une rumeur véridique : l’Allemagne est un paradis de vitesse automobile pour les fous. Jamais dans ma vie, je n’avais été assise dans un habitacle filant si vite dans le paysage! L’avertissement tendre de Mme. Jaenhert à son mari pris tout à coup un tout autre sens : « Ne conduis pas trop vite, chéri! ». Mais pour nous, ça voulait dire plus vite rendus à Bruxelles!

C’est finalement encore un Polonais qui nous a fait faire plus de la moitié de la route. Et à notre dernière station, c’est enfin moi qui ai trouvé notre chauffeur (ah, les Allemands que j’accostais n’avaient jamais de place pour nous… mais ils me comprenaient, je le jure!). Même qu’on nous interpellait pour nous offrir un lift jusqu’en ville, fallait entendre ça!

Je leur ai plutôt laissé prendre mon déficit de sommeil de changement d’heure d’été.

Tuesday, March 20, 2007

In the Red, mais riche

Et bien c'est la semaine passé que j'ai atteint mon seuil de pauvreté ultime. Après une longue conversation téléphonique avec mon père, je me suis assise pour faire la compilation de mes dépenses et pour effectuer la synchronisation des avoirs de mes comptes canadiens et belges. Et bien horreur: j'étais à -300$!!! Ahhhhh...

Comment est-ce possible que mes économies, le fruit d'incomptables heures de travail en malade mentale, à en oublier de manger, de boire, de dormir, de m'écouter, soient si facilement disparues? Plus une trace de mon dévouement ultime des dernières années... Comme si jamais je ne m'étais donnée comme je l'ai fait, comme si je n'avais rien sacrifié, jamais existé dans ces auberges. J'ai tout donné pour cet emploi, même ma santé, merde. Pour ce voyage en fait, et voilà ce qu'il reste de preuve matérielle: rien du tout.


Clairement, le son de cloche pour me trouver du boulot pour ne pas avoir à me prostituer sur la Red Light (nous avons notre Red Light ici à Bruxelles, qui est en fait à 20 minutes à pied d'ici, juste à côté de la Gare du Nord... De jeunes filles dans les vitrines d’édifices délabrés, plus souvent qu’autrement vêtues de cuir, du moins dont elles sont vêtues, passant le plus clair de leur temps à fixer leur regard vide sur le miroir, au travers duquel elles se sculptent une nouvelle coiffure ou se dessinent un nouveau visage. Pas légal, mais ouvertement toléré.). On m'avait déjà mentionné que je n'avais pas à m’en faire, que j'allais trouver assez facilement, sans avoir à rechercher pendant des heures et des heures, sans même ratisser la ville à la recherche de pancartes aux boutiques, sans avoir à me noircir les doigts dans les petites annonces des journaux.


Donc j'étais maintenant dispose à recevoir mon offre, ne restait plus qu'à la trouver. Il n'en pris que 3 jours... et je trouvais, par "hasard" une affiche sur un babillard surchargé, surcoloré de l'université, presque entièrement cachée par un poster pour une beuverie estudiantine quelconque: Nous somme une famille allemande et nous cherchons une personne francophone qui est intéressée à surveiller nos deux enfants en parland français et allemand avec eux. Ce que nous proposons est un petit job payé d'un ou deux après-midis fixés par semaine et la possibilité d'améliorer votre connaissance de la langue allemande dans les situations quotidiennes et familiales chez nous. Si vous êtes intéressé, etc...

Pouvez-vous croire à ça? J'en étais à peine surprise, en fait. Dans mon état d'esprit, il ne pouvais y avoir de doute: ces gens étaient ceux dont j'avais besoin et eux, pour une raison que j'ignore toujours avec précision, ont besoin de moi en ce moment. Bien sûr, mon horaire cette journée-là coïncidait à merveille avec une visite chez eux. Et déjà en me rendant à leur maison je sentais que j'allais refaire ce trajet très, très souvent. À voir les enfants, charmants, calmes et équilibrés (La famille est arrivée à Bruxelles il y a un an et demie car la mère travaille pour la Comission Européenne. Le père s'est occupé à temps plein de Alva (petite puce de 4ans) et Mika (grand bonhomme de 7 ans) depuis, mais désire maintenant retourner sur le marché du travail. Graduellement, ils ont besoin de quelqu'un pour s'occuper des enfants dans leur magnifique grande maison colorée.), j’ai immédiatement senti comme un baume sur mes inquiétudes.


Plus rien ne m'étonne de cette histoire, j'en suis qu'émerveillée tellement elle est belle. Je ne sais pas encore quel va être mon salaire. Ce sera le bon pour moi, j'en suis certaine. J'ai hâte de voir les découverte que m'apportera cette aventure, quelles qu'elles soient! Je peux déjà dire que pour la langue, elles seront extrêmement positives: les enfants ont un vocabulaire relativement basique, qui repose sur l'essentiel. Et répéter les mots d'une même famille avec eux, les chiffres, les lettres, les accords de verbes, tout est pertinent, alors ce sera pour moi un trésor. Je peux déjà prédire que Mika va beaucoup m'aider, car il a déjà une connaissance du français et qu'il est vraisemblablement très intelligent. Il sera d'une aide précieuse pour entrer en communication linguistique avec la petite Alva, avec qui il m'est heureusement possible de communiquer énormément par des gestes et actions, accompagnés de mes supers expressions faciales!!! Je commence mardi, de la fin des classes à la fin du repas. Ce qui veut dire plusieurs bonnes heures avec les enfants et avec les parents aussi. Et si cet emploi était pour me reconnecter avec la vie familiale? Merveilles, merveilles!!!

Wednesday, March 14, 2007

Monday, March 12, 2007

Deutschland!

Ayant perdu tout espoir de cours d’allemand à cause de coriaces conflits d’horaire, je me suis finalement résignée, pensant que mon fameux ressenti des derniers mois devait être faux ou alors, lié à autre chose, et qu'il était meilleur pour moi, en ce moment que mes énergies et projets aillent ailleurs. J'avais tellement l'impression d'être déconnecté de ce qui était vraiment bien pour moi ces dernières années, alors... peut-être que l’allemand n’est pas ma voie autant je le sens, finalement.

C'est ainsi que par un drôle de plan, une volonté incertaine, je me suis retrouvée en Allemagne pour la première fois de ma vie: Tamas, un Hongrois avec qui je correspondais depuis 2 ans et qui comme moi, est passionné des Balkans (il m'a beaucoup conseillé lors de mon voyage, mais je ne l'avais jamais vu!), y étudie. Nous avions en tête d'essayer de nous rencontrer pendant mon séjour, quelque part à mi-chemin entre Göttingen (une ville universitaire du centre) et Bruxelles, idéalement à Cologne. Voilà donc, Damien Rice (cet artiste Irlandais que David et moi aimons tant mais qui faisait salle comble lors de ces derniers passages à Québec et Montréal) était justement en tournée sur le continent ces derniers jours. La représentation de Bruxelles étant sold-out, je vérifie les autres dates de concert et merveille: Cologne s'y trouve, et il reste des billets! Il fallait ni une ni deux pour organiser un petit périple à la dernière minute (bien, 1 semaine et demie à l'avance). Pour garder les dépenses au minimum, bien sûr nous allions couchsurfer! La ville n'étant pas incroyablement développée sur ce site, les réponses furent très sélectives: sur 6 demandes, seulement une réponse positive, et enthousiaste. La bonne, me dis-je, qu'il en soit ainsi. Et la vie n’avait jamais eu autant raison.

J'ai donc pris le train pour l'est, l’esprit prêt pour un peu d’aventure. La frontière étant à quelques 175 kilomètres, le train ne prend pas trop de temps pour franchir le mur de la langue et hop, Deutschland! La première ville à nous recevoir de l'autre côté des lignes s'appelle Aachen (ou Aix-la-Chapelle dans les atlas francophones). Et à Achen habite Stefan, un jeune étudiant/voyageur qui était passé par Montréal en juin dernier et avec qui j'avais gardé bon contact. Donc tant qu'à sortir de la maison, vaut mieux le faire en grand et transformer ces 3 jours en grand événement, en merveille!


C'était fabuleux d'avoir quelqu'un qui m'attende à la gare, la deuxième fois dans ma vie seulement (Élisa et Laurine étant venues me chercher à la Gare du Midi à mon retour d'Angleterre :). Malgré la pluie qui mouillait nos bas de pantalons et souliers, nous avons gardé le sourire qui accompagne les retrouvailles et ayant peu de temps cette journée-là, nous avons tâché de garder une bonne liste d'activités sèches pour la prochaine fois.

Quelques heures plus tard, à Cologne m'attendait Dominik, mais ça, c’est une autre histoire. Une histoire que je garderai pour moi, mais dont vous verrez certainement rayonner le bonheur.

C’est comme ça que l’Allemagne est entrée dans ma vie, et l’allemand lui, revenu dans ma tête, et à chaque jour qui passe depuis, de plus en plus. Ma curiosité linguistique fut réanimée en devant m’exprimer pour « survivre » dans un environnement allemand pendant quelques heures. J’ai senti une véritable confirmation que cette langue, j’allais un jour en venir à bout… Ce qui donne du pouvoir, c’est de réaliser qu’on est capable de communiquer nos idées et qu’en retour, très souvent mais pas nécessairement très efficacement, on comprend ce qui nous est adressé. La partie n’est pas gagnée, mais elle accumulera certainement plusieurs manches, toutes plus enrichissantes les unes que les autres. Je suis curieuse de connaître quels seront mes prochains nouveaux mots (et sentiments) allemands.

Sunday, March 04, 2007

Maastricht la brumeuse

Dans une petite gouttelette du Pays trop Bas se trouve, suspendue, prête à tomber, Maastricht la brumeuse. Magnifique maison de campagne à flan de rivière à torrents printaniers, elle se dépose au beau milieu d’un ciel à perte de vue. Comme il est surprenant de trouver une butte au pourtour quand on croyait du relief avoir été oublié…

Masstricht a été tantôt espagnole et tantôt française, mais les nouvelles frontières l’ont établi comme extension survivante du nord vers le sud, comme un évanouissement de la langue néerlandaise. Il est vrai qu’on se laisserait facilement saisir de la poussée de l’espace infini en fermant les yeux. Car qui dit légalité ici efface quelque peu la droiture de la réalité, trouble les sens. La tranquillité des samedis shopping-coffee-shop est si déroutante; dans les rues, il faut voir ou imaginer ces grands sacs aux mains et petits sacs dans les poches… Les gens, tout l’après-midi font en parallèle la file à au bar à herbe comme ils la feraient au bar à pâtisseries, à la caisse du Lacoste comme à la caisse du Heaven’s Gate. Ces comportements sont tout aussi étranges les uns que les autres et très dur il serait d’essayer d’en mesurer la rationalité.

C’est vrai qu’elle peut-être bien belle cette petite Maastricht lorsque les rafales ne retournent pas tous les parapluies jusqu’aux poubelles. Mais ici, les touristes se promènent très peu avec les objectifs du cou aux yeux et le guide à la main, ne savourent que trop peu le calme d’un parcours bien nanti orné de peinture fraîche et les rebondissements joyeux d’un accent joueur rond en bouche; c'est un marché où on rencontre beaucoup de ces regards étrangers perdus, égarés plutôt quelque part entre les frontières. Des centaines d'entre eux, chaque jour sont à Maastricht pour ne pas y être, sitôt rentrés.

N’ayez pas croire que je n’ai pas profité de la ville, de son souffle de santé qui, paradoxalement roule dans les rues bien joyeusement. J’ai brillé de son long coucher de soleil rosé pour émerger des bas plafonds fumants toute émerveillée, bien éveillée. Mon seul regret, ne pas avoir pris le temps d’apprendre comment dire bonjour et au revoir en Néerlandais.

Thursday, March 01, 2007

Vooomir

À l’adolescence, plusieurs jeunes essaient toutes sortes de plans de nègres pour s’étourdir. Très souvent, les limites de leurs nouveaux corps encore occupés à muter sont atteintes avant de joindre le groupe de la majorité. Mais pour ceux qui me connaissent, mon adolescence fut brève, et très rapidement, je fis vœux de sobriété. Je n’aurais peut-être pas dû rendre les armes si tôt…

Me voilà donc, une jeune adulte qui a appris à dire oui quand je veux dire non et non quand je veux dire oui; au réveil, les responsabilités de la vie, du boulot, des petites existences qui s’éloignent et des grands gens qui disparaissent à jamais.

Tranquillement, sans m’avertir, les couchers de soleil se sont mis à m’inspirer des coupes de rouges, puis les heures sont devenues plus festives, les pièces plus sombres et plus bruyantes, et les conversations elles, plus prenantes. Il serait facile de blâmer mon amour de la culture méditerranéenne pour justifier mon amour grandissant pour le vin (savourer des olives faisant rondes en bouche). Plutôt : le besoin ambiant de détente lorsque l’horaire se clos. Je me suis progressivement laissée attendrir par l’art dans de nouvelles diversités; gorgée après gorgée, sur la pointe des papilles, j’ai commencé aussi à trouver plaisir dans les fermentations de blé (au Québec, vous verrez que je porte beaucoup plus de noir qu’à l’habitude…). Et la Belgique, et bien, c’est le centre du monde de la bière! Imaginez donc un peu le centre du monde des belges, quand la journée est terminée et les réflexes mis sur la patère. Ajoutez à ç le fait que la bonne bière ici ne coûte presque rien : pour un euro, vous aurez droit oui à la pire des bières belges, mais quand même le champagne des bières de dépanneur québécoises. Ici, ils n’utiliseraient même pas la Molson Dry comme récurant à toilette!

Vous déduirez assez facilement que les fêtes estudiantines sont bien arrosées. Tellement arrosées, que littéralement, il faut se couvrir lorsqu’on sort. Les soirées les plus disjonctées sont communément appelées dans la culture régionale des T.D. Leur origine remonte au Thé Dansant du 19e siècle! Mais en 2007, les thés c’est pour les granos tranquilles; ici, même les néo-granos préfèrent s’envoyer des verres de bière à moitié plein (définitivement pas à moitié vide) sur la tronche en dansant de manière survoltée sur tes rythmes tantôt antiques, très souvent douteux.

La légende prétend même que le liquide tiède qu’on y reçoit en pleine tronche toute la nuit durant renferme bien plus que de la bière : il est si facile pour ces rigolos immatures masculins de se libérer la vessie en douce, la verge dans un verre. Il faut donc fermer la bouche, et surtout ne pas mettre en contact notre langue avec quelque centimètre de notre peau que ce soit. Ce doit être pour ça que tant de TDeurs préfère unir leur langue à celle d’un/e autre… Vous aurez deviné qu’au T.D., il ne s’y passe pas que de la matière à Doctorat.

Dans ces vapeurs d’urine, de sueur et de vomissure, j’ai trouvé matière à faire réagir mon corps. Après une préparation au T.D. assez violente (voir référence au vin un peu plus haut. Disons, un peu trop vite avec une un peu trop une bouteille à moi toute seule…), j’ai fait la connaissance avec mes limites gastriques. De cette soirée, je n’aurai jamais entendu clairement la musique, n’aurai jamais vu la foule, n’aurai jamais vu ses frasques. Plutôt, accoudée à des toilettes qui ne se sont pas fait nettoyer depuis des lustres, sans papier pour se créer une impression de propreté… Même une fois trop pressante, tout juste sortie de la salle de bain et aussitôt après avoir humé l’air de la masse puante, je sortait par l’évier de secours. Une soupe dont personne ne s’offusquait.

Le même scénario, encore et toujours, probablement 4 ou 5 fois, jusqu’à atteindre le fond dans les buissons. Je ne sais pas quelle échelle de volume il est adéquat d’utiliser en de pareil circonstances, mais je me contenterai de préciser : Beaucoup.

Donc une première intoxication extrême dont moi seul connaîtrai tous les détails, entre les pertes de conscience passagères et le long chemin vers la maison - comment se fait-il que le tram décide de ne pas passer dans les pires moments? Une première mémorable : moi comme victime de mon corps, mon corps comme victime de mon ignorance. Une leçon que j’aurai dû avoir appris il y a 10 ans, mais maintenant épicée de honte, plus que jamais inoubliable.