Monday, February 19, 2007

La Belle au bois dormant

Pour vous situer dans le temps et l’espace, je vous présente formellement Bruges, ville d’une 100 000aine d’habitants qui se situe en Flandres (qui est la partie néerlandophone de la Belgique. En fait, la moitié nord du pays, du sud de Bruxelles jusqu’à la mer du Nord, est Flamande alors que le sud lui, s’appelle la Wallonie et respire plutôt d’airs latins.), à quelques 10km de la Hollande. Dès les années 900, on y trouvait déjà un port en bordure du canal de Zwin. Au 13e siècle, la vielle était un des plus importants centres dans la fabrication et le commerce de tissu et sa position à proximité de la mer (toute relative, quelques 15 kilomètres en dessous) lui permettait un commerce facile avec l’Angleterre, alors importante producteur de laine. Grâce à cet important trafic, Bruges devint à la fin du Moyen-Âge la ville la plus riche d’Europe!

Dans les années 1500, le départ de la cours et de ses empereurs renvoie le titre de la ville à second violon de province. C’est à cette époque que le commerce autrefois fleurissant, se fatigue irrémédiablement, en même temps que le grand canal qui donnait vie à la ville lui, s’assèche. Les marchands quittent alors la cité, laissant à l’abandon canaux, rues, églises et maisons. Bruges en fut bonne pour une véritable sieste de 400 ans, jusqu’à ce que des touristes y trouvent intérêt au début du 19e siècle (la proximité de la ville avec le fameux champ de bataille de Waterloo, quelques 50km plus au sud près de Bruxelles, attirait déjà – et encore de nous jours- des curieux). C’est presque miraculeusement que la ville échappe sans écorchure aux deux grandes guerres, pour notre grand plaisir et la fierté de l’U.N.E.S.C.O..

* * *

Hier, à mon initiative, un petit groupe sélect d’étudiant Erasmus n’ayant pas eu envie de visiter Paris main dans la main avec d’autres Erasmus avons pris le train vers le nord, sous un ciel complètement blanc. Depuis quelques temps, j’avais l’idée de quitter la capitale et prévoyant un day-trip en solitaire comme à mon habitude, j’ai décidé d’unir mon temps à celui d’autres. Une invitation sélecte d’abord s’est finalement répandue à une quinzaine de personnes. L’Italie comme nation dominante, et un bout de Suède, de Bulgarie, d’Allemagne et du Québec.

L’absence d’azur me faisait craindre la persistance d’une bruine glaciale, mais il n’en fut rien. Sinon, l’air bien frais du nord et la déception de ne pas retrouver de texture visuelle à tous ces murs vieux de 700 ans (illusion, quand tu nous bernes, nous savons bien qu’il y a une couche de 19e et 20e siècle sur ces vieilleries!) mais qui pourtant, sous la main se montraient bien rugueux. Bruges est le lieu touristique belge le plus visité, un incontournable bien avant Bruxelles, et la petitesse de la ville nous le faisait sentir, bien que l’hiver garde en ces bas pays la saison bien basse… Les foules, je ne les adore pas, et les caillots de photographes dans les rues, je ne les apprécie pas trop trop, vous savez bien.


J’ai déjà pensé m’orienter en tourisme, mais les décisions que j’ai finalement prises, rationnelle ou pas, ont mené mon éducation en éducation. J’aime, c’est vrai, guider les gens, leur expliquer et leur décrire leur environnement et ses pourquois, mais quand je suis en mode visite, j’abhorre les responsabilités. Et à bien y penser, je déteste profondément la majorité des touristes et leur manie de visiter aveuglement, bras tendus, à la confiance de quelqu’un d’autre. Il est trop facile de se détacher (plutôt ne jamais s’attacher, en fait!) des lieus foulés quand quelqu’un conduit nos pieds, regard et attention entre 2 mots dans notre langue maternelle, avec ou sans accent d’interprète. À 100 m de la gare déjà, j’ai été prise de panique quand j’ai réalisé que je sentais devoir avertir le groupe du choix de mes arrêts et tournants. Ce que je ne veux pas ponctuer le voyage des autres!!!! J’ai fait une mise au clair très claire, et puis je suis partie dans ma direction à moi, tantôt parallèle aux autres, tantôt perpendiculaires, mais au moins ayant en tête que je pouvais décider de fixer une brique médiévale pendant 45 minutes si je le sentais. (ouf!). J’ai encore beaucoup de travail à faire avant de pouvoir partager mon chemin avec quelqu’un d’autre « Marianne, tu es trop indépendante! ». Je n’en doute pas.

Cette journée calme (il faut savoir trouver les rues tranquilles, ce qui est très facile car l’homo touristus se contente habituellement de ratisser un rayon de 100m autour de la place centrale) me permit de méditer, de fermer les yeux tantôt et les écarquiller ensuite, à essayer de comprendre ce qui s’est passé entre avant et maintenant. Ce fut une journée parfaite pour l’imaginaire car dans toute cette immobilité tranquille et ce silence, il était possible de peindre le mode de vie d’autrefois, ses couleurs, ses odeurs (oui, les bonnes et les moins bonnes) et ses accents, presque.

Et un ciel tout bleu.

1 comment:

marie-eve said...

En tant que littéraire impénitente, chère Marianne, je suis ravie (et un peu envieuse =) ) de ton séjour à Bruges, de même que du titre de ton épisode Bruges, qui fait tout à fait écho au titre d'un roman de Rodenbach, poète et romancier belge du XIXe siècle, Bruges-la-morte. C'est un titre que j'ai saisi rapidement il y a quelques années, qui m'a séduite et qui m'est resté en tête depuis ce temps, même si je n'ai pas encore lu le roman! J'irais sans doute chercher, à Bruges, des traces de cet écrivain mélancolique qui, apparemment, laisse dans ses écrits des traces du brouillard belge qui l'enveloppe.

Marie-Eve
xx