Wednesday, February 21, 2007

Le Carnaval de Binche!

Le Mardi Gras ici veut dire bien plus que quelques mots insignifiants sur une case de calendrier nord-américain. Une journée de Mardi Gras ici signifie congé (les enfants belges n'ont pas école durant toute la semaine de carnaval!) et fête, du matin jusqu’à l’aurore, et d’aucun n’aurait pu nous empêcher de progresser vers l’ouest, déjà quelques gouttes de genièvre local aux lèvres, pour déguster une journée traditionnelle unique, totalement exotique. Et pour briser les clichés, il y avait un de ces soleils!!!

Binche, c’est la dureté de l’ère industrielle qui s’est fait oublier de la douceur des cultures. Binche, c’est la vie qui se retrouve une fois l’an, quand le chômage se fait oublier et que les rues se bondent d’une foule dense, dense, dense!!! Et danse dès la matinée dans les tavernes et bars de la place et grande allée. Il faut vraiment entendre de ses propres oreilles les hurlements de la ville quand encore à la gare, le bruit des rails ne fait que s’estomper! Et ces gamins qui du lit tôt sont tirés et amenés, bien costumés, le long des barricades pour observer les différents petits contingents aller et venir au son des tambours. On retrouve partout dans la rue dans les bars des petits qui suivent papa maman dans la fête. Avec tout ce que ça implique : beaux costumes de princesses, cow-boys et autres pierrots pour les uns, bonjour alcoolisme post-fœtal pour les autres!

En fait, imaginez-vous la St-Jean-Baptiste (pour les « lecteurs étrangers », il s’agit de la fête nationale du Québec, célébrée le 24 juin de chaque année) commençant à 4am, multipliez sa fébrilité par quatre, et vous n’obtenez encore que la moitié de l’énergie de Binche. Bien sur, si tout ça commence, vous devinerez qu’on multiplie toute la classe des grands rassemblements par 4 aussi… et des rigoles d’urine et amoncellements de détritus vous obtenez, surtout dans ces petites ruelles qu’on croit cachées.

Tout l’après-midi à festoyer sous une pluie de confettis arc-en-ciel, attendant la célèbre grande parade finale des Gilles du Carnaval de Binche (classé patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO). C’est sacré: ces Gilles, ils doivent être nés et encore habiter à Binche et réserver une exclusivité totale à ce festival durant toute la période du carnaval. Leur fameux costume de jute est recouvertde figurines et d'étoiles aux couleurs de la Belgique; sur certains d'entre eux (il existe différents formats de Gilles, vous l'aurez sans doute deviné...) on en compte jusqu'à 150, dont en général environ une vingtaine de lions héraldiques et plus d'une centaine d'étoiles!

Les Gilles, ces rois du jour, défilent dans les rues dès le matin après leur déjeuner d’huîtres et champagne, les sabots de bois aux pieds qui claquent le rythme grave des percussions, le costume bien bourré, les bonnet et rubans blancs serrés sur la tête, le ramon (bouquet de branches, aux allures de grosse baquette magique que les Gilles lancent de temps en temps aux amis pour les saluer. Sinon, ils sont) en main. Puis arrive l’après-midi et le fameux cortège des Gilles, l’apogée du spectacle. Sur leur tête, d’immenses chapeaux de longues plumes d’autruches blanches, tantôt immaculées, teintés tantôt de rose, tantôt de bleu. La majesté de ces couvre-chefs nous les fait voir même derrière 4 rangés de curieux aux barricades. Ce qui surprend le plus n’est pas ce qu’il y a devant, mais bien ce qui tombe du ciel, car la tradition veut que les Gilles du grand cortège fait pleuvoir des oranges sanguines en offrande aux visiteurs. Le pavé déjà gommant de houblon s’en retrouve très vite recouvert de fruits éclatés, et plus tard quand les Gilles rentrent se rafraîchir, la ville a des allures de fin du monde : après une guerre d’agrumes.

La fête donnait l’impression de ne jamais se terminer à Binche et alors que nous devions reprendre le chemin vers Bruxelles, les Gilles ressortaient sans plumes mais encore le regard sérieux, espiègle, absorbés dans leurs traditions bien ancrées dans les trippes et le cœur. Les lumières des feux de Bengale annonçaient le cortège aux lumières, le cortège du soir, encore et toujours… Paraît qu’il y avait un feu d’artifice.

Ah, quand je pense le folklore comme on le connaît chez nous n’est pas aussi solide, il a faibli, il est coulé comme la sève jamais recueillie d’une érable devenue chêne. Mais ça, c’est une autre histoire qui vit à des kilomètres, et des kilomètres... Reste qu’il faudra me le dire lorsque vous goûterez la première tire.


Ici, reste encore plein de confettis.


N-b : Cette année, la fin de soirée à Binche a mal tournée : un jeune a terminé la soirée avec un couteau à plein le corps et n’est jamais rentré chez lui. Quand on pense que la menace réside dans les grandes villes!

1 comment:

Anonymous said...

Trés bel hommage à notre carnaval et à nous, gilles...
Merci beaucoup