Tuesday, June 26, 2007

Changement de mode

Mes silences se font long, mes mots bien es pa cés, je sais. Mais comme vous pouvez très bien le deviner, l'été me sert de période de découverte et je n'ai eu à vrai dire aucun répis depuis les dernières semaines... Très vite; la période des examens emporta les étudiants dans un tourbillon tout à fait inhumain de matère à ingérer (et pas nécessairement digérée...) ou à organiser sur des pages et des pages de travaux. à partir de la mi-mai, la bibliothèque de l'unif était complètement "saturée" et chaque jour, c'était la course au siège, au coin de table, à la prise électrique, aux dictionnaires, au silence relatif des grands espaces communs scellés sous vide rempli de stress.

Après un premier examen foutrement hardu suivi de panique extrème de peur d'échouer tous mes autres cours, je me suis raisonnée. J'avais 6 examens en 4 jours; normalement, les étudiants belges protestent lorqu'ils ont moins de 2 jours entre leurs évaluations... alors bien sûr que la Québécoise a seulement accepté son horaire oui-oui-merci. Par miracle, la redécouverte du célèbre lâcher-prise qui guidait mon raisonnement il y a de ça quelques années est revenu me bercer et la panique s'est évaporée (ou simplement jetée sur les autres fous). C'est en faisant simplement du mieux que je pouvais, trop tard pour réviser ma "méthode d'apprentissage" ou essayer de changer mon type de mémoire, que j'ai passé à travers la dernière semaine. Des cours absolument passionnants pour la plupart (rapellez-moi de ne plus prendre d'espagnol à l'avenir: je déteste officiellement ça!) et le sentiment d'avoir appris plus que jamais auparavant et avec grand plaisir à part de ça(sauf erreur ci-haut); alors au yiable les résultats! Les profs de l'ULB sont trop savants - comparativement à McGill, ou les évaluations sont plus complètes, ici on peut très bien te sortir juste un mini-sujet couvert 3 heures dans un cours de 36 heures: questions orales à réponse spontanée, en interview intime avec les professeurs. Je vous laisse imaginer... Très exotique pour l'étudiante de croisère que j'ai toujours étée: il y a quand même une limite à apprendre naturellement!

En bref, j'ai réussi 5 de mes 8 cours (dont un cours d'Anthropologie de l'Europe, ou j'ai réussi à avoir un exceptionnel 17/20! Et mon amusant cours de Socio-anthropologie du quotidien, donné par un prof en fait à la retraite qui n’en a absolument rien à foutre d’évaluer fidèlement ses étudiants. Après 15 minutes de discussion à propos du Québec et de Montréal, il me pose 2 questions basiques auxquelles je réponds maladroitement puis me dis « C’était bien agréable discuter avec vous. Je vous donne 15/20 et n’en parlons plus ». Chacun sa folie!). Des crédits ont pris la route du néant avec mes échecs (je peux vous dire qu'après 6 mois d'école, je ne veux plus entendre parler de matière "à examen". J'apprends pour moi, pas pour les reprises d'examens! Surtout pas l'été) Pour ce qui est de mes équivalences, ce sera un combat joué à Montréal: faisant partie d'un système de crédits européens totalement différent de celui de McGill, je dois prouver le poids de mes cours non seulement avec leur descriptif (que je devrai obtenir personnellement des profs en août, parce qu'ils ne sont en fait pas tenus de distribuer des syllabus en début de cours! le bordel...) mais aussi avec tout le matériel que nos avons couvert : ça fait des bagages bien pesant à ramener au QC! Un autre combat qui aura lieu en septembre alors qu'on essayera de trouver à peu près à quel puzzle montréalais correspond mon semestre bruxellois... Espérons que j'aurai des surprises positives; pas du genre à me faire reprendre tous mes cours; brrrrlllll...


Un mois plus tard maintenant, je suis en mode vacances. Je vous parle de ma/mes visite/s très très bientôt (vive les périodes de mise à jour!) : un thème à la fois, si possible.

Groooos bisous de Bruxelles qui a retrouvé son air d’été après un mois de rechute en hiver.


* marianne *

Monday, June 18, 2007

La jeunesse Belge

S’embrasse,

Faisant de chaque jour des retrouvailles heureuses, ou l’autre est bienvenu dans nos bras, sur notre joue gauche. Il faut voir les garçons en général, peu importe leur âge, se recevoir en tout amitié et permettre à leur lèvre de briser l’intimité faciale normalement réservée à la famille, aux amis proches et aux amoureux!!! C’est beau à voir, tellement beau! N’allez pas croire un malaise, une ambiguïté, au contraire. Culturellement, le Belge, qu’il soit Wallon ou Flamand, signale sa reconnaissance de l’autre dans son espace et son temps par le partage de cette légère affection. Bien sûr, il est facile de prendre le mouvement à la légère, et après une vie à avoir embrassé tous les hommes, l’initiative peut perdre de sa profondeur; mais je persiste à croire dans mon analyse que ce rapprochement physique permet de modifier l’énergie d’installer une certaine fluidité, une attention qui impose d’elle-même sa nécessité. Le geste entamé par le haut du corps de l’homme ou de la femme manifeste, à ce moment précis l’attirance fondamentale que chacun enfouit, de toute époque de toute façon, dans son instinct d’être sensible. Voir la jeunesse belge, surtout masculine, se témoigner ces quelques attentions sur le campus à chaque tournant, dans un flot régulier, me donne espoir, me fait sourire du moins. Si bref, ce baiser, mais il pousse mon admiration dans un tourbillon de minutes de paisibles pensées et d’écriture; pourtant une simple minuscule fraction de seconde.

Est svelte.

Le Club Minceur© serait bien pauvre ici, car tous les jeunes semblent minces à vie. Comme de grands ados, les garçons laissent traîner leurs grands bras et pieds avec les franges devant leurs yeux. Serait-ce les sandwichs qui dansent dans toute les mains du campus sur l’heure du midi qui les garde si fringants, ou plutôt le pas rythmé sur lequel ils l’ingèrent, à la hâte entre deux retards académiques.


A les joues roses;

de santé, de bonheur, de je ne sais quoi. C’est l’hiver ici, mais pas glacial, pas frigorifiant pour l’épiderme comme il l’est à la maison par grand vent d’engelures du nord, véritable danger de congélation. Je suis surprise de voir tant de pommettes à la teinte bien distinctes des mains. Il semblerait que toute la friture que l’on retrouve sur les doigts et mini fourchettes de 1,50€ n’affectent que très peu la perfection des fronts et mentons. Les jeunes filles ici m’épatent par leurs teints translucides, brillants, pures et propres. Vous devriez voir la sobriété de leurs maquillage, s’il existe seulement! Ou peut-être est-il trop bien réussi… à faire rougir (bouffir plutôt) les Nord-américaines make-upées à outrance qui baladent sur toutes les avenues. Elles ont l’air taquines, ces demoiselles, quand leurs yeux bien reposés brillent vers les mecs qui se font la bise.

Est-ce que je me belgicise? J'espère que si...

;)

Saturday, June 16, 2007

Le Belge dit

On s’étiiiiiiiire

Étire les -ements. Démonstration écrite : on ne dit pas « enseign’ment » mais bien « enseignEment »; on ne dit pas avertiss’ment, mais plutôt « avertissEment » Oui oui, c’est forçant pour nous Québécois. On dirait qu’on le dit mal. Mais non, les Belges réussissent très bien depuis des millénaires!!! Bon je sais, j’exagère.

Se faire avoir au mot

- Le Belge braille quand il chiale et chiale quand il braille. (Mais paraît-il que les Français font pareils. Maudit brailleur. Eh, chialeux, pardon!) Il faut donc faire attention de ne pas exagérer. Reste à trouver lequel est le moins pire des deux!

- Un jour, j’avais une envie folle de manger une bonne grosse salade. Alors je m’en vais gaiement au Delhaize me cueillir une bonne grosse salade (bon, je sais, chez nous on dit salade avant et salade après. Et après-après, ça s’appelle de la merde, ça c’est universel!). J’étais là devant un sublime étalage de verdure frigorifiée romaine, rouge et frisées, et tout ce que je réussissais à bien voir, c’était les prix : « quoi, 2,50 pour un motton de feuilles?!?! »

Je me mets alors à chercher pour la laitue offrant le meilleur rapport qualité prix. « Pas le paquet de trois pommes romaines, pas la rouge, pas la petite frisée… ah, wow celle-là est gigantesque! » Mais comme de fait, je ne peux pas vérifier le coût, car les étiquettes sont mal syncronisées. Au lieu de l’étiquette « salade économique génétiquement modifiée» auquelle je m’attendais, je trouvai plutôt l’écrit « endive » . « Monsieur, savez-vous m’indiquer le prix exact de ce massif amas d’eau en feuilles verte, s’il vous plaît? » « Ben c’est écrit : 1,49 » « Je sais, j’ai lu, mais regardez bien, il y a une erreur : c’est écrit « endive ».

Et c’est à ce moment-là que ma vie a basculé. Ma perception de l’univers comme je me l’avais forgé depuis les derniers 22 ans, fut secouée, frappeé en plein visage.

« Mais non, c’est pas ça, une endive. Comment vous appelez ça (pointant les endives joliment emballées en groupes de 3 copines), d’abord? »

« Ben ça, c’est des chicons. »

« Mais… »

Je n’ai plus su quoi dire pour un moment. Puis des données se sont réorientées dans ma tête et mon cerveau a continué sa route en compagnie de sa nouvelle réalité : « Ça c’est un chicon. Oh, c’est beau un chicon. Je n’ai jamais mangé de chicon… je me demande ce que ça goûte, un chicon… la semaine prochaine, je vais acheter des chicons »

Et depuis ce jour, endives et chicons font partie de ma vie. J’aime cuisiner les chicons maintenant, surtout avec de la crème fraîche et des lardons, servis sur des pâtes aux oeufs. Pour ce qui est des endives, il paraît qu’il faut les faire cuire… Moi j’ai beaucoup aimé, servi en salade. Et c’est le meilleur rapport qualité prix!


Essuyer

Pour une raison que je m’explique difficilement encore, les Belges sont dotés d’un très grand vocabulaire, mais pour une certaine gamme d’outils quotidiennement utilisés, universels, ils ont tout simplifié pour un même mot passe-partout: l’essuie.

C’est ainsi que la serviette de plage devient une « grand essuie »; le linge à vaisselle, un « essuie »; la guenille, un « essuie ». Simple, non?

Wednesday, June 13, 2007

Petit matin

Incroyable!!!

Je viens de terminer mon travail de géo, les yeux collés mais exhorbités, cernés; la vue floue, complètement hallucinée.

Il est 4h16 du matin.

Et le soleil commence à se lever! Déjà? Ahhh, c'est ça qui expliquait les oiseaux chantant derrière les rideaux...

C'est une drôle d'image par ma fenêtre: comme un coucher de soleil qui se serait perdu quelque par à l'est: ayant trop tourné et soudainement stoppé au mauvais endroit (ou encore une erreur d'éclaragiste-stagiaire). Il me semble que la dernière fois que j'ai regardé dehors (captivant, mon siège devant l'ordinateur, vraiment) c'était pour le voir partir. JE ne suis pas encore tout à fait homesick; LUI, oui!

Et maintenant, on dirait que ce sera une belle journée.

Sunday, June 10, 2007

Mon voisin joue du piano

Juste en face de chez moi, du dos d'un superbe immeuble de l'Avenue Louis-Bertrand, provient souvent des exercices de musique.

Dans les faits, je n'ai aucune idée si mon voisin musicien est un homme ou une femme; je suspecte qu'il soit un homme hyperactif aux mains légères, courant sur les touches du piano, du saxophone et de la claritette les yeux à demi-fermés et le visage griçant joyeusement de spasmes rhythmés. Il porte probablement des lunettes, un peu rondes, à la monture étroite.

S'il me distraît de choses importantes - ah, aujourd'hui je dois étudier, étudier, étudier - souvent il me souffle un sourire dans l'air.

Parfois j'ai envie d'aller chanter un peu avec lui; parfois, j'ai envie de l'appeler sur mon balcon pour voir de quelle fenêtre exactement ces mélodies proviennent - j'ai un doute, mais je ne suis pas certaine; parfois je voudrais aller sonner à toutes les portes de l'immeuble pour pouvoir aller m'asseoir sur le plancher en avant du divan comme une gamine, dans la salle de séjour de cet appartement que je devinne magnifique; parfois j'aimerais aller photographier ce musicien bien mystérieux...

Ici dans cette chambre, le temps est bien seul. Il me faut de la visite! Des amis, ou des sons.

C'est un beau dimanche, quand même.


* m *


ps: bonnes élections législatives, les Belges!

Saturday, June 09, 2007

Aller-retour

Aujourd'hui, j'ai acheté mon billet de retour.

Je me demande pourquoi j'ai fait ça...

Et si je le perdais?



Tuesday, June 05, 2007

Les Erasmus repartent

C’est déjà la fin du semestre (quoi?!? Après 5 mois ça aurait pu encore continuer, on aime ça) et les Erasmus vivent dans leurs valise pour encore quelques semaines seulement. Cela après quoi ils prendront leurs vols Ryanair pour l’aéroport régional sous un nom national respectif. Les plus chanceux vont vider leur petite chambre à la fin de leur bail d’une demie année; les moins chanceux eux vont devoir trouver quelqu’un pour sous-louer, typiquement jusqu’à la fin du mois d’août.

Tout à coup, on est pris de panique : nous qui croyons avoir tout notre temps, voilà que c’est presque fini et si on désire ajouter un chapitre à cette histoire d’étrangers qui se rencontre au bout du monde sur un des plus petits bouts de terre d’Europe, il faut le faire maintenant. Cette semaine. Ce soir.

« Mais il faut que j’étudie pour les examens! Je ne peux pas me permettre; je suis pas encore prête! » Mais franchement, est-ce qu’on veux vraiment s’entendre râler pour pareille donnée accessoire? : Dans 10 ans, 20 ans, ce qu’on va retenir de cet échange n’est pas la note d’un examen de littérature ou de géographie donné par un prof complètement zélé. À la rigueur peut-être, on se rappellera un peu amèrement d’un échec qu’on aurait désiré être une réussite pour ne pas avoir à rattraper le temps « perdu » de retour à Montréal. Mais merde… on ne pourra pas dire qu’on n’aura pas essayé. C’est difficile de mettre un frein à cette découverte du monde quand elle est entamée. C’est à la fois une rencontre avec la rationalité du monde - les réalité de ses excès et ses – et une déconnection totale d’avec celle-ci dans l’expérimentation de ses excès.

Mais magiquement, les dernières semaines (ce fameux « blocus » qui coure sur toutes les lèvres) remettent les pendules à l’heure : les Erasmus apparaissent soudainement avec de nouveaux vêtements d’été et un air plus reposé – bizarre. Au menu, plus trop de soirées mais plutôt du rattrapage. Chacun à sa technique; c’est multi-culturel.

Pour ma part, ne vous imaginez pas que j’ai mené une vie d’Erasmus si typique : oui les premières semaines furent quelque peu violentes et j’ai beaucoup découvert sur mes capacités physique (et pas à travers les sports!). Mais après un mois, je tirais déjà ma révérence (voir Vomir), un peu tannée que j’étais de devoir justifier ma calmitude auprès d’une foule conditionnée à arriver 100 m plus loin (merde, ces méditerranéens…)

Plutôt, mon échange aura voulu dire, changer d’univers à chaque deux semaines, valsant entre chaos bruxellois et netteté allemande. Au final, je ne peux pas dire que je regrette mes décisions, mais si c’était à recommencer, je choisirais certainement une chambre dans un véritable appartement : avec la porte qui claque et des bouteilles de bières qui traînent pendant des semaines avant que quelqu’un se motive enfin à aller les porter à la bulle. Le calme froid de ma chambre (ce n’était pas seulement dû à ma fenêtre plein nord et malheureusement, la peinture jaune ne réussissait pas à simuler la joie du soleil). Je compte les dodos avant de retourner dans ma « maison belge » avec ma belle Élisa et sa belle Laurine. En fait, j’aurai une nouvelle maison parce qu’on déménage fin juin! Oui oui!!! Pas trop loin, c’est encore dans le quartier : juste plus loin sur Chazal! Alors c’est dans ce nouvel appartement que je bouclerai la boucle dans quelques semaines.


Mais quand même, il me reste presque trois mois dans cette aventure. Il me reste encore des Audrey à accueillir, des musées à visiter, des villes à découvrir, des trains à manquer, des accents à imiter, une langue à approfondir, et beaucoup de livres ouverts à fermer. Ce sera l’été du social, de l’humain. Avec à chaque matin quelqu’un avec qui commencer la journée. Du nouveau dans du vieux, sur un très vieux continent que j’aurai décidément encore plus de difficulté à quitter.

Tuesday, May 29, 2007

Colonia Claudia Ara Agrippinensium

(Köln ou Cologne pour les intimes)

Elle n’est pas chaotique. Elle est propre. Elle est verte. Elle est bleue. Elle est neuve.

Cologne est re-née de ses cendres, sauvagement happée par la seconde Guerre Mondiale. Il faut voir des images datant de 1945 pour comprendre l’ampleur de la destruction de la ville… La seule chose qui restait toujours debout, dramatiquement fière, est la superbe cathédrale gothique, le Dom, comme on l’appelle ici. Au moins, les Alliés on cru bon d’épargner ce chef-d’œuvre architectural, ce patrimoine religieux irremplaçable. Un peu moins irremplaçables étaient les quelques 7000 victimes écrasées au cours de quatre bombardements différents (dont 4377 lors de l’attaque intensive du 28 juin 1943!!!).

Cette destruction, on ne la ressent plus trop : la reconstruction s’est faite de façon plus ou moins fidèle aux plans d’autrefois, et le touriste ne perçoit plutôt, par exemple, que l’incroyable conservation de la vieille ville… Remodelée, la vieille, revampée remise sur des pieds qu’on lui avait même amputés. Mais les couleurs y sont un peu trop vives, trop harmonisées pour qu’on y croit vraiment après 2 coups d’oeils.

Les témoins de cette guerre reste toujours les églises, victimes survivantes qui témoignent des tremblements intenses du ciel et de la terre en temps de folie. Plusieurs clochers appartiennent maintenant à la mémoire.

Le cœur de Cologne, son souffle et sa vie, c’est le Rhin. La majestueuse rivière coule du sud au nord, emportant avec elle des centaines de barges qui font la navette entre vendeurs et acheteurs de produits de toutes sortes le long de ses rives, pour ensuite filer dans les maisons en passant par les terres. Le jour, ce trafic fascine les enfants, en soirée, il ajoute au romantisme de la rive, pour le grand plaisir des amoureux, ou la mélancolie de l’oublié.

L’eau de Cologne passe avant tout sous les ponts; les passages qui chevauchent la rivière aujourd’hui sont tous neufs. Aucun des 6 ponts n’ayant survécu à la guerre, tordus comme des trombones; la vision actuelle de la rivière n’est que le fruit d’efforts relativement récents de reconnecter l’est et l’ouest de la ville (un concept très fort en Allemagne…). Le soir, la cathédrale s’illumine, dramatique : la vieille ville l’imite, alors que le …brücke éclaire de sa trace le flot coulant entre les rives. Le passage des trains et trams fait vibrer les pieds des piétons qui prennent leur temps et les fesses de cyclistes plus pressés. La vie près du Rhin inspire la contemplation, surtout quand le soleil se couche derrière les silhouettes des tours médiévales, fatigué d’avoir donné le jour à l’Europe, en route vers l’Amériiique!

Il paraît que Cologne est le foyer d’autant de personnes que Bruxelles. Mais jamais au grand jamais vous avez cette impression de presque catastrophe ambiante qui accompagne normalement le quotidien bruxellois. Je suis tentée d’emblée d’accuser positivement la grande structure et l’ordre typiquement allemand de tous les clichés. Mais c’est vrai! Dans la rue, je n’ai encore jamais entendu de klaxons impatients ou de crissement de pneus de voiture trop fière. Les piétons attendent le feu vert, et on ne nous dépasse pas dans la file au dépanneur, mais si on est un ivrogne (bien en fait, il n’y a jamais de file ou presque, simplement parce que les effectifs de travail semblent adéquats).

Passer du temps à Cologne, c’est se reconnecter avec une structure efficace, ou les problèmes sont associés à une solution immédiate parce qu'on connaît ses forces et faiblesses. Oh comme j'aimerais en dire autant en m'évitant les grands tourments... (Cologne, une inspiration, vraiment?)

Mais j'apprécie surtout autant Cologne parce qu'elle est aussi la maison d'adoption de Dominik, et par ricochet, la mienne maintenant. Ça fait bien une deuxième maison européenne, ça?

Wednesday, May 09, 2007

Le savoir, c'est le pouvoir!

Et bien je ne croyais jamais si bien dire! Car si les Belges sont affectés du syndrome de « je ne peux rien faire », ce n’est pas à cause de leur impuissance ou de leur manque de capacité ou de confiance en eux.

Plutôt, ils ne savent pas. Ce n’est pas qu’ils ne savent pas comment faire, ils ne sont pas cons, ils savent faire des tas de choses plus complexes les unes que les autres. Là n’est pas là question! C’est juste que parfois, ils ne peuvent pas, mais ils ne savent pas comment le dire. Bien ils les connaissent, leurs capacités et limites, mais ne sont pas capable d’utiliser le bon mot pour les exprimer. Alors quand ils peuvent, ils savent.

C’est ainsi que « Peux-tu me donner le beurre? » est reconnu à la table belge comme étant « Sais-tu me donner le beurre? ». Oui, étirer le bras; oui fermer la main sur le beurrier; oui lever le bras avec grâce, oui faire planer l’objet au-delà des plus hauts sommets de la table jusqu’à son quémandeur; oui souriant. « Oui, je sais tout ça, c’est même un des gestes les plus acquis qui soient!!! Et toi, t’as appris à donner le beurre à quel âge? » « Non mais, tu sais me le donner, dis?! »

Ahhh…

Les Belges se trompent, mais ils le savent très bien! C’est seulement qu’ils ne savent pas faire autrement.


(une vieille histoire qui me trottait dans la tête dès la première semaine. Je ne savais plus la garder pour moi...
merci pour l'inspiration, les filles!)

Sunday, May 06, 2007

Normales saisonnières

La Belgique est revenue à elle:
il pleut il mouille c'est la fête a la grenouille!!!



(Aucune goutte de pluie n'avait été vue depuis le 31 mars...)

Tuesday, May 01, 2007

Laurine


Laurine a un sourire en amandine et un nez de coccinelle.
Ses couettes virevoltent avec ses farandoles, tête en bas tête en haut.
Laurine bouffonne quand sa frimousse se trémousse sur des chansons à souvenirs de rire.
Laurine adore les histoires sur l’oreiller d’ou s’envole son petit dentier troué.
Laurine câline mots et merveilles, sur nuages ou sur terre.
Laurine, un trésor de girouette, qui brille et brille, et brille…

Tuesday, April 24, 2007

Ma bécane

Je l'ai trouvée au marché à vélos, quelque part au milieu d'une avenue de l'est de la Gare du Midi. Elle était la moins pire du lot, puis je me suis mise à l'aimer. À la comparer un peu plus, j'ai eu l'envie de l'adopter. Je l'ai trouvée un peu trop chère, mais j'ai quand même décidé que pour tout l'été, elle allait si bien m'accompagner...


Le premier jour je ne voulais pas la perdre. Alors j'ai trouve à l'attacher à poteaux et à ponts.

Avec ma bécane déjà, ma vision de Bruxelles rosit, ma perception se transforme et tout à coup, je réunis les morceaux du gigantesque puzzle. Je me sens renaître à chaque coup de pédale qui me fait monter et descendre les courbes de ces anciennes prairies vallonnées. Grâce à ma bécane, ma perception labyrinthique s'améliore, et je sais maintenant que lorsque je quitterai cette ville, j'aurai l'impression d'enfin la connaître.

Ma bécane craque de derrière parfois, et elle saute de la une à la trois sans m'avertir lorsque j'accélère le pas. Mais je le sais maintenant! Le pneu arrière de ma bécane me sourit lorsque je me penche pour le tâter, en magnifique clin d'oeil Made in Yougoslavie: des souvenirs qui reviennent me saluer, et me portent un peu plus loin.

Et sa sonnette... si vous pouviez entendre sa sonnette, vous comprendriez mon enthousiasme à la faire chanter à chaque intersection, presque sans raison, pour annoncer que je suis là, que je roule, joyeusement, et que je ne veux pas qu'une carrosserie filante vienne me fracasser les jambes en plein sourire!

Ma bécane est rouge; non, ma béance est "Bordeaux"; c'est une bécane de fille; c'est une bécane de ville. Ma bécane a un dynamo, et elle me dyname, oh!

Et elle a des ailes.

Thursday, April 19, 2007

Merde, merde de merde

Ah, merde de merde de saloperie de merde! J'aurais du écouter mes trippes un peu plus aujourd'hui; la crainte, toute la journée, de me faire coincer sans payer, surtout liée au fait que je ne VOULAIS PAS payer...

Tout a commence ce matin, alors que je devais me rendre à Leuven, à quelques 20km de Bruxelles, pour aller y collecter mes semelles orthopédiques, qui avaient subi une modification le mois dernier. J'étais si furieuse de devoir me déplacer car théoriquement, j'attendais l'appel de l'orthopédiste avec qui je fais affaire à Bruxelles afin qu'il me confirme qu'elles étaient prêtes et que je pouvais repasser les chercher a l'hôpital français, tout juste au nord-ouest de la ville.

Et bien, surprise! La semaine dernière, le mec s'est poussé dans la brume et n'a jamais redonné de ses nouvelles. Résultat: je devais payer 9€ (15$CAN) pour le train à cause de lui. Ajouté au fait que je devais déjà débourser 25€ pour la réparation des dites semelles. Mon lever à 6h30 après quelques trop courtes quatre heures de sommeil ne me permettait pas beaucoup de tolérance. J'avais, pour une des rares fois dans ma vie, un peu de rage au coeur de tout ça : j’étais prête à balancer une belle merde à la secrétaire, aussi impuissante soit-elle dans tout ça. Et bien sûr, je refusais catégoriquement de débourser quoi que ce soit pour me déplacer de la gare aux bureau, qui s'est finalement avéré être une marche de 45 minutes, à marcher avec mes bagages pour le weekend, et j'avais mal, mal, mal au pied. Et mal a l'orgueil.

Je me suis calmée lorsque enfin j'ai fini par trouver l'endroit, au fin fond du parc d'industrie et de recherche d'Heverlee, en "banlieue" de Leuven, qui en soit est déjà en périphérie de Bruxelles... Je me suis calmée aussi lorsqu'on m'a dit que, selon la facture de l'orthopédiste, je n'avais rien à débourser pour ce genre de service de modification. Mais voyons, c'est tellement illogique, parce que ces semelles ne venaient pas d'eux! Ils chargent à qui, eux, après ça? Ils chargent à quoi? C'est peut-être une des raisons qui pourraient expliquer pourquoi le mec n'a plus son emploi chez Ortec...

Bref, donc 25€ que je n'avais pas à débourser; alors les 9€ pour le transport ne me paraissaient tout à coup plus trop mal. Surtout du fait que j'allais peut-être me sauver de la charge de retour (car ici en Belgique, il existe une option vraiment économique pour l'utilisation du train par les moins de 26 ans: la GoPass, qui est une carte pour 10 trajets entre n'importe quelles deux gares au pays, que ce soit pour 50km ou 250 km. Sur le bout de papier, à chaque fois on inscrit, avant le départ, la date et les gares du jour. Le contrôleur nous poinçonne dans le train. Alors pour les malins, pour les trajets très cours, il est possible d'attendre à la dernière minute avant que le contrôleur arrive dans le wagon, et espérer qu'il ne s'y rende jamais avant notre arrivée à destination, et donc conserver un voyage de plus sur sa carte!).

J'ai quand même remarché jusqu'à la gare, prenant au passage quelques cliches illégaux des installations militaires de Heverlee (ah, c'est ça qui met la ville sur la map: un centre d'entraînement!). Mais finalement, j'ai décidé d'être honnête et d'entrer les détails de mon retour sur ma GoPass. Honnête moi :) J'ai quand même fraudé la STIB (transports en commun de Bruxelles) pour retourner en ville (en fait, je me suis déplacée sans payer pour tout le mois...) Mais puisque je n'avais jamais vu un contrôle depuis que je suis revenue en Europe: car ici, souvent, au lieu d'être équipées de tourniquets, les stations de métro ou les tram sont plutôt équipés de machines oblitératrices. Il faut acheter préalablement un ticket, et le "puncher" dans la machine à l'embarquement. Et sporadiquement, des agents circulent sur les circuits et vérifient que tout le monde est muni de titres de transport valides. Sinon, il faut payer une amende. C'est ainsi que, supposément, ils entrent dans leur argent.

Alors, je me rends à la gare pour prendre le train pour Cologne, en avance, pour une des premières fois de ma vie... 40 minutes, mon record! Je lis, je jase avec les passagers qui attendent aussi sur le quai. Et je suis fatiguée. Et j'ai mal à la tête. Mais c'est un détail, car mon coeur palpite à l'idée que je m'en vais faire une surprise à mon amoureux pour son anniversaire...

La balade fut splendide (soleil radieux, et de plus en plus de verdure dans les prés) et parut bien brève: j'ai dormi un peu, croulante de la fatigue résultant des émotions passées, et celles à venir. À Cologne, je débarque à la gare principale. Puis je recommence avec mes aventures illicites: n'ayant qu'une station à franchir (que le Rhin à traverser, vraiment) mais mes pieds n'en pouvant plus, je saute sans billet dans le premier train à se rendre dans l'est. Avant l'embarquement, comme une vraie parano, je localise les contrôleurs et essaie de m'en éloigner le plus possible. Mais qu'est-ce que cette paranoïa extrême? Jamais, en 3 minutes, pourraient-ils se rendre à moi. Mais je me sentais coupable. Les "Monter sans payer, c'est frauder. Frauder, c'est voler" et " Bitte nur mit beitsfähig Fahrkarte" avaient frayé leur chemin jusqu'à mon honnêteté et s'amusaient à la gruger de leurs petites dent pointues. Mais encore rien, ouf!

Ah, enfin du bon côté du Rhin, le côté de Dominik, que j'allais dans les minutes suivantes, surprendre par ma localisation inattendue dans son espace. Recevant ses meilleurs amis à souper, j'étais certaine qu'il avait une petite place pour moi. Le bus 153 me mène au coin de la rue de Dominik: c'est le même qu'on a pris la première fois, c'est le même qu'on prend à CHAQUE fois; une anonyme ligne de banlieue. Dominik n'a jamais payé de transport en commun depuis qu'il est arrivé à Cologne. C'était il y a 3 ans.

Je redécouvre les rues de la ville, les maisons plus colorées les unes que les autres, les Bäkerei, Night Shop et autres Metzgerei sur le chemin que je commence à bien connaître maintenant. On laisse monter de jeune ados beaucoup trop sexy et de vieilles dames beaucoup trop vieilles pour les bus. Les hommes ne sont guère mieux: de jeunes ouest-Allemands à coupes Longueuil modernes et à chaussures trop pales, de vieux gros ouest-Allemands à full-suit de jeans et à l'air bête, bottant les détritus qui jonchent le sol du bus avec un air de brute. Puis un d'eux jette un coup d'oeil à son ami au-devant du bus, ami qui étrangement, ressemble à la version blanche du Lionel Richie des 80's. Et puis VLAN: il sortent momentanément de leur veste de gigantesque calculatrices, ces infâmes machines à charger les méchants passagers clandestins.

Merde. Je suis baisée. Totalement.

"Karten, bitte". Bon là, j'ai le choix: soit je fais la conne qui ne parle pas allemand et qui ne comprend rien de ce qui se passe (ça c'est se rabaisser vraiment beaucoup quand on pense à ma forte volonté d'intégrer la société européenne), soit j'avoue d'emblée mon tord et paie mon due à cette compagnie de transport allemande bien trop moderne. En fait, ma première réaction a été d'être inspirée par la première idée, pour un instant avoir l'impression que je pouvais m'en sortir. Ce qui finalement sortit de ma bouche, de ma conscience à ce moment fut un hybride des deux: justifiant mon mauvais allemand par le fait que je ne viens pas d'ici, et prouvant ma compréhension et mon certain sens des responsabilités en acceptant les coups au ventre.

Le contrôleur me demande alors mon passeport et là, je panique. Je ne veux pas qu'il fouille trop loin, qu'il découvre qu'en plus, je suis illégale ici (mais je capote ben trop, parce que quand même, ce n'est pas un policier!). Finalement non: qu'un "Where do you live" presque sympathique auquel je réponds que je suis à Bruxelles en ce moment. Ce qui évite qu'il prenne mes coordonnées pour me retracer et me charger deux fois plus lors de ma prochaine infraction. Le plus beau des fious jamais poussés, suivi du plus honteux des 40€ que j'aie jamais eu à sortir de mon pas-encore-de-porte-feuilles. Je garde le silence, sans toutefois tourner le regard: j'assume quand même ma faute. Je ne peux pas dire que je n'étais pas avertie...

Mais je pensais que... vous savez ce que c'est. La pensée magique, sans pouvoir magique. Les agents (cinq au total!) étaient bien fiers de leur pêche: quatre jeunes filles innocentes. J'étais la plus mature, j'imagine, celle qui n'a pas résisté. Les autres ont fini par aller se défendre sur le trottoir. Moi je suis restée assise, encore cinq arrêts to go, les yeux pleins d'eau. C'est ma paie de la semaine qui venait de s'envoler: 60$ canadiens!!!

Merde, merde... Est-ce que mes efforts doivent toujours tomber vains à la fin? J'étais découragée, et la surprise que Dominik aurait eue à ce moment en aurait été une d'émotions bien mitigées de ma part. Par chance, j'ai dû attendre un peu. Assise a la taverne du coin de la rue à siroter une bonne Kölsch, le temps de le voir arriver et repartir, même. Probablement à la chasse aux légumes. La surprise se faisait désirer, mais plus pour très longtemps. Puis alors plus une once de stress; et de la joie qui ne coûte rien.



P-s: Bonne Fête Marie-Andrée!!!!! Car avant tout ça, au commencement, c'était ta fête à TOI;) Gros bisous!

Sunday, April 08, 2007

Illégale!

Ça y est, depuis aujourd'hui, je suis une clandestine en sol européen! Mon visa temporaire de 4 mois, celui qui doit être estampé par les autorités afin de le transformer en visa étudiant d'une validité d'un an. Et bien croyez-le ou non, la bureaucratie ici est tout à fait disfonctionnelle.

Quelques jours après mon arrivée, je me suis rendue à ma maison communale, un genre d'hôtel de ville de quartier ou il est possible de se faire délivrer une carte d'identité belge et autres paperasses officielles. Et bien je croyais avoir à patienter quelques minutes, quelques heures avant mon tour, bien sûr, mais quelle ne fut pas mon étonnement lorsque le portier pris mes coordonnés et me tendit un papier sur lequel je pouvais lire: "Présentez-vous à nos bureaux le 28 février 2007 entre 8h et 11h". Quoi? Non mais c'est ridicule... un mois et demi avant de me faire enregistrer alors que je comptais faire approuver mes papiers dès mes 2 premières semaines au pays pour éviter les ennuis...

Alors le 28 février, je me représente à la communale à 8h, fais la file quelques minutes, avant de me faire expliquer au comptoir que je devais revenir ultérieurement, avec toute une nouvelle série de documents et copies (et bien sûr €s) supplémentaires pour alors pouvoir m'enregistrer dans leurs patente. Incroyable!

Avec les cours et tout, ce n'est pas facile de trouver temps et courage pour se lever si tôt pour aller faire la file et espérer ne pas y passer toute la journée. Alors c'est finalement à la mi- mars que j'ai pu me rendre à la communale une 3e fois avec ce qu'il manquait. On prend toutes mes feuilles, les examine, et en 3 minutes maximum, tout était fait et on m'annonçait qu'un "officier de police allait se présenter à mon domicile dans les 2 ou 3 semaines suivantes afin de confirmer l'adresse de ma résidence". Mais merde, c'est en plein la période des vacances!!! Et en fait, quand est-ce que je suis à la maison, moi? Quel système pathétique... "Et si je dois me rendre à l'extérieur du pays pour les vacances, qu'est-ce qu'il m'arrive après le 8 avril?" demandais-je aux sympathiques commis. "Soyez prudente ", comme seule réponse.


Ainsi soit-il. Maintenant, j'espère seulement que tout soit réglé pour les vacances. Je suis certaine que les Belges sont capables de miracles lorsqu'ils le veulent. Vraiment. J'espère.

Friday, April 06, 2007

Retrouver la voix

C’est la grippe qui s’est bien jouée de moi cet hiver! Et encore, vlan! En ce début de printemps. Il est très facile d’attraper les microbes de nos compatriotes humains en classe, dans les transports en commun, etc. Alors allez essayer d’éviter l’inévitable quand votre amoureux tousse et mouche… Une grosse grippe d’homme pour les vacances! Hmmmm… J’ai l’impression de développer une voix alternative pour le futur. Je m’impatiente de retrouver les sonorités que sait faire virevolter avec mes sentiments…

Wednesday, April 04, 2007

D

Un parfait valentin en plein décalage horaire, un mois plus tard dans les maritimes allemandes. Par un parfait coup du destin, lors de mon séjour dans la ville de Cologne, je suis tombée sur un ange.



Dominik... c'est un grand homme au grand coeur; une sensibilité à fleur de peau, à fleur d'âme, une authenticité qui abasourdie; c'est des pensées pures et légères dans un firmament de douceurs; c'est une paix et une harmonie contagieuses, émouvantes.

Dominik est un être précieux, d'une lucidité, d'une tranquilité et d'une confiance inspirantes, avec des valeurs qui scintillent d'or; une personne en qui j'ai reconnu tout le meilleur de moi, et qui voit également ce meilleur de moi. Et ces mots, je les ai pris de lui... quel fabuleux miracle de s'être trouvés!

Oh bonheur, un peu plus à chaque jour; une joie qui rayonne dans nos regards et justifie chacun de nos frissons, sous la Soleil ou sous le Lune.

Friday, March 30, 2007

Mystère, mystère : J’ai jamais vu ça!

C’était la première fois qu’un amoureux me préparait une surprise : « J’ai toujours voulu aller à cet endroit, mais je n’avais pas trouvé la bonne personne. Maintenant, je t’ai trouvée », m’as dit Dominik comme seul indice. « Assure-toi d’arriver avant 7pm, ça commence à 7h30! ».


Mystère mystère… quand on recherche des possibilités, quand on essaie de tracer nos habitudes communes pour noter le petit trésor endormi qu’enfin on va nous apporter. Mais non. Je ne connais pas Dominik depuis assez longtemps pour deviner ce qu’il veut bien me faire, faire de nous.

À la gare, le simple fait d’avoir retrouvé Dominik semblait suffire comme surprise à mon cœur, qui était encore en mode bruxellois. On retrouva vite les rues colonaises jusqu’à la maison, ou on eu tout juste le temps de déposer mes bagages et prendre les vélos : il ne fallaut pas être en retard! (Je tiens à préciser l’énorme aide de Dominik en cette matière. Maintenant, je suis presque à l’heure... Avec lui, du moins;)

Même s’il n’en paraissait rien, mon sourire ne réussissait pas à redescendre de son nuage.


On entreprend la balade habituelle sur nos bicyclettes (oui oui, j’ai MA bicyclette à Cologne :) La route est belle, il fait juste assez froid pour rougir les joues et donner envie de se réfugier en-dedans. Mais en dedans de quoi, je tarde à le savoir…(et vous aussi!).

On arrive au plus cute des squares de Köln, en plein quartier résidentiel, en forme irrégulière de triangle machin, avec des toupies (vous savez les trucs sur lesquels vous vous accrochez et là quelqu’un vous donne un élan pour vous faire tourner? Le problème c’est qu’après quelques tours déjà, on est bien étourdi et il faut essayer de contrôler l’attraction en s’approchant ou s’éloignant du sens. Facile, oui quand tu ne sais plus de quel sens est ta tête et que tes mains se préparent à te lâcher pour te projeter dans les bégunias du voisin) et des bascules pour les enfants (et moins enfants). Un restaurant, on dirait : Unsicht-Bar.

Hmm, j’utilise mon fabuleux instinct humain de survie et décide d’utiliser mon cerveau pour décoder ce message et enfin savoir où je me trouve. J’analyse le nom : sicht voulant dire « vu », unsicht doit logiquement vouloir dire « pas vu » ou bien « non vu ». Bref, du français pas beau accompagné en finale du mot universellement universel Bar. Ça me dit quoi si je suis en train de mourir de faim, moi? Je me lance donc dans l’analyse d’indices visuels : il y a une caisse à l’entrée (ou est-ce la sortie?) garnie d’une caissière. La penderie est juste en face, à aire ouverte, et il y a trois tables hautes avec ce que je devine comme étant des menus entre les deux. Dominik germanise avec la Germanaise alors que moi, Francouine un peu égarée dans sa surprise, tente de comprendre dans quel patente j’ai accepté de m’embarquer : sur les murs, des posters de jeunes enfant africains tous sourires. Je me surprends dans ma confusion à associer les mots « non-vu » avec le noir, l’obscurité, et donc avec, peut-être, des Africains? Je sais : c’est un restaurant éthiopien! Non. Franchement Marianne, quel raisonnement politiquement incorrect…

Dominik me guide vers les tables hautes ou nous devons choisir ce qu’on désire manger. Dans les menus, tout est écrit en allemand : ce qui d’office ne m’effraie pas trop car, que pensez-vous qu’on apprend lors des premiers cours de langues? Comment parler d’où on vient, ce qu’on fait dans la vie, si on a des frères et sœurs, quel sont nos passe-temps, comment se débrouiller chez le médecin et bien-sûr, comment déchiffrer un menu! Mais à mon grand étonnement, pas de description typique : plutôt, de cours textes qui ma foi, ressemblent plus à de la poésie qu’à une recette de sauce béchamel. Rien n’indique vraiment ce qu’il y a dans les assiettes; on ne peut en fait que choisir entre les menus fromage, poulet, viande ou végétarien. Et fait surprenant, on ne peut choisir que le service cher : l’assiette végétarienne en 3 services (le minimum) est à 35 euros… J’en avais les yeux grands ouverts, pourtant dans un endroit où les choses sont « non vues ».

Et là, un éclair. Je vois notre hôtesse s’avancer vers nous pour nous apporter à la salle à manger et le détail le plus important de ces longues minutes bien mystérieuses me saute aux yeux (sans jeux de mots): elle est aveugle. Dominik traduit alors la question qu’elle me pose, comme ultime vérification : « you’re not afraid in the dark, are you? ». Et là je comprends…

C’est un restaurant où l’on mange dans l’obscurité totale!!! On accède en fait à la salle à manger par une double porte bien étanche pour stopper la lumière dans sa course. À l’intérieur, pas de petites veilleuses au plancher pour ne pas tomber : il ne faut simplement PAS tomber! En fait, c’est la serveuse qui nous apporte à notre table en nous tenant par la main comme des enfants de 3 ans et demi (et si on veut se relever pour aller aux toilettes, il faut lui demander qu’elle vienne nous chercher!). Ce qui frappe en entrant, c’est bien sûr le noir - noir noir noir – mais surtout le bruit : les voix de dizaines de personnes s’activent dans l’air dans un flot de conversations enjouées tout à fait normales, mais qui dans cet environnement paraît soudainement trop étrange. Est-ce un enregistrement? Non, on entend bien en 3-dimensions.

Nos 3-dimensions prennent de plus en plus forme lorsqu’on commence à découvrir notre nouvel environnement : la table est comme un continent étranger dont personne n’a encore la carte. On nous sert à boire, puis la serveuse s’éclipse dans l’infini. Je sens mes yeux grands ouverts qui ont envie de voir, essaient de voir quelque chose, ne serait-ce que ma main, mais rien de rien de rien. Ce n’est pas un faux noir auquel on est habitué dans nos sous-sols ou même, chambres noires. Il fait nouère!

L’entrée arrive : mais qu’est-ce qu’il y a dans l’assiette? Mystère, mystère… Bien on a au moins l’indice notable que c’est une salade parce que c’est ce qu’on a choisi, reste à savoir ce qu’il y a dedans. Premièrement : où est la fourchette? et hop! Merde, j’ai l’impression de vouloir pelleter un nuage; les feuilles napées de (délicieuse) vinaigrette sont un peu ramollies et l’attaque par-dessus ne fonctionne pas très efficacement, sauf pour ces morceaux de tomates et avocats que je découvre dans mon acharnement. (Pour les feuilles, il faudra utiliser l’attaque par-dessous). La surprise : les morceaux de champignons, ce petit légume étrange au goût peu fort, mais à la texture très spéciale, qui nous permet de le reconnaître après quelques secondes de recherche dans notre registre des touchers dentaires. Je vous laisse imaginer la tournure fascinante que ce repas était en train de prendre. Déjà… Et je vous épargne les grands détails de la soupe de Dominik, qui voulait à tout prix me faire goûter à l’autre bout de la table. (Ce n’est que plus tard que nous avons réalisé que les manches du chandail de Dominik avaient de belle bandes de jus orangé séché : c’était une soupe au curry!)

Le plat principal était tout simplement sublime; je ne sais pas s’il y avait des cheveux ou des mouches dedans car je ne voyais rien, mais c’était certainement un des meilleurs repas de restaurant que j’avais eu le privilège d’apprécier de toute mon existence.

Nous avons joué à « aide-moi à deviner c’est quoi ce légume-là! » et « goûte à ça, c’est trop bon! » pendant près d’une heure je crois, incapable de nous empêcher d’utiliser nos doigts; nos seuls yeux pour mettre la première étiquette sur les aliments qui entraient dans notre bouche – ou celle de l’autre. (Avec les ustensiles, de toute façon, on réalise vite qu’on n’a pas de manières, et qu’on réussit bien mal à trouver la nourriture dans l’assiette.) Car honnêtement, il n’y a rien comme ne pas voir son assiette pour réaliser que notre regard sur ce qu’on s’apprête à mettre en bouche apporte directement une forte conception du goût de ce qu’on mange, déjà. Dans l’obscurité, on se retrouve avec une bouchée, à zéro sur l’échelle des devinettes : et c’est très bizarre… Et on imagine alors le quotidien des aveugles, qui n’ont souvent aucun idée de ce qu’ils piquent-ou-prennent avec leur fourchette-cuillère. Tout réside dans le goût, la texture, les épices. Et les bonnes manières qu’ont réussi à développer les non-voyants pour concurrencer les voyants à table. Je leur lève mon chapeau (avec un bruit sonore).

La blague du dessert : je n’était pas capable de dire si ma mousse était au fraises, aux framboises ou aux cerises… Pourtant, je n’étais pas bernée par le rouge : seulement un signe de mon entraînement plutôt récent pour la saveur de ces fruits, que j’ai appris à aimer aux cours des cinq dernières années seulement.

Avant de partir, il fallait trouver la serveuse. Normalement, lorsqu’on avait besoin d’elle, on essayait de localiser sa voix à une autre table, en train de parler à d’autres clients et on l’appelait très fort par son nom. (Incroyablement, dans cette masse de voix, celle de Sheva sortait du lot, car nous pouvions l’associer à plusieurs concepts de notre réalité, déjà. En comparaison, nos voisins n’étaient que des machines à bruits allemands.) Nous étions persuadés qu’elle était sortie, car depuis quelques minutes déjà, on ne l’avait plus entendu. Dominik y va d’un « Sheva! » sonore, qui nous répond par un doux « ja, ich bin hier » venant de la table à côté. « Je me repose un peu ». « Tu nous accompagnes à la lumière, maintenant? ».

Une minute plus tard, nous étions sortis. Comme d’un rêve, ou d’une voiture après avoir dormi sur toutes la route jusqu’à la maison.

En vrac, quelques détails pratiques à propos du Un-sicht Bar :

  • tous les serveurs sont non-voyants ou atteints de faiblesse visuelle
  • tous les cuisiniers sont voyants
  • les serveurs utilisent un système de bouton leur indiquant le contenu des cabarets
  • les épices utilisées sont intentionnellement simples pour ne pas trop mélanger les sens : sel, poivre, oignons, ail et herbes seulement.
  • pois et spaghetti volontairement omis du menu, qui lui change régulièrement
  • le menu détaillé est affiché à la sortie, à notre grand plaisir et parfois, étonnement!
  • impossible de vérifier l’état de salubrité des lieux : il fait tellement noir que les murs pourraient être couverts de vomi et nous ne le verrions pas. Nous le sentirions, cependant.
  • les toilettes ne sont PAS dans l’obscurité
  • en Allemagne, le principe est exploité à Köln, Berlin et Hambourg.
  • on retrouve maintenant des Dark Restaurants un peu partout dans le monde, dont à Montréal (O.Noir)

Véritablement, une redécouverte inespérée de nos précieux sens : une appréciation du toucher et de l’ouï tout à fait unique, ou parfois la concrétisation de l’autre ne tient qu’à une partir infime de sa peau contre la notre et à sa voix à nos oreilles; une renaissance de l’odorat, qui magiquement nous fait voir des images d’aliments, personnes et d’autres souvenirs alors qu’on essaie de déchiffrer le présent.

Ps : parfait pour les blind-dates!

Tuesday, March 27, 2007

Les petits miracles

Comment justifie-t-on les décisions qu'on ne peut que prendre, tellement elles se traduisent en évidence dans notre horaire, dans notre horaire des heures, des jours?

En fait, la magie, c'est croire que les meilleures choses arrivent juste à point, et que lorsqu'elles arrivent, on est presque pas surpris tellement elles nous semblent entrer naturellement dans nos vies, comme si elles avaient toujours fait partie de nous, comme si elles nous connaissaient déjà. Il faut rester sensible à leur présence.

Dernièrement, mes pressentiments se sont portes garants de sentiments les plus intenses les uns que les autres. J’ai les yeux plus grands, sent mieux chaque nuance du vent, la direction qu’il m’indique, parfois par bourrasque même! Ces événements que je souhaite et qui tout à coup, au tournant s'une rue, au détour d'un regard, me sautent dans les bras ou dans le coeur, se répètent et se rapprochent… Vous savez, ces cadeaux insoupçonnés, mais qui vraisemblablement surgissent pour nous surprendre alors qu'on attendait autre chose d'ailleurs, ou de quelque chose d'autre, ou qu'on avait oubliés? Ils savent trop bien nous trouver! Maintenant, mes oui et mes non me guident avec une perfection telle vers le bonheur, que j'en ai mal aux joues juste d'y penser, le sourire fendu jusqu'aux yeux, bien brillants.

Monday, March 26, 2007

Deutschland 2: pas trop vite, chéri

J'ai un petit pouce et aussi un index, un majeur, un annulaire, un petit auriculaire, en tout j'ai cinq doigts. J'ai deux petits pouces, et aussi...

Comme un petit rêve en hivernation, que l'arrivée du printemps fait se réveiller. Une offre de dernière minute de traverser l'Allemagne en entier pour me rendre à Dresden avec Martin, un ami de Couchsurfing ayant déjà plus de 30 000km en auto-stop a son actif depuis les 2 dernières années!!! Mais pas du genre broche à foin sur le bord du chemin: Martin donnant des ateliers sur "Comment faire de l'auto-stop efficace et sécuritaire en Europe", nous avons décide de joindre nos forces pour répondre au critère no.1: un homme pour la sécurité, une femme pour la vitesse. Mon baptême, en bonne et due forme.

Parcourir 800km de cette façon, sans coût ou presque, se justifiait par le mariage d'une cousine le samedi après-midi. Toutes les raisons sont bonnes pour te tels projets!

Comment pouvais-je refuser de me rendre gratuitement à Dresden (voyage et hébergement mesdames et messieurs!), cette ville dont on m'avait tellement parlé cette dernière année et ou je croyais qu'il était le plus probable que je passe l'été qui vient? Après des heures de réflexions rationnelles sur les si oui si non qui auraient pu faire taire mon envie et la certitude de mes trippes qu'au final, j'irais, j'ai donc saute sur cette occasion en or pour voir s'il y avait des collets à tendre pour mes projets futurs, et surtout, pour rencontrer un de mes anciens Couchsurfers: Martin (un autre! le premier celui-là) que j'avais hébergé a Montréal en février 2006.



Avant de résumer mon aventure aller-retour par "Tout s'est passé a merveille!", il faut que je vous dessine le portrait de notre départ.

Après des semaines de jours d'été consécutifs, ou les jambes et bras blancs criaient déjà au soleil belge "brûlez-nous, brûlez-nous!!", nous avons eu droit à une matinée top maussade. Un de ces débuts de journée ou tout le monde dans les voitures semble se dire: "j'aurais du rester couché", "je ne veux plus de cette vie de merde" ou encore "je ne peux pas ouvrir ma portière pour laisser embarquer deux jeunes hippies, il fait trop froid". Après plusieurs longues minutes, on commençait déjà à grelotter et un peu à désespérer, se demandant si on ne devrait pas mieux retourner dormir et laisser faire ce grand plan rocambolesque. Le moral était quand même assez bon pour qu'on s'amuse avec les conducteurs le long de l'avenue Arts, à l'entrée de la Commission Européenne (ouf, il faut compter le nombre de complets cravate impec dans les Mercedes/Audis teintées! Étrange comme souvent ils coïncidaient avec les airs de morts vivants au volant...), transformant à la rigolade notre petite affiche Köln/Liège (Liège étant la dernière ville belge d'importance avant la frontière et Köln étant la première allemande tout juste après) Il en a pris plus d'une heure pour qu'enfin, un jeune Flamand sympathique daigne s'arrêter et nous pousser... quelques 20km plus loin! Au moins, on était sortis de Bruxelles et surtout, du quartier des affaires! Et nous pouvions enfin aborder les automobilistes sur le terrain dans les stations d'essence, les sortir de leur torpeur individualiste occidentale à coup de Bonjour! sympathique et sincère.

Après quelques 6 différents généreux conducteurs nous sortant de notre stagnation belge et du tourbillon de Cologne (une force nous gardait en périphérie, comme magnétisés par une quelconque confusion des conducteurs, qui croyait pouvoir nous guider à bon port. Peut-être le fait de savoir Dominik si près… pas cette fois). La ville se dessinait clairement à l’horizon lorsque enfin nous avons trouvé notre sauveur. Un Polonais (notre vœux le plus cher, sachant très bien que l’Allemagne n’est qu’une étape de passage lorsqu’ils filent à la maison). Et nous avions raison : notre chauffeur était parti de Paris le matin-même et se dirigeait directement voir sa femme et ses enfants au sud de Cracovie. Quelques 1300 kilomètres parcourus chaque 3 mois, après de difficiles semaines de travail sur des chantiers français. De quoi ramener un bon petit magot pour la famille, qui convertis en Zlotys, permettent un mois de repos bien mérité. C’est ce qu’on a compris de son histoire bien silencieuse, émotionnellement vive, timide, entre quelques mots de français appris par le travail et quelques paraguinage en russe de la part de Martin. Nous pouvions sentir le grand cœur de l’homme et l’amour du père mais nous pouvions difficilement laisser s’échapper les tourments, le poids de sa vraisemblable tristesse. Je crois par contre que nous lui avons permis de se libérer de ses tourments en le distrayant, redirigeant probablement sa méditation sur quelques sourires.

Les quelques heures de route traversant l’Allemagne centrale nous ramena en plein hiver, ou la neige recouvrait tout à coup les montagnes et villages, au pied des grands arbres encore debout après l’incroyable tempête de vent de janvier et sur les troncs de ceux qui jonchaient le sol. Après quelques centaines de kilomètre, nous pouvions sentir la fatigue de notre Polonais (dont nous ne saurons jamais le nom, en fait.). Il accepta l’offre de Martin de lui laisser quelques heures de repos, de sommeil si possible. C’est ainsi que l’autostoppeur est devenu conducteur, un peu comme si on avait trouvé la voiture qu’il nous manquait pour traverser le pays par nous-même. Les yeux sur l’horizon, Monsieur ne laissa finalement aller ses tristesses que quelques dizaines minutes, au coucher du soleil. Je crois qu’il les a accrochées aux pales d’éoliennes le long de la route, quelque part entre Francfort et Erfurt...

Dresden nous attendait avec la nuit, après 13 heures sur la route. L’accueil de l’Est fut merveilleux : les parents de Martin, n’ayant pas vu leur fils depuis Noël, avaient préparé une réconfortante table pour nous, et leur générosité toute naturelle m’ont vite fait sentir comme à la maison. Les conversations à table sautaient de l’allemand à l’anglais au français, et je m’en réjouissais à chaque instant. La soirée fut réservée à la rencontre de vieux amis aux centre de la ville, et surtout, à mon premier baptême de masses de jeunes punks. C’est incroyable comme cette culture est présente dans chez les jeunes de l’est! Il ne faut surtout pas être effrayé par leur accoutrement ou leurs attitude; nul danger, aucun, pas plus qu’autour des jeunes preps du HEC. Seulement que la bière à la main et l’œil noir sont moins fréquents à Montréal. Ici, tout ça est légal, et se produit dans le calme au quotidien.

Sinon, la ville est magnifique, calme et paisible. Les trams et vélos sont rois dans les grandes rues et la rivière, occupe encore une fois le centre de la ville allemande. Les rives de l’Elbe ont cette particularité de ne pas avoir été pavées au cours des siècles, et l’eau rencontre ainsi, paisiblement, les prés. Cyclistes et joggers eux, rencontrent châteaux et cerfs-volants.

C’est avec grande joie que j’ai revu Martin (le 1er des deux), que j’ai déconné avec lui en tandem (littérallement, nous avons fait du tandem! Jamais je n’avais eu à autant penser à un autre en vélo, pas même des automobilistes dans les rues de Montréal!), compté les branches des arbres du jardin botanique, mangé avec ses copains... Tranquillement, sans pression aucune, nous avons découvert un Dresden qui m’offrait que du bonheur en extra; j’aurais bien pu ne pas y être, et je sais que j’y reviendrai pour visiter la balance, alors il était permis de prolonger les légèretés, les blagues allemandes (j’ai commencé!) et de beaucoup voir sans les yeux. À Dresden, je me suis laissée porter, et surtout, j'ai laisser l'allemand entrer dans mes oreilles: comprendre sans dictionnaire. Peut-être que j'étais Saxonne dans une autre vie?

Notre retour s’est fait quelques 200km plus à l’ouest, et nous avons eu droit à une escorte de la part de M. Jaenhert. C’est justement ce même chiffre qui me faisait écarquiller les yeux, lorsque je voyais l’aiguille le caresser dans le tableau de bord. Car ce n’est pas un secret, c’est même une rumeur qui coure, qui roule, une rumeur véridique : l’Allemagne est un paradis de vitesse automobile pour les fous. Jamais dans ma vie, je n’avais été assise dans un habitacle filant si vite dans le paysage! L’avertissement tendre de Mme. Jaenhert à son mari pris tout à coup un tout autre sens : « Ne conduis pas trop vite, chéri! ». Mais pour nous, ça voulait dire plus vite rendus à Bruxelles!

C’est finalement encore un Polonais qui nous a fait faire plus de la moitié de la route. Et à notre dernière station, c’est enfin moi qui ai trouvé notre chauffeur (ah, les Allemands que j’accostais n’avaient jamais de place pour nous… mais ils me comprenaient, je le jure!). Même qu’on nous interpellait pour nous offrir un lift jusqu’en ville, fallait entendre ça!

Je leur ai plutôt laissé prendre mon déficit de sommeil de changement d’heure d’été.

Tuesday, March 20, 2007

In the Red, mais riche

Et bien c'est la semaine passé que j'ai atteint mon seuil de pauvreté ultime. Après une longue conversation téléphonique avec mon père, je me suis assise pour faire la compilation de mes dépenses et pour effectuer la synchronisation des avoirs de mes comptes canadiens et belges. Et bien horreur: j'étais à -300$!!! Ahhhhh...

Comment est-ce possible que mes économies, le fruit d'incomptables heures de travail en malade mentale, à en oublier de manger, de boire, de dormir, de m'écouter, soient si facilement disparues? Plus une trace de mon dévouement ultime des dernières années... Comme si jamais je ne m'étais donnée comme je l'ai fait, comme si je n'avais rien sacrifié, jamais existé dans ces auberges. J'ai tout donné pour cet emploi, même ma santé, merde. Pour ce voyage en fait, et voilà ce qu'il reste de preuve matérielle: rien du tout.


Clairement, le son de cloche pour me trouver du boulot pour ne pas avoir à me prostituer sur la Red Light (nous avons notre Red Light ici à Bruxelles, qui est en fait à 20 minutes à pied d'ici, juste à côté de la Gare du Nord... De jeunes filles dans les vitrines d’édifices délabrés, plus souvent qu’autrement vêtues de cuir, du moins dont elles sont vêtues, passant le plus clair de leur temps à fixer leur regard vide sur le miroir, au travers duquel elles se sculptent une nouvelle coiffure ou se dessinent un nouveau visage. Pas légal, mais ouvertement toléré.). On m'avait déjà mentionné que je n'avais pas à m’en faire, que j'allais trouver assez facilement, sans avoir à rechercher pendant des heures et des heures, sans même ratisser la ville à la recherche de pancartes aux boutiques, sans avoir à me noircir les doigts dans les petites annonces des journaux.


Donc j'étais maintenant dispose à recevoir mon offre, ne restait plus qu'à la trouver. Il n'en pris que 3 jours... et je trouvais, par "hasard" une affiche sur un babillard surchargé, surcoloré de l'université, presque entièrement cachée par un poster pour une beuverie estudiantine quelconque: Nous somme une famille allemande et nous cherchons une personne francophone qui est intéressée à surveiller nos deux enfants en parland français et allemand avec eux. Ce que nous proposons est un petit job payé d'un ou deux après-midis fixés par semaine et la possibilité d'améliorer votre connaissance de la langue allemande dans les situations quotidiennes et familiales chez nous. Si vous êtes intéressé, etc...

Pouvez-vous croire à ça? J'en étais à peine surprise, en fait. Dans mon état d'esprit, il ne pouvais y avoir de doute: ces gens étaient ceux dont j'avais besoin et eux, pour une raison que j'ignore toujours avec précision, ont besoin de moi en ce moment. Bien sûr, mon horaire cette journée-là coïncidait à merveille avec une visite chez eux. Et déjà en me rendant à leur maison je sentais que j'allais refaire ce trajet très, très souvent. À voir les enfants, charmants, calmes et équilibrés (La famille est arrivée à Bruxelles il y a un an et demie car la mère travaille pour la Comission Européenne. Le père s'est occupé à temps plein de Alva (petite puce de 4ans) et Mika (grand bonhomme de 7 ans) depuis, mais désire maintenant retourner sur le marché du travail. Graduellement, ils ont besoin de quelqu'un pour s'occuper des enfants dans leur magnifique grande maison colorée.), j’ai immédiatement senti comme un baume sur mes inquiétudes.


Plus rien ne m'étonne de cette histoire, j'en suis qu'émerveillée tellement elle est belle. Je ne sais pas encore quel va être mon salaire. Ce sera le bon pour moi, j'en suis certaine. J'ai hâte de voir les découverte que m'apportera cette aventure, quelles qu'elles soient! Je peux déjà dire que pour la langue, elles seront extrêmement positives: les enfants ont un vocabulaire relativement basique, qui repose sur l'essentiel. Et répéter les mots d'une même famille avec eux, les chiffres, les lettres, les accords de verbes, tout est pertinent, alors ce sera pour moi un trésor. Je peux déjà prédire que Mika va beaucoup m'aider, car il a déjà une connaissance du français et qu'il est vraisemblablement très intelligent. Il sera d'une aide précieuse pour entrer en communication linguistique avec la petite Alva, avec qui il m'est heureusement possible de communiquer énormément par des gestes et actions, accompagnés de mes supers expressions faciales!!! Je commence mardi, de la fin des classes à la fin du repas. Ce qui veut dire plusieurs bonnes heures avec les enfants et avec les parents aussi. Et si cet emploi était pour me reconnecter avec la vie familiale? Merveilles, merveilles!!!